Les Soeurs Carmines, tome 1 : Le complot des corbeaux

Les Soeurs Carmines, tome 1 : Le complot des corbeaux

19 mai 2018 9 Par Boudicca

Titre : Le complot des corbeaux
Cycle : Les sœurs Carmines, tome 1
Auteur : Ariel Holzl
Éditeur : Mnémos (collection Naos)
Date de publication : 2017 (mars)

Synopsis : Merryvère Carmine est une monte-en-l’air, un oiseau de nuit qui court les toits et cambriole les manoirs pour gagner sa vie. Avec ses soeurs, Tristabelle et Dolorine, la jeune fille tente de survivre à Grisaille, une sinistre cité gothique où les moeurs sont plus que douteuses. On s’y trucide allègrement, surtout à l’heure du thé, et huit familles d’aristocrates aux dons surnaturels conspirent pour le trône. Après un vol désastreux, voilà que Merry se retrouve mêlée à l’un de ces complots ! Désormais traquées, les Carmines vont devoir redoubler d’efforts pour échapper aux nécromants, vampires, savants fous et autres assassins qui hantent les rues…

Bibliocosme Note 3.0

Regarde mon cactus, Merry ! C’est la Reine qui me l’a donné pour notre jardin d’hiver ! Je vais l’appeler « Franklyn Baptiste Désiré de Mont-Augure ». Ou « Monsieur Pic-Pic », je n’ai pas encore décidé…

Tout ça pour une petite cuillère !

Les Carmines sont au nombre de trois. Trois sœurs, complètement différentes les unes des autres, qui peinent à joindre les deux bouts depuis la disparition de leur génitrice. Heureusement, Merryvère, la cadette, possède un talent certain pour s’introduire subrepticement dans les maisons les plus cossues où elle récupère de quoi faire vivre le reste de la famille. Le problème, c’est que son dernier cambriolage a plutôt mal tourné. D’abord parce qu’elle est tombée sur un concurrent inattendu. Ensuite, parce que le butin récupéré n’est absolument pas à la hauteur des risques entrepris. Et enfin parce que, en dépit de son apparente absence de valeur, l’objet dérobé semble attiser la convoitise de pas mal de gens… Des gens dangereux, évidemment. Premier roman de Ariel Holzl, « Le complot des corbeaux » a depuis été suivi par deux autres tomes, tous parus dans la collection jeunesse de chez Mnémos (Naos). Séduite par la couverture et convaincue par l’avis d’un troll bien connu, c’est avec enthousiasme que je me suis lancée dans cette lecture que j’envisageais surtout comme une petite friandise à déguster entre deux plats plus conséquents. Pas de grosses attentes, donc. Or, si je m’y suis plutôt retrouvée en ce qui concerne le divertissement, je reste malgré tout un peu sur ma faim, déçue par un certain nombre d’éléments qui m’ont empêché de vraiment profiter de de ma lecture. Mais commençons d’abord par LE point positif de cette trilogie : son décor. On est maintenant habitué à ce que les éditeurs promeuvent leur nouveaux auteurs en les rapprochant de mastodontes du genre (ce qui n’est pas toujours un bon calcul), mais lorsque Mnémos cite en quatrième de couverture à la fois Tim Burton, Neil Gaiman ou encore Edgar Allan Poe, on se dit qu’ils n’y sont cette fois pas aller de main morte !

« Voulez-vous voir un monde étrange… ? »

