Soleri, tome 1 : L’Empire des Soleri

3 novembre 2018 11 Par Boudicca

Titre : L’Empire des Soleri
Cycle/Série : Soleri, tome 1
Auteur : Michael Johnston
Éditeur : Bragelonne
Date de publication : 2018 (octobre)

Synopsis : Depuis des temps immémoriaux, la lignée des Soleri exerce une domination cruelle et impitoyable sur son empire : des dieux vivants dont personne n’a vu le visage depuis des siècles, et dont le contrôle sur les quatre royaumes inférieurs demeure à ce jour sans partage. Pourtant, à la date symbolique de l’éclipse annuelle, le roi d’Harkana se rebelle contre l’autorité en organisant en secret une chasse à l’homme. Celle de son fils et héritier, Ren, prisonnier depuis dix ans des entrailles de la capitale, comme le sont par tradition les fils de nobles des quatre royaumes. Pendant ce temps, l’intrépide sœur de Ren, Merit, mène son propre combat en défiant la loi impériale et en épousant l’homme qu’elle a choisi. Mais toute rébellion a un prix… et dans un monde de magie ancestrale, de rites sanguinaires et de secrets destructeurs, ceux qui osent tenir tête aux Soleri devront en affronter les conséquences.

 

Complots et coups-bas en famille

Premier tome d’une nouvelle série de fantasy américaine éditée par Bragelonne. « L’empire des Soleri » se sera révélé une très grosse déception, et ce malgré un cadre prometteur. Le roman met en scène une Égypte antique fantasmée dont l’empire se serait étendu à la quasi totalité des territoires alentours. Même si l’empereur brille depuis des années par son absence (les simples mortels ne supporteraient pas d’être en sa solaire présence), son gouvernement garde néanmoins une main de fer sur les provinces asservies, notamment au moyen d’otages : chaque roi doit envoyer son fils et successeur à la capitale où il restera prisonnier jusqu’à la mort de son père. Cela fait maintenant des siècles que le système a fait ses preuves, mais il semblerait que les règles du jeu soient en train de changer. Car contre toute attente, Ren, un otage de treize ans, est libéré alors que son père est encore en vie. Ce n’est d’ailleurs pas le seul bouleversement que connaît l’empire. Il y a d’abord le problème du Premier Rayon du Soleil (une sorte de Premier Ministre) qui commence à se faire vieux et qui ne manque pas de candidats à sa succession, tous plus impitoyables les uns que les autres. Il y a aussi la fameuse éclipse, qui occulte le soleil chaque année et annonce la faveur des dieux, qui ne se manifeste pas pour la première fois, causant la frayeur et la fureur du peuple. Sans compter le problème posé par l’approvisionnement de l’empire, et de certains vassaux qui s’agitent. C’est dans ce contexte qu’on fait la connaissance des cinq membres d’une même famille : le père est le souverain d’un royaume voisin asservi ; le fils, le fameux otage libéré plus tôt que prévu ; la mère a quitté sa famille il y a des années pour devenir Grande Prêtresse et vise le poste de Premier Rayon du Soleil ; quant aux deux filles, elles ne pourraient être plus différentes : l’aînée aspire à devenir reine et se montre retorse et manipulatrice tandis que la cadette est une jeune fille farouche et indépendante, lasse de servir comme monnaie d’échange.

