Le sang des princes, tome 2 : L’éveil des réprouvés

27 février 2019 6 Par Boudicca

Titre : L’éveil des réprouvés
Cycle : Le Sang des Princes, tome 2
Auteur : Romain Delplancq
Éditeur : L’Homme sans nom / Folio SF
Date de publication : 2017 / 2018

Synopsis : Tandal est en fête. Tandal est en transe. Tandal ignore tout du cancer installé au cœur même de ses noces princières. Le peintre Mical est aux oubliettes, et autour de sa cellule les couteaux s’aiguisent. Sa famille d’adoption austroise fourbit ses stratagèmes pour l’en libérer. Les étranges Spadelpietra, oscillant de la sagesse à la monstruosité, font tanguer le pays entre grandeur et catastrophe.

« Qu’est ce que l’Appel ? »

« L’éveil des réprouvés » est la deuxième et dernière partie du « Sang des Princes », un diptyque qui a fait l’objet en 2018 et 2019 d’une réédition en format poche après une première parution chez L’Homme sans nom. Sans grande surprise, ce second volet vient confirmer le talent de Romain Delplancq dont la maîtrise suscite d’ailleurs d’autant plus l’admiration qu’il s’agit ici de son tout premier roman. On retrouve l’ensemble des protagonistes du premier tome, à commencer par les membres des clans austrois qui s’organisent dans les coulisses de Tandal pour récupérer l’un des leurs, emprisonné dans les geôles du palais ducal. Parmi eux les Daels sont les plus concernés par les manigances des Spadelpietra, cette grande famille ducale dont la réputation jusqu’à présent irréprochable a été récemment écornée par les agissements et la quête avide de pouvoir de certains de ses membres. On retrouve évidemment aussi les principales figures de cette famille dont l’inéluctable ascension (et les coups bas et manigances sordides qui en ont résulté) aura eu raison de l’unité, les jeunes héritiers ne souhaitant pas salir leurs mains et leur réputation en trempant dans les complots ourdis par leur mère et leurs oncles. Mais peut-on pour autant leur faire confiance ? Et si l’« Appel » se manifestait bel et bien chez eux mais de manière plus sournoise et discrète ? Contrairement au premier tome qui, sans être lent, prenait néanmoins le temps de poser et le décor et les personnages, ce second volume nous débarque directement au cœur de l’action et ne connaîtra dès lors que très peu de baisses de régime. De même, si le précédent opus avait tendance à sans arrêt repousser les révélations, histoire de faire mariner un peu plus longtemps le lecteur, l’auteur consent enfin ici à nous livrer les secrets qui entourent le passé de ses personnages et l’histoire du royaume.

Un récit mené tambour battant

Toutes les pièces du puzzle patiemment révélées dans le premier tome commencent ainsi à se mettre en place, et ce pour le plus grand plaisir du lecteur qui ne peut qu’apprécier l’habilité avec laquelle l’auteur a construit son récit. Les scènes d’action et les coups de théâtre se succèdent, de même que les confrontations tant attendues entre certains personnages emblématiques issus des deux camps. Le cadre, lui, n’évolue que très peu, toutes les bases de l’univers ayant été posées dans le précédent tome. On retrouve donc un décor proche de celui de la Renaissance italienne, quand bien même le territoire est ici unifié sous l’autorité d’un seul et même souverain. Tandal garde toutefois des allures de cité-état, avec sa propre famille ducale à sa tête et sa relative indépendance. Les Austrois et leurs coutumes continuent également d’occuper une place centrale dans le récit, et il faut bien avouer qu’il s’agit sans doute de l’une des plus belles trouvailles de l’auteur. Artisans hors paires, on les savait réputés pour leurs automates et leurs tenseurs, mais les innovations technologiques et les trésors d’ingénierie qu’ils dévoilent dans ce second volume restent sans commune mesure avec ce qu’on avait pu voir jusqu’alors. Les Austrois sont aussi et surtout des artistes d’exception, et, si le sujet a quelque peu été mis de côté ici, l’art reste malgré tout au cœur de plusieurs scènes qui se révèlent particulièrement marquantes. J’en veux pour preuve le magistral concert donné à l’occasion des noces royales et dirigé par Philio, chef d’orchestre de génie et mélomane dévoué à son art. Retranscrire par des mots les sensations et les émotions que nous procure la musique n’est pourtant pas chose aisée, mais, comme c’était déjà le cas pour la peinture, Romain Delplancq y parvient avec beaucoup d’élégance.

De l’évolution des personnages

Le seul véritable reproche que l’on pourrait faire à ce second tome tient au fait que, l’action ayant pris le pas sur le développement entre les personnages, les interactions des uns et des autres sont sans doute moins nombreuses et moins développées que dans le précédent opus. Ça complote, ça fuit, ça s’organise pour riposter, ça échafaude de nouveaux plans, mais finalement ça ne communique plus que très peu. Cela n’enlève toutefois rien à l’attachement que le lecteur porte à la plupart des protagonistes, les membres de la famille Dael en tête, même si on mesure pleinement ici à quel point les récents événements ont pu transformer en profondeur le tempérament des Austrois. Lydie est beaucoup plus froide et calculatrice, écrasée qu’elle est désormais par le poids des responsabilités, Basil, personnage au départ très solaire, porte à présent en lui une part d’ombre qui le rend beaucoup plus difficile à cerner, de même que Mical, le jeune peintre qui s’est peu à peu départit de sa naïveté et dont la clairvoyance récemment acquise suite à son expérience traumatisante à Tandal peut parfois mettre mal à l’aise. Seul Philio, le chef d’orchestre, demeure finalement fidèle à lui-même, et c’est avec beaucoup de regrets qu’on voit le personnage trop rapidement s’effacer de la scène. Je suis un peu plus mitigée en ce qui concerne les rejetons Spadelpietra, mais cela tient sans doute au fait qu’on ne découvre véritablement les deux personnages que plus tard que les autres. Les « anciens » conservent quant à eux leur image de leaders retors et demeurent difficiles à cerner, à commencer par Jana, un personnage à priori détestable mais qu’on se prend pourtant à admirer et qui aurait sans doute mérité d’être davantage mis en avant. Il en va de même pour ses deux frères qui, bien qu’ayant chacun leur « moment de gloire », se font eux aussi plus discrets qu’auparavant, tout en demeurant aussi charismatiques.

Romain Delplancq signe avec ces deux volumes un diptyque de très bonne facture qui ne manquera pas de plaire aux amateurs de fantasy, qu’ils soient néophytes ou fins connaisseurs. On peut notamment saluer le talent avec lequel l’auteur parvient à mettre l’art au centre de son récit, ainsi que l’habilité avec laquelle il dénoue patiemment les nombreux fils de son intrigue. Une très belle découverte, que je vous recommande chaudement.

Voir aussi : Tome 1

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