Science-Fiction

Le Vêlage (nouvelle)

Le Vêlage

Titre : Le Vêlage (nouvelle)
Auteur : Sam J. Miller
Éditeur : Albin Michel (Imaginaire) [site officiel]
Date de publication : janvier 2019 (en VF)

Synopsis : XXIIe siècle. Les bouleversements climatiques ont noyé une bonne partie des zones côtières, amenant, comme c’était prévisible d’immenses vagues de migration et des guerres. Au large de continents condamnés à la désertification, de nombreuses cités flottantes ont vu le jour. Elles abritent des centaines de milliers de personnes, des millions, dans un confort précaire pour le plus grand nombre et une agréable opulence pour la minorité dominante : les Actionnaires. Sur la ville flottante de Qaanaaq, au large du Groenland, après une mission de découpe d’iceberg longue de trois mois, un père retrouve son fils de quinze ans. Saura-t-il combler le fossé qui les sépare désormais?

Accepter une longue mission, c’est reconnaître qu’on est vieux, sans espoir, sans amarres – prêt à accepter un salaire de merde, lequel vous donne aussi droit à un hamac et à trois bols de ragoût de viande de houle par jour.

La nouvelle Le Vêlage bénéficie d’une opération toujours intéressante pour les lecteurs assidus et/ou curieux : à l’occasion de la publication de La Cité de l’orque, de Sam J. Miller, l’éditeur Albin Michel Imaginaire offre un texte court dans le même univers, c’est le moment pour découvrir gratuitement le style et les thématiques de cet auteur.

Une histoire forte dans un univers post-apo

Nous suivons l’histoire de Dom, prolétaire en mal d’emplois et dont la situation familiale est malheureusement en harmonie avec la situation professionnelle, c’est-à-dire un désert affectif. Il revient d’une longue période loin du domicile de son ex-femme Lajla et de son fils adolescent Thede. Cela semble tout simple, mais il s’agit d’écouter les pensées de Dom quand il accompagne son fils en ville pendant quelques heures. Il ne l’a pas vu depuis longtemps, il est presque un inconnu pour lui et financièrement il ne peut se permettre aucune folie. Ils se baladent en ville, mais non seulement ils ne partagent que bien peu de choses et d’idées, en plus la mégapole qu’ils arpentent, Qaanaaq au Groenland, n’est que le reflet d’un monde en déliquescence, violent dans tous ses aspects : pollution, économie ultralibérale et donc déréglementée, avenir bouché.

Des thématiques fortes

Comme souvent quand c’est bien écrit, une nouvelle permet de brasser de nombreux thèmes en peu de pages. Parmi eux, l’auteur opte pour des axes très problématiques. Du point de vue familial, il utilise ce récit pour décrire les difficultés d’organiser sa vie familiale quand les contraintes se multiplient d’un point de vue professionnel : les cadences infernales ne font pas qu’user les corps et les esprits, elles détruisent aussi l’environnement personnel. De plus, le monde lui-même est en plein dérèglement non seulement libéral mais aussi climatique : le terrible réchauffement planétaire engendré par l’activité humaine détruit les écosystèmes, à l’image de la continuelle séparation des icebergs de la banquise, ce « vêlage ». Enfin, en parallèle de la destruction environnementale du monde et de la déchéance personnelle du père, il y a la construction du fils, et c’est là que la chute de la nouvelle prendra sa racine. Nous ne sommes présents que dans la tête de Dom, mais pointe régulièrement la question de la transmission de l’un à l’autre, de ce que le premier laissera en héritage et de comment le second pourra se former. C’est ce « vêlage » entre père et fils qui est ainsi abordé et laissé en suspens.

C’est donc une bonne et touchante nouvelle que nous avons là, une fenêtre très intéressante sur l’univers de Qaanaaq, sûrement à découvrir davantage dans La Cité de l’orque.

Autres critiques :
Célindanaé (Au pays des Cave Trolls)
Yogo (Les Lectures du Maki)

Kaamelotien de souche et apprenti médiéviste, tentant de naviguer entre bandes dessinées, essais historiques, littératures de l’imaginaire et quelques incursions vers de la littérature plus contemporaine. Membre fondateur du Bibliocosme.

5 commentaires

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