Fