Grand siècle, tome 3 : La conquête de la sphère

15 juillet 2019 1 Par Boudicca

Titre : La conquête de la sphère
Cycle/Série : Grand siècle, tome 3
Auteur : Johan Héliot
Éditeur : Mnémos
Date de publication : 2019 (mai)

Synopsis : Entre la Terre et l’espace, la révolution et le voyage vers Mars, nous retrouvons le destin de la famille Caron dans une aventure uchronique où la machine et la technologie viennent accélérer le destin de la France pour la conduire vers des horizons meurtriers et grandioses. Johan Heliot nous entraîne dans un final époustouflant, terminant ainsi cette grande fresque uchronique et historique passionnante.

 

Considérez de quelle manière votre société s’est transformée sous mon impulsion et par la volonté de Louis. Elle a connu en un demi siècle une accélération de ses technologies tellement rapide qu’en temps normal, il aurait fallu dix fois plus de temps pour y parvenir. Très peu de civilisations arrivent à l’ère de l’exploration spatiale, elles s’effondrent bien avant leur majorité.

Des hommes du XVIIe dans l’espace

« La conquête de la sphère » met fin à la dernière série en date de Johan Héliot qui, comme c’était déjà le cas dans « La trilogie de la Lune », s’est plu à imaginer une conquête spatiale anticipée. Très anticipée, même, puisque nous sommes au XVIIe siècle, sous le règne de Louis XIV qui a décidé de mobiliser toutes les ressources de la France dans un projet absolument fou : envoyer des hommes dans l’espace. Drôle de lubie pour un roi de cette époque, il faut l’admettre. L’idée ne vient d’ailleurs pas vraiment de lui, mais plutôt de « l’unité d’exploration conscientisée » qui s’est écrasée sur Terre au début du règne du souverain et qui s’est greffé à l’esprit de ce dernier. Qui de plus influent en effet que le roi de France de l’époque pour tout mettre en œuvre pour la renvoyer chez elle ? Malgré les difficultés rencontrées et l’hostilité à peine voilée des nobles et d’une partie du peuple pour le projet, Louis XIV parvient progressivement à mettre tout le monde au pas et à concentrer tous les efforts du royaume sur cet objectif de voyage spatiale. Cela n’est évidemment pas sans conséquences sur le déroulement de l’histoire tel que nous le connaissons : Mazarin et la reine-mère sont par exemple écartés du pouvoir bien plus tôt que prévus, et le château de Versailles n’est évidemment pas construit (puisque tout l’argent de l’état passe dans la construction du vaisseau et du matériel qui transporteront les premiers astronautes). Le destin de beaucoup de personnages s’en trouve également fort changé, et ce pour le plus grand plaisir du lecteur qui ne peut qu’apprécier l’ironie de voir certaines des figures emblématiques de l’époque adopter des rôles à contre-emploi : Monsieur le frère du roi n’a plus rien du courtisan frivole se vautrant dans le luxe et le scandale, La Fontaine devient la première star du petit écran, réputé pour sa servilité à l’égard du pouvoir en place, quant à Blaise Pascal, il prend la tête de la toute nouvelle Académie des sciences créée par le roi pour répondre aux besoins de son projet de conquête spatiale.

