19500 dollars la tonne

17 juillet 2019 0 Par Dionysos
19500 dollars la tonne

Titre : 19500 dollars la tonne
Auteur : Jean-Hugues Oppel
Éditeur : La Manufacture des livres, puis J’ai Lu [site officiel]
Date de publication : 2017, puis 20 février 2019

Synopsis : Sur les écrans des élites connectées, une newsletter signée Mister K fait irruption régulièrement sans qu’on puisse en déterminer l’origine. Dénonçant les dérives du monde de la finance et usant de technologies inédites, le hacker inquiète en plus haut lieu et devient vite la cible prioritaire de la CIA et la NSA.
Falcon, assassin professionnel prêt à prendre des risques pour une rémunération confortable, et Lucy Chan, analyste à la CIA, sont envoyés à Londres par leurs employeurs pour retrouver le mystérieux lanceur d’alerte qui se déjoue de tous. Mais cette cible est peut-être encore plus redoutable qu’ils le pensent…

Et puis les crises sont arrivées.
La plus récente est toujours la plus grande et bien entendu la dernière – avant la suivante. Le Der des Ders : on en peut pas dire que le concept ait eu du succès en 14-18 ; cela dit, depuis 39-45, il a l’air de tenir le coup. Au niveau mondial, s’entend. Parce qu’au niveau local, sur tous les continents, on s’étripe joyeusement pour les motifs les plus divers.
Mais je m’égare, revenons à nos moutons, ceux que ce qu’on a appelé la Crise des subprimes a tondu jusqu’à l’os. C’était il n’y a pas si longtemps. Le baril de brut était à 135 dollars et le camarade Ivan Rebroff ne chanterait plus jamais Ah si j’étais riche ! Le système créancier-débiteur que l’on croyait mieux réglé que du papier à musique s’écroulait comme un château de cartes. Des gens perdaient leur maison. Des seniors voyaient leur pension de retraite disparaître en fumée du jour au lendemain. Les municipalités des grandes villes occidentales se réveillaient menacées de faillite.
Les braves citoyens avaient alors fait une découverte stupéfiante : les banques possédaient de l’argent qui n’existait pas !
Le roi Financier était nu.

Année après année, Jean-Hugues Oppel continue d’écrire des romans entre thriller et polar ; en 2017, ce fut 19500 dollars la tonne, paru chez La Manufacture de livres, puis chez J’ai Lu.

De l’intérêt de lire du Jean-Hugues Oppel

Je ne sais pas si c’est juste moi, mais lire un Jean-Hugues Oppel répond toujours à une attente, qu’elle ait été formulée telle quelle ou non avant d’attaquer ladite lecture. Après des romans comme Barjot ! sur la nécessité de péter des câbles quand la situation l’exige, comme Vostok sur le pouvoir des multinationales (ou FTN, Firmes TransNationales diraient les géographes) ou bien comme French Tabloids sur la création d’une « opinion publique » par les médias dominants (et aliénants), c’est maintenant au tour de 19500 dollars la tonne à propos de l’influence du cours des bourses financières sur nos vies de simples citoyens.

Un thriller de bonne facture

Comme toujours, Jean-Hugues Oppel convoque des personnages très divers et utilise leur polyphonie pour nous faire comprendre son récit, le décor mais aussi l’envers du décor : le lecteur suit à la fois ceux qui sont mis en danger par les événements, ceux qui essaient de les régler et, en partie, ceux qui en sont les initiateurs. Nous suivons avant tout Falcon, mercenaire, le plus souvent tueur à gages, qui parcourt la planète selon ses contrats. Face à lui et ses employeurs, semble se tenir un certain Mister K qui affole les salles de trading avec ses annonces complotistes, se voulant le continuateur de lanceurs d’alerte bien connus. Lucy Chan de la CIA, agent modérateur dirons-nous, elle ne sait pas tout mais se positionne en solution de la crise. L’ensemble va plutôt vite et suis les codes du thriller d’espionnage international en allant d’un continent à l’autre, de Caracas à Londres, en passant par New York. Comme d’habitude avec Jean-Hugues Oppel, et c’est cela qui est agréable, nous suivons d’abord un camp, mais ils nous apparaissent bien souvent trop autoritaires pour être honnêtes.

Un fond toujours prenant

19500 dollars la tonne prend place dans un cadre très contemporain : des États-Unis hyperpuissants et ultralibéraux et tous leurs « alliés » avec, une vision réticulaire de la géopolitique et tout un tas d’affaires médiatico-financières (dont les révélations d’Edward Snowden) sur fond d’espionnage. Là où nous ne prenons plus la peine de savoir d’où viennent les produits que nous achetons, que nous transformons et que nous consommons, il y a toujours des dominants et des dominés. À quel prix devons-nous accepter de fermer les yeux ? La destruction économique, sociale et environnementale est bien partie, mais cela ne se fait pas de façon irrémédiable, il faut bien que des gens valident ces types de choix : Mister K dénonce, pour des raisons que le roman ne dévoile qu’à la toute fin, ceux qui ne font cela que pour le profit financier. L’intrigue dans son ensemble pose la question toute simple : quelle part un simple individu prend-il dans cette destruction systématique ?

19500 dollars la tonne n’est pas mon roman préféré de Jean-Hugues Oppel, toutefois il semble ouvrir la voie à au moins une mini-série reprenant des personnages communs (avec par exemple Total Labrador), il faudra voir jusqu’où il poussera cette logique et si cela lui permet de créer un ensemble solide sur la destruction de nos vies pour des raisons économiques et financières. Pour le reste, il est certain que l’auteur n’a rien perdu de son envie de critiquer les grands de ce monde qui se permettent absolument tout.

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