Le puits des mémoires, tome 2 : Le fils de la Lune

5 juin 2019 3 Par Boudicca

Titre : Le fils de la Lune
Cycle/Série : Le puits des mémoires
Auteur : Gabriel Katz
Éditeur : Scrinéo / Pocket
Date de publication : 2012 / 2015

Synopsis : Fuyant le royaume d’Helion ou leur tête est mise à prix, Nils, Karib et Olen s’embarquent pour les terres glacées de Woltan, sur les traces de leur identité. Pourquoi ont-ils assassiné le plus puissant roi du monde ? Dans leur quête de la vérité, ils vont découvrir un royaume fascinant, colossal, aux frontières des contrées barbares. Mais leurs poursuivants n’ont pas abandonné la traque… Pour les fugitifs sans mémoire, c’est l’heure des révélations et de la plongée dans le Grand Nord, ou leur vie ne tient qu’à un fil.

 

Trois fugitifs, perdus en pleine montagne, sans aucun souvenir de leur vie passée ni même de leur propre nom. C’est ainsi que débutait « La traque », premier tome de la trilogie du « Puits des mémoires » récompensée en 2013 par le prix des Imaginales. Après un début prometteur posant les bases d’un univers classique et d’une intrigue haletante, Gabriel Katz continue à nous narrer la quête d’identité de cet improbable trio dont les membres tentent péniblement de recoller les différents morceaux de leur histoire.

Drame, humour et suspens

Adieu le royaume d’Hélion, bonjour Woltan, terre rude et glacée d’où seraient apparemment issus nos trois compères, toujours activement recherchés par le corps d’élite le plus redoutable du royaume. Comme pour le précédent tome, l’auteur opte pour un décor inspiré du traditionnel médiéval-fantastique, même si cette fois on peut noter une influence plus marquée de la culture nordique. C’est là que nos héros vont tenter de trouver enfin les réponses à toutes leurs questions et, qui sait, peut-être retrouver des êtres chers dont le puits des mémoires aurait effacé le souvenir. Si vous avez aimé le premier tome ainsi que les précédents romans de Gabriel Katz, alors il y a très peu de chance pour que ce deuxième opus vous déçoive. On y retrouve en effet tous les éléments qui ont contribué à forger la patte de l’auteur, à commencer par un remarquable sens du coup de théâtre. Le récit ne souffre que de très peu de temps morts, chaque moment de répit étant rapidement rompu par une révélation fracassante ou un rebondissement inattendu. Difficile de ne pas se prendre au jeu tant les nombreuses surprises qui rythment ce deuxième volume viennent constamment relancer l’intérêt du lecteur, et ce jusqu’à la toute fin qui nous offre une conclusion sous forme de cliffhanger insoutenable. Le charme de l’histoire tient aussi au savoureux mélange entre drame et humour, chose que l’on trouve également de manière récurrente dans la plupart des œuvres de l’auteur. Le récit alterne ainsi entre la description d’événements dramatiques dont ne nous sont épargnés ni la violence, ni bien souvent la douloureuse ironie, et des scènes beaucoup plus légères servant essentiellement à mettre en avant la camaraderie des trois héros. En dépit du monde assez sombre dans lequel ils évoluent, les personnages font ainsi régulièrement preuve de beaucoup d’humour, n’hésitant pas à se moquer les uns des autres ou d’eux-mêmes. Cela passe avant tout par les dialogues, toujours aussi drôles et percutants, mais aussi par certains ressorts scénaristiques qui, quoi que souvent anecdotiques, n’en demeurent pas moins très amusants.

Le puits des mémoires 1

Stéréotypes et maladresses

En dépit du plaisir que procure la lecture de ce deuxième tome, celui-ci n’est malgré tout pas exempt de tout reproche. Parmi les points négatifs, on peut notamment critiquer la mise en place de ficelles scénaristiques un peu simplistes qui résultent bien souvent d’une vision assez réductrice des rapports noblesse / peuple. Là encore il s’agit d’un élément qu’on retrouve fréquemment dans les œuvres de l’auteur et qui a le don de me faire bondir à chaque fois. En gros on a encore le droit au stéréotype du « gentil seigneur » qui parvient en quelques semaines à redresser tous les torts commis par les nobles oisifs, gras et/ou cruels (rayer la mention inutile) qui opprimaient la population depuis des années. Puisqu’on vous dit qu’il suffit d’un peu de bienveillance pour que les pécores rentrent enfin dans le rang ! D’ailleurs c’est agréable, la vie de bouseux, tellement plus que celle de ces aristocrates qui suent sang et eau pour régler tous les problèmes dus à leur rang ! « Les petites gens consacraient leurs vies à survivre. Avec le recul, cela paraissait simple. » Bah oui, tiens donc ! Surtout que les rares « gens du peuple » qu’on aperçoit dans le roman passent leur temps à se faire brutaliser, voler leurs moyens de subsistance, ou tout simplement massacrer dès qu’une troupe armée fait escale à proximité de chez eux. J’exagère un peu mais ce genre de remarques, si elles ne sont pas non plus fréquentes au point d’être vraiment gênantes pour la lecture, restent maladroites et viennent parfois ternir l’image des personnages dans la mesure où elles témoignent d’un manque criant de profondeur. Si les trois héros n’ont globalement pas de mal à s’attirer la sympathie du lecteur, certains en arrivent ainsi à devenir un peu agaçants, à commencer par Karib dont les sempiternelles complaintes et le manque de réflexion peuvent lasser le lecteur. Olen, lui, est en revanche bien moins irritant que dans le premier tome dans la mesure où il a cessé de se lamenter toutes les deux pages sur ses peines de cœur. Nils reste cela dit le personnage le plus mystérieux de cet étrange trio, et se démarque à nouveau par un cynisme à toute épreuve qui lui donne un charme indéniable.

Un second tome dans la droite lignée du premier, plein de suspens et de surprises. En dépit de quelques petites maladresses, il est impossible de refermer l’ouvrage sans avoir envie de connaître le fin mot de l’histoire, aussi vais-je m’empresser d’acquérir le troisième et dernier volume.

Voir aussi : Tome 1 ; Tome 3

Autres critiques : Blackwolf (Blog-O-livre) ; Elhyandra (Le monde d’Elhyandra) ; Le chien critique ; Lutin82 (Albédo – Univers imaginaires)

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