Mers mortes

22 mars 2019 11 Par Boudicca

Titre : Mers mortes
Auteur : Aurélie Wellenstein
Éditeur : Scrinéo
Date de publication : 2019 (mars)

Synopsis : Les humains ont massacré les mers et les océans. L’eau s’est évaporée ; les animaux sont morts.
Quelques années plus tard, les mers et les océans reviennent. Ils déferlent sur le monde sous la forme de marées fantômes. Ils déferlent sur le monde sous la forme de marées fantômes et déplacent des vagues de poissons spectraux, tous avides de vengeance. Les fantômes arrachent leurs âmes aux hommes et les dévorent. Bientôt, les humains eux aussi seront éteints… Leur dernier rempart face à la mort : les exorcistes. Caste indispensable à l’humanité, les exorcistes sont bien entendu très convoités. L’un d’eux, Oural, va se faire kidnapper par une bande de pirates qui navigue sur les mers mortes à bord d’un bateau fantôme. Voilà notre héros embarqué de force dans une quête sanglante et obligé, tôt ou tard, de se salir les mains…

Il était si proche qu’il voyait la splendeur de la mer et ses millions d’âmes qui flottaient dans la luminescence bleutée. Même dépourvue de voix, il percevait très bien sa fureur, sa douleur, sa haine et sa démence. Sauvagement assassinés, les mers et les océans charriaient au creux de leurs vagues monstrueuses le souvenir de leur supplice, et à chaque dégorgement d’écume dans le monde des humains, ils paraissaient hurler « vengeance ! ».

Un roman de post-apo écologique

En ce début d’année 2019, le catalogue de Scrinéo s’enrichit d’un nouveau texte d’Aurélie Wellenstein qui maintient depuis 2015 le rythme épatant d’un roman par an. Après les berserkirs dans « Le roi des fauves », la Sibérie dans « Les loups chantants », ou plus récemment la mythologie polynésienne dans « Le dieu oiseau », l’autrice revient ici au post-apo (déjà mis en scène avec beaucoup de succès dans « La mort du temps »). Nul bouleversement temporel à l’horizon cette fois, mais un scénario d’autant plus plausible compte tenu des circonstances actuelles, et donc autrement plus terrifiant : la disparition totale des océans. Difficile d’imaginer un monde sans mers, ni sans animaux marins, et pour cause, puisque la vie sur Terre ne tarderait pas à devenir totalement impossible. Oural fait partie des derniers humains qui ont survécu au drame et se terrent depuis dans des bastions isolés qui ne leur offrent qu’une maigre protection. Au delà de la raréfaction inévitable de l’air qui devrait annihiler toute forme de vie dans les cinq années à venir, les survivants sont confrontés à une menace beaucoup plus urgente : les marées. Non pas des marées ordinaires, puisque la mer a totalement disparu, mais des marées fantômes qui se manifestent à intervalle régulier et qui charrient sur Terre une armée composée des spectres des animaux marins éradiqués par les Hommes. Voilà les survivants condamnés à subir, semaine après semaine, le spectacle de la catastrophe qu’ils ont eu même provoqué, et qui causera bientôt leur perte à tous. Au-delà du rappel morbide des exactions commises par l’humanité, ces fantômes sont surtout dangereux dans la mesure où ils sont en chasse d’âmes à récolter : que l’un d’eux vous touche, et vous y laisserez plus que la vie. Le seul espoir des survivants réside en la personne des exorcistes qui, comme Oural, sont capables de repousser les spectres au moment de la marée. Le jeune homme voit toutefois ses certitudes s’effondrer lorsqu’il se retrouve embarqué de force à bord d’un équipage pirate mené par le terrible et charmeur Bengale qui l’entraîne dans une longue et douloureuse quête visant à ressusciter les océans.

Un traitement original mais qui manque de finesse

S’il y a bien une chose qu’on ne peut pas reprocher à Aurélie Wellenstein, c’est son manque d’originalité. Roman après roman, l’auteur met en scène des histoires qui, bien que classiques dans leur construction, reposent toujours sur une idée farfelue qu’on prend beaucoup de plaisir à voir développer. C’est le cas de ces « marées fantômes » dont le déferlement donne lieu à des scènes impressionnantes dépeignant des requins, poissons, méduses ou raies manta aux corps ravagés par la pêche intensive ou les dégâts liés à la pollution de l’eau. La dimension écologique de l’œuvre est évidente, et, si le message n’est pas très subtile, on ne peut néanmoins nier qu’il est passé de manière percutante. Les scènes décrivant le calvaire vécu par des dauphins, forcés à s’échouer sur une plage en vu d’un abattage, ou celui vécu par des phoques ou des otaries, pris au piège d’une masse de déchets plastiques, ne laissent évidemment pas indifférentes, et sont même parfois difficiles à lire tant elles révoltent le lecteur. C’est également le cas des histoires rapportées à tour de rôle par les membres de l’équipage qui nous donnent un petit aperçu du calvaire vécu par les humains au moment de la catastrophe : les camps de réfugiés, les dégâts sanitaires, les violences, le chaos… La vision de cet immense navire évoluant au gré des marées fantômes est quant à elle plus réjouissante et ne manquera pas de ravir les amateurs d’aventure et de piraterie. Si cet aspect du roman est une véritable réussite, je serais en revanche un peu plus nuancée concernant le reste, à commencer par les personnages. Contrairement aux précédents textes de l’auteur, dans lesquels on trouvait des protagonistes qui pouvaient certes manquer de complexité mais qui se révélaient globalement attachants, j’ai eu ici beaucoup de mal à souscrire au personnage d’Oural : trop imbu de lui-même, trop puéril. La relation entretenue entre le jeune homme et Bengale, le capitaine du navire, est quant à elle traitée de manière trop légère, si bien qu’on peine à comprendre la fascination de l’un pour l’autre. Cette superficialité aboutit malheureusement à des dialogues un peu bancals ou maladroits qui desservent les personnages dont on aurait pu espérer davantage de profondeur.

Aurélie Wellenstein signe avec « Mers mortes » un nouveau roman percutant qui s’interroge sur le devenir de notre planète, et notamment de sa faune et sa flore marines. Un thème d’actualité mis en scène par le biais d’un procédé scénaristique original qui permet à l’auteur de convoquer de puissantes images auxquelles le lecteur ne pourra pas rester indifférent. On peut malgré tout regretter le manque de profondeur de l’ensemble, à commencer par celui des personnages que l’on suit sans déplaisir mais sans réel attachement non plus.

Autres critiques : Blackwolf (Blog-O-livre) ; Célindanaé (Au pays des cave trolls)

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