Intrigue bancale et personnages fades

On a donc à priori une histoire familiale compliquée, entrecroisée d’intrigues politiques à plus grande échelle, un peu à la manière de G. R. R. Martin ou encore Maurice Druon. Sauf qu’il manque à l’auteur la subtilité et le sens du coup de théâtre de ses prédécesseurs. Le récit est certes mené tambour battant, mais l’avalanche de scènes d’action et de rebondissements ne permet pas de compenser le manque de profondeur non seulement de l’intrigue, mais aussi des personnages. L’auteur y met pourtant du sien et utilise toute la panoplie habituelle en matière de complots politiques : envoie d’assassins, coups bas, trahisons, cadavres déposés sur le pas de la porte de ses ennemis… Le problème, c’est que tout cela est présenté de manière tellement expéditive qu’on a rarement le temps de prendre conscience des implications de telle ou telle action que l’auteur est déjà passé à autre chose. Impossible dans ces circonstances de s’immerger dans le récit, ni surtout de s’attacher aux personnages qui sont franchement limités. La plupart sont certes réactifs (puisqu’ils semblent ne jamais prendre le temps de réfléchir et réagissent à tout à chaud), mais pour la logique on repassera ! Ce que la plupart d’entre eux présentent comme des coups de génie tient ainsi bien plus souvent de la chance que d’une véritable stratégie (mais comme ils ne se remettent jamais en question, tout va bien). Et quand certains finissent par réaliser que ce qu’ils ont fait n’était peut-être pas une si bonne idée, cela arrive bien trop tard, le lecteur l’ayant, lui, saisi bien plus tôt (l’exemple le plus flagrant est sans doute la décision de Mérit de marier sa sœur). Les personnages féminins me posent d’ailleurs question. Outre le fait qu’elles correspondent toutes à un stéréotype bien précis (on a la femme politique ambitieuse et impitoyable, la princesse rebelle et bad-ass…), c’est surtout la manière qu’a l’auteur de systématiquement mentionner leur physique avantageux dès qu’il parle d’une femme qui m’a agacé. Faut-il donc forcément qu’une femme soit belle pour remporter l’adhésion du lecteur ? Et pourquoi les hommes n’ont-ils pas le droit au même traitement ? C’est d’autant plus gênant que l’auteur manque à nouveau de subtilité au point de distinguer les femmes belles qui s’assument (en gros les ambitieuses et les ordures), et celles qui tentent de cacher leur beauté (les « gentilles »).

Cadre intéressant, mais plume maladroite

Autre élément qui ne joue absolument pas en faveur du roman : la plume de l’auteur (je sais bien qu’on a affaire à une traduction mais franchement je ne pense pas qu’il s’agisse ici d’un problème de traducteur). Les dialogues, notamment sont assez pauvres et comportent de nombreuses répétitions (il arrive par exemple qu’un personnage répète la même question trois fois dans la même page…). Certains s’avèrent même assez inutiles tandis que d’autres sonnent tout simplement faux (les personnages se retrouvent à dire à voix haute des choses qui auraient du être placées dans la narration). Autant dire qu’on est loin des joutes verbales à la « Game of thrones » ! Le reste du texte n’est pas franchement d’un meilleur acabit : la description des personnages est très lourde, et certains événements sont racontés de manière tellement concise qu’on a parfois l’impression d’avoir loupé un épisode (exemple : au détour d’un couloir, un personnage tombe sur le corps d’un homme. Et bien le fait est mentionné sur à peine une ligne, sans aucun autre détail, et ne provoque aucune réaction particulière, si ce n’est un changement de destination…). J’ai bien conscience que rien dans ma chronique jusqu’à présent ne donne envie de découvrir le roman, et j’en suis d’autant plus désolée que le décor était pourtant fort intéressant. Il est en effet assez rare de voir de la fantasy se déroulant dans le cadre de l’Égypte antique dont on retrouve ici les noms, les sonorités, les paysages, ainsi que certaines traditions. C’est le cas par exemple du culte du soleil, qui occupe un rôle essentiel dans le panthéon de cette civilisation, mais aussi de la manière dont on considère l’empereur (qu’on peut aussi bien associer ici à un pharaon qu’aux représentants de la dynastie lagide, bien plus tardifs mais peut-être plus habiles encore en matière de communication). L’Égypte n’est d’ailleurs pas la seule civilisation à avoir influencé l’auteur, puisqu’on retrouve aussi dans les provinces de l’empire des cultures plus proches du monde celte.

En dépit d’un cadre prometteur, ce premier tome de « L’empire des Soleri » n’aura a aucun moment réussi à me passionner. Outre une intrigue un peu bancale et des rebondissements souvent tirés par les cheveux, on peut regretter que les personnages et le style n’aient pas été davantage travaillés afin de donner davantage de profondeur et de complexité au roman. Dommage.

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