Le Tombeau d’Hercule

26 juin 2018 0 Par Dionysos
Le Tombeau d'Hercule

Titre : Le Tombeau d’Hercule
Cycle/Série : Les aventures de Wilde et Chase, tome 2
Auteur : Andy McDermott
Éditeur : Bragelonne (Thriller) [site officiel]
Date de publication : 13 juin 2018 (2008 en VO)

Synopsis : Un héros mythique – L’archéologue Nina Wilde en est convaincue, les textes antiques l’attestent : Hercule, le héros mythologique, possédait son propre tombeau. Si elle le découvre, la nouvelle directrice des opérations de l’agence internationale du patrimoine remplira sa mission : protéger les trésors de l’humanité.
Un trésor incroyable – Mais Wilde et son petit ami Chase ne sont pas les seuls à enquêter sur cette tombe merveilleuse. Les artefacts qu’elle contient attisent toutes les convoitises. Et, notamment, celle d’une mystérieuse cabale, prête à tout pour s’en emparer.
Un ennemi mortel – De la Suisse à Shanghai en passant par Londres et le Botswana, le couple est lancé dans une course contre la montre. Ils sont prêts à tout pour éviter que le tombeau d’Hercule ne tombe entre de mauvaises mains…

Bibliocosme Note 1.0

— Dois-je vous appeler Lady Blackwood, ou bien… ?
— Sophia suffira, je vous en prie.
— On l’appelle Lady quand on cherche à impressionner les ploucs, dit Yuen. Vous n’avez pas idée de l’importance que revêt cette touche de vieille aristocratie anglaise quand on négocie un contrat. C’est la principale raison qui m’a poussé à l’épouser ! s’exclama-t-il avec un gros rire qui laissait entendre à Nina que ce n’était pas qu’une plaisanterie.

À nouveau reçu par Bragelonne (merci à eux), Le Tombeau d’Hercule est la suite directe d’À la poursuite de l’Atlantide, d’Andy McDermott. La déception du premier tome qui répondait aux attentes des fans de thrillers finissait sur l’espoir de trouver quelque chose de neuf dans la suite, sur un terreau archéologique renouvelé. À nouveau, regardons, par le biais de la quatrième de couverture, si les promesses formulées sont tenues.

Un héros mythique

À plusieurs reprises, le lecteur peut légitimement se faire la réflexion suivant : mais quand est-ce qu’on en parle de ce « héros mythique » ? Si le premier tome utilisait le mythe de l’Atlantide, il se bornait à reprendre les bases les plus communes et à les répéter plusieurs fois, mais au moins c’était présent. Ici, le deuxième tome ne fait que solliciter le mythe d’Hercule et d’un éventuel tombeau sans jamais en faire quoi que ce soit. C’est bien triste : on ne demande pas un essai sur les mythes utilisés, mais qu’il y ait un peu de fond quand même, un petit truc alléchant à retenir, or ici le tout peut tenir en dix pages ! De fait, dans le duo de héros (ce sont les aventures de Wilde et Chase, quand même), l’archéologue Nina Wilde n’a plus autant de choses à proposer, forcément, puisque l’archéologie et l’étude des textes anciens prend encore moins de place que dans le premier tome. Chase est davantage le « héros mythique » promis. Le type « le plus loyal, le plus courageux et le plus indomptable » (sic) est forcément le héros bad-ass, « chevalier servant » (sic aussi) de ces dames, qu’elles le souhaitent ou pas d’ailleurs n’a pas grande importance (celles-ci n’ayant pas toutes une caractérisation très aisée). Même gravement torturé, il surpasse des mastodontes du combat rapproché : bref, il est beau, il est grand, il est fort. Il faut reconnaître qu’il a le plus souvent la position du pygmalion, tant chaque femme se révèle uniquement grâce à lui, ce sont des femmes d’action par la motivation qu’il a créée, par l’entraînement qu’il a prodigué ou par le fait qu’il les ait sauvées (au moins, c’est au choix). D’ailleurs, l’adage type James Bond « une femme dans chaque port » semble être de la partie, car peu importe l’endroit du monde où il va, Chase a toujours une ancienne « conquête » à retrouver et à utiliser. Au bon d’un moment, cela tourne plutôt à « un porc dans chaque femme ».

Un trésor incroyable

Comme nous l’avons déjà dit, le tombeau d’Hercule, on s’en préoccupe comme d’une guigne pendant, au moins, les deux tiers du livre. Les trésors proposés sont avant tout extrêmement capitalistes (et je ne vous dévoile même pas la fin !…), misant sur le luxe, le militaire, bref sur l’accumulation sans aucun autre but véritable que… l’accumulation. Clairement, le « trésor incroyable » est bien décevant. On ne trouve pas non plus un trésor d’humour, car les quelques petites répliques grinçantes qui pouvaient être trouvées dans le premier tome ont carrément été abandonné en route. Il n’y a pas non plus un trésor du langage, car on tombe encore plus dans le familier avec de plus en plus de gros mots et d’injures, tout à fait compréhensibles vu les situations montrées, mais cela encombre les dialogues plus que ça ne les rend vivant. En revanche, il faut reconnaître l’expertise concernant les noms et les caractéristiques d’armes et de voitures, détaillées par le menu (ah les gros calibres…). Enfin, dans le même ordre d’idée que dans le premier tome, en plaçant deux ou trois références estampillées avec d’énormes guillemets « geek », l’auteur a l’occasion de « faire genre » : le renouvellement de tel ou tel gadget permet de faire un clin d’œil à Indiana Jones, Harry Potter, Star Wars et Star Trek : ça prend quatre lignes dans tout le roman, mais ça donne bien l’idée construite par cette « écriture de marché ».

Un ennemi mortel

Alors, sommes-nous dans une hécatombe comme dans le premier tome ? Pas tout à fait. Il y a « un peu » moins de destruction matérielle au sens où cela devient moins systématique (le premier tome, rappelons-le, suivait le schéma : découverte d’un lieu, exploitation, destruction, lieu suivant), au point d’ailleurs qu’à plusieurs reprise des Jean-Jacques (personnages ne servant qu’à de la figuration) – c’est souvent des Jean-Jacquette du coup – lui demandent de ne pas tout faire exploser : s’il te plaît, Chase, consentirais-tu à te retenir ?

Et s’il y avait une chose où Chase excellait, c’était bien ça : la destruction.

Heureusement, à part quelques véhicules, il réussit, sauf que c’est l’Ennemi qui prend le relais ! Ce dernier est capable de détruire la vie des populations en masse, mais faiblit quand il s’agit du héros : sa seule perte mettrait-elle fin à toute l’Histoire ? Là aussi, la conception du monde est intéressante. Qui est donc cet Ennemi, mortel ou non ? Encore un milliardaire qui ne sait pas quoi faire de son pèze, tout ce « pognon de dingue » ne sert forcément qu’à s’accaparer les biens et la vie des autres. C’est simple, c’est net et c’est systématique. L’auteur a-t-il du recul sur l’intrigue très réduite et sur la portée néfaste des idées montrées ? Au fond, cela pourrait être porté dans un tel jusqu’au-boutisme qu’il servirait à le dénigrer. Il y a bien une envie réelle, ce coup-ci, de reprendre les codes des thrillers d’espionnage pour les casser bien gentiment, l’auteur l’énonce même explicitement. Mais là où c’est étrange, c’est qu’à chaque fois, c’est pour mieux y retomber très lourdement (on ne peut pas raisonnablement qu’il tente de déjouer les codes là !). Le pire est qu’un tel passage mal tourné, voire bien lourd, ne se produit pas qu’une seule fois dans le roman ! Donc non, il semble que l’auteur soit à fond dans cette vision du monde, celle de ceux « qui sont quelque chose ». Disons qu’une fois ce pli bien pris, nous sommes davantage dans un « ennui mortel » avec ces longues scènes de conflits puérils entre les deux héros, dont les histoires de couple sont en fait le cœur et le seul sel de l’intrigue.

Clairement, ce roman ne mérite pas son titre, car il mise absolument tout sur la course-poursuite et l’action pure avec bien peu de recul, au point de ne même pas correspondre aux promesses de la quatrième de couverture. Il faut tout de même entraîner son goût pour le thriller ésotérique, mais il est à cultiver avec des romans qui savent tenir la double promesse de thriller et d’ésotérisme, donc certainement pas avec les suites déjà parues en VO où les « héros » s’amusent avecsur Excalibur puis avec le Valhalla.

Voir aussi : Tome 1

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