Sauf que le parallèle est ici plutôt bien vu. C’est notamment le cas pour ce qui est de Tim Burton dont on retrouve effectivement un certain nombre de caractéristiques : le même petit grain de folie, le même humour noir et surtout un décor que le réalisateur n’aurait sans doute pas renié. Car il ne fait pas bon vivre à Grisaille ! Une brume pesante plane du matin au soir sur la ville, des oiseaux de mauvais augure ont colonisé les toits, les cimetières pullulent dans tous les coins, quant aux habitants, ils passent leur temps à se trucider pour des broutilles ou finissent eux-mêmes par mettre fin à leur jour. On ne prend d’ailleurs même plus la peine d’ôter les suicidés de leur branche, on se contente « de vêtir les cadavres de couleurs vives et d’y épingler des guirlandes de lampions, pour leur donner un petit côté festif pendant les pique-niques ou les garden-parties ». Charmant, non ? Ajoutez à cela des familles nobles complotant à longueur de journée les unes contre les autres pour tenter de s’emparer du trône, et vous aurez un bon aperçu de ce à quoi peut ressembler la vie à Grisaille. Ce décor sordide dans lequel la mort est omniprésente mais traitée presque avec nonchalance est sans aucun doute le plus gros atout du roman. A mesure que l’on arpente Grisaille, l’auteur nous régale d’anecdotes ou de détails croustillants concernant l’histoire de la ville et le fonctionnement de ses différents quartiers, le tout avec un humour bien noir que j’ai personnellement beaucoup aimé (mention spéciale aux « bals de charité » organisés par certaines familles…). A noter d’ailleurs que l’esthétisme très particulier du roman est très bien rendu par la couverture et les illustrations intérieures de Melchior Ascaride (voir notamment la représentation de la petite Dolorine et de Tristabelle sur les rabats : superbe !)

Deux Carmines attachantes sur trois

Je serais en revanche plus nuancée en ce qui concerne l’intrigue et les personnages auxquels j’ai beaucoup moins accrochés. D’après ce que j’ai cru comprendre, chacun des trois tomes de la trilogie devrait se focaliser sur une des sœurs, la première à se retrouver sous les projecteurs étant Merryvère, la cadette. Pour ce qui est de la jeune fille, pas de problème particulier : débrouillarde et dotée d’un bon sens des responsabilités, le personnage ne tarde pas à gagner la sympathie du lecteur. Il en va d’ailleurs de même de la benjamine, Dolorine, qu’on ne peut s’empêcher de trouver à la fois très craquante et très flippante (je suis par contre moins fan des extraits de ses journaux intimes qui font certes ressortir sa candeur mais qui finissent par devenir un peu lourds). Pour ce qui est de l’aînée, en revanche, c’est une autre paire de manches ! La jeune femme est la caricature parfaite de la petite peste qu’on rêve d’étrangler : aussi belle que superficielle, elle ne pense qu’à elle-même au point de ne jamais mesurer l’importance du danger qui pèse sur son entourage. Cela pourrait tout à fait être le genre de personnage amusant, celui qu’on adore détester, mais en ce qui me concerne je l’ai juste trouvé extrêmement agaçante (il faut dire que la demoiselle a la fâcheuse manie de parler en coupant les mots ou en les allongeant pour bien insister dessus : « ab-so-lu-ment », « j’en meuuurs d’envie ! », ce qui est juste insupportable à lire). L’intrigue est pour sa part loin d’être inintéressante mais reste un peu brouillonne, l’auteur nous laissant volontairement dans le flou une bonne partie du roman, ce qui nous empêche de bien saisir les enjeux et donc l’intérêt de l’histoire. Le récit est en tout cas bourré d’un humour que j’ai trouvé assez savoureux, le seul problème étant que cette constante ironie limite inévitablement l’impact émotionnel des scènes sensées êtres dramatiques mais qui ne nous font finalement ni chaud ni froid.

Ariel Holzl signe avec ce premier tome des « Soeurs Carmines » un roman divertissant qui séduit surtout par l’originalité de son décor, celui-ci rappelant par bien des aspects les plus célèbres réalisations de Tim Burton. Bourré d’humour et d’idées farfelues, le récit pâtit malgré tout de quelques bémols tels que la construction de l’intrigue et surtout le personnage de Tristabelle auquel je n’ai pas du tout accroché. Mais peut-être le second tome, justement consacrée à l’aînée des Carmines, la présentera sous un jour plus intéressant…

Voir aussi : Tome 2 ; Tome 3

Autres critiques : Célindanaé (Au pays des cave trolls)