L’automne des magiciens, tome 1 : La fugitive

L’automne des magiciens, tome 1 : La fugitive

16 mars 2018 7 Par Boudicca

Titre : La fugitive
Cycle/Série : L’automne des magiciens, tome 1
Auteur : Hélène P. Mérelle
Éditeur : Bragelonne
Date de publication : 2018

Synopsis : Octavianne, huitième fille de la reine d’Elgem, a grandi dans le palais royal. À seize ans, sa sœur aînée régnante veut la marier contre son gré. Acculée, Octavianne s’enfuit et mène une vie d’errance, à la recherche d’un maître de magie qui lui apprendra à maîtriser ses pouvoirs naissants.
Elle rencontre alors Adalgis, un chasseur mi-homme, mi-lion qu’elle sauve et guérit. Au côté de cet être complexe et fascinant, libre et sauvage, une vie différente se dessine pour la jeune magicienne.
Mais bientôt d’inquiétantes ombres issues de son passé menacent de la rattraper, et Octavianne doit faire un choix. Peut-on réellement échapper à son destin ?

Bibliocosme Note 2.5

Une fantasy très classique…

Pour son premier roman, Hélène P. Mérelle se lance dans une série de fantasy dont le premier tome vient d’être publié par Bragelonne. Inutile de faire durer le suspens, la couverture comme le résumé ne laissant que peu de place au doute : l’ouvrage s’inscrit dans une mouvance très classique et ne présentera ainsi que peu d’intérêt pour les lecteurs recherchant quelque chose de vraiment original (à noter au passage que la quatrième de couverture dévoile l’intégralité des événements de ce premier tome, ce qui n’est franchement pas malin…). L’intrigue, tout d’abord, n’a rien de bien surprenant : une jeune princesse rebelle fuit sa cité afin d’échapper à un mariage arrangé et part à la recherche d’un magicien accomplis qui l’aidera à comprendre et contrôler sa magie. Car, à sa grande surprise, Octavianne a vu éclore lors de ces seize ans les fameux pouvoirs qui sont le privilège des femmes de sa famille et dont n’héritent d’ordinaire que celles destinées à régner. Or, la jeune fille est huitième dans l’ordre de succession… Le roman reprend tous les codes et poncifs de la quête initiatique traditionnelle qui se découpe ici en deux parties bien distinctes : dans la première moitié du roman, l’héroïne apprend à utiliser sa magie ; dans la seconde, elle est initiée aux jeux de l’amour et de la sexualité. Les deux parties comprennent des défauts et des longueurs, même si la première se révèle à mon sens plus intéressante puisque l’auteur y prend le temps d’expliquer et d’approfondir le fonctionnement de son système de magie. Si celui-ci reste, là encore, très classique, on peut tout de même saluer l’effort d’Hélène Mérelle qui a pris soin de créer un structure cohérente qui gagne peu à peu en consistance. Ce système repose sur l’utilisation de runes qui suppose certains prérequis (en gros : on a le pouvoir, ou on ne l’a pas) et qui varie en fonction des différentes régions du monde. Ainsi, dans la cité d’Elgem dont est originaire l’héroïne, seule la reine a accès au pouvoir, tandis que dans le sud les magiciens sont plus nombreux et exercent leur pouvoir de manière affichée, parfois au dépend de la population.