Grand siècle tome 1

Une uchronie bien ficelée

Comme dans les précédents tomes, le principal attrait de cet ultime volume réside dans l’originalité de l’uchronie imaginée par l’auteur. La France de Johan Héliot connaît en effet des transformations totalement inattendues, non seulement en raison de la nouvelle orientation de la politique intérieure et extérieure menée par Louis XIV, mais aussi à cause de l’apparition de toute une série d’innovations technologiques en lien avec cette lubie royale. Si l’essentiel des progrès sont réalisés dans le domaine très fermé de l’aéronautique, plusieurs inventions « grand public » voient également le jour et entraînent de nombreux bouleversements dans le Paris du XVIIe. Imaginez par exemple les conséquences de l’apparition de la télévision dans la France de cette époque : quelle serait la réaction du peuple ? et de quelle manière le pouvoir investirait-il ce formidable outil ? Cette succession d’anachronismes mis en scène par l’auteur permet de créer un décalage amusant qui titille efficacement la curiosité du lecteur. L’effet de surprise s’est malgré tout légèrement atténué dans ce troisième tome qui peine davantage à surprendre dans la mesure où, en dépit des nombreux rebondissements que comporte l’intrigue, on devine désormais aisément où veut nous emmener l’auteur. En dépit de son originalité, et quant bien même on ne s’ennuie pas une seconde au cours de la lecture, ce troisième opus se fait ainsi un peu moins passionnant que les précédents. La faute notamment aux nombreuses scènes se déroulant dans l’espace qui, bien que nécessaires pour résoudre l’intrigue d’origine, semblent totalement en décalage avec les événements qui se déroulent sur Terre et finissent par prendre le pas sur ces derniers. Davantage que le sort de la première expédition spatiale de l’histoire, c’est pourtant avant tout celui des Parisiens qui interroge le lecteur, et on peut regretter que l’auteur passe aussi rapidement sur les bouleversements rencontrés par la capitale.

Une famille dans la tourmente de l’histoire

En ce qui concerne les personnages, on retrouve évidemment tous les acteurs des précédents volumes, qu’il s’agisse des « grands » de ce monde ou encore des membres de la famille Caron dont on suit le destin depuis le premier volume. Et c’est qu’elle en aura parcouru du chemin, cette fratrie, depuis son départ de leurs terres de Lorraine pour trouver refuge dans la capitale ! Il ne faut en effet pas oublier que l’originalité de la trilogie de Johan Héliot ne tient pas seulement à l’uchronie proposée mais aussi à l’habile façon dont elle mêle petite et grande histoire. Avant d’être celle d’une conquête spatiale anticipée, l’histoire de « Grand siècle » est ainsi avant tout celle d’une famille issue des classes populaires qui tente tant bien que mal de survivre dans un monde qui n’a que faire des plus vulnérables. Comme dans les précédents tomes, le principal reproche que l’on peut formuler provient du trop grand empressement dans lequel s’enchaînent les événements. Or, si cela ne pose pas de réel problème en ce qui concerne les transformations se déroulant à l’échelle du royaume, cela devient beaucoup plus gênant lorsque cela concerne la vie des membres de cette petite famille. Difficile en effet de s’impliquer émotionnellement lorsqu’on a l’impression non pas de vivre avec les personnages, mais plutôt de découvrir leur vie par petits flashs qui, certes, mettent en scène les événements les plus déterminants de la vie de chacun, mais ne nous permettent d’assister à leur évolution. Le lecteur doit se résoudre à constater les changements, mais la transformation en elle-même se fait toujours en coulisse. Cela se traduit notamment par de nombreuses ellipses temporelles qui s’avèrent toujours aussi perturbantes dans la mesure où on ne les voit bien souvent pas venir : c’est généralement au détour d’une phrase anodine qu’on nous apprend que tant d’années ont passé entre telle scène et la précédente, ce qui peut se révéler un peu rude.

Dernière trilogie en date de Johan Héliot, « Grand siècle » propose au lecteur une saga familiale sur fond d’uchronie originale mettant en scène les étapes d’une conquête spatiale anticipée se déroulant sous le règne de Louis XIV. L’auteur ne manque pas de bonnes idées et multiplie clins d’œil et anachronismes pour le plus grand plaisir du lecteur qui ne peut qu’apprécier le caractère pour le moins farfelu de cette histoire alternative. On peut également saluer la volonté de l’auteur de mêler petite et grande histoire, même si la première pâtit d’un rythme beaucoup trop rapide qui ne permet pas de tisser de véritables liens avec les personnages. Une série sympathique qui vaut le détour.

Voir aussi : Tome 1 ; Tome 2

Autres critiques : Les Chroniques du Chroniqueur

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