mais un récit divertissant

On peut faire exactement les mêmes remarques pour ce qui est de la géographie : c’est classique mais c’est tout de même suffisamment détaillé pour qu’on comprenne que l’auteur ne s’est pas juste contentée de reprendre certains clichés et a au contraire cherché à se les approprier au mieux. Le monde dépeint ici est ainsi composé de neuf grandes cités régies par autant de monarques et dans lesquelles règnent des ambiances totalement différentes. Les cités du nord sont ainsi jugées plus évoluées et plus mesurées (esclavagisme interdis, accès à l’école favorisé pour la population…) tandis que les cités du sud sont considérées comme barbares car reposant toujours sur un système esclavagiste (on sait pour le moment peu de chose des îles et de leurs spécificités, même si leurs souverains sont mentionnés). Pour ce qui est des paysages, on reste une fois encore sur du classique avec cela dit un décor d’inspiration plus antique que médiévale. Toujours est-il que l’on voit du pays au cours de ces quelques quatre cent pages puisque l’héroïne arpente la carte presque de haut en bas. Certains de ses déplacements ne sont d’ailleurs pas vraiment cohérents, si bien qu’on a à plusieurs reprises l’impression que ses pérégrinations relèvent moins de la logique que d’une volonté de la part de l’auteur de faire voyager son lecteur dans le plus d’endroits possibles de son univers. L’ensemble reste malgré tout divertissant et aurait même pu se révéler vraiment intéressant si les interactions entre l’héroïne et les autres personnages ne m’avaient pas autant posé problème. Posons d’abord un peu le contexte. Octavianne est, au début du roman, un personnage qui m’a un peu fait penser à Arya Stark : elle ne tient pas en place, se montre curieuse de tout, n’entend pas se conformer à son rôle de princesse et est sans cesse en train de ruser pour désobéir aux ordres qu’on lui donne. Seulement, à partir du moment où la jeune fille entame sa fuite, l’auteur ne cesse plus d’insister sur sa beauté (sujet qui n’avait pas été abordé jusque là et qui n’apporte pas grand chose…) et sur les convoitises qu’elle ne manque pas d’attirer.

Trop de romance tue la romance

Et on arrive là au point qui me gêne le plus : absolument TOUS les personnages masculins rencontrés par l’héroïne (à l’exception du vieillard aveugle, notez…) tombent sous son charme. Tous ! Les plus sympathiques se contentent d’un amour platonique, une fois la jeune fille ayant manifesté son désintérêt, mais la grande majorité cherchent à obtenir ce qu’ils veulent par la force. Résultat : notre héroïne manque sans arrêt de se faire violer et ne réchappe à chaque fois que de justesse à la pénétration. Et qu’est ce que c’est énervant ! (pas qu’elle échappe au viol, hein, mais le fait qu’il y en ait un toutes les cinquante pages) L’héroïne n’a en effet pas besoin d’un physique de rêve pour se rendre attachante, et la répétition des scènes d’agression n’apporte strictement rien à l’intrigue et donne une image des rapports homme/femme assez dérangeante. Autre point de crispation (qui n’est finalement pas très éloigné de celui-ci) : la relation entre Octavianne et Adalgis, un hybride mi-homme mi-lion qui va lui servir de protecteur, puis d’amant (je ne vous spoile rien, tout est déjà raconté dans le résumé). Tout au long de la seconde partie du roman, la romance entre les deux personnages prend ainsi totalement le pas sur le reste : la quête de magie de l’héroïne est reléguée à l’arrière plan, et les dangereux poursuivants qui se sont lancés à ses trousses ne sont plus là que pour servir de prétexte au rapprochement des deux tourtereaux. Le récit alterne alors pendant plus de deux cent pages entre dispute et réconciliation, dispute et réconciliation… et là encore la répétition finit par lasser le lecteur. Il est d’ailleurs également décevant de voir Octavianne perdre toute indépendance et tout mordant à partir du moment où elle rencontre son homme-lion qui fait crise de jalousie sur crise de jalousie tandis qu’elle abandonne toute combativité et le laisse désormais gérer tout ce qui relève du combat (alors que la jeune fille est tout de même magicienne !)

Hélène P. Mérelle signe avec ce premier tome de « L’automne des magiciens » un roman de fantasy qui se révèle assez divertissant mais qui déçoit par son manque d’originalité ainsi que par la place démesurée accordée à la vie amoureuse de son héroïne (qui perd d’ailleurs de son charme au fil des chapitres). Si l’ensemble est suffisamment bien construit pour maintenir l’intérêt du lecteur éveillé jusqu’au bout, le roman peine donc à convaincre et serait peut-être davantage à réserver aux néophytes qui souhaiterait se familiariser avec le genre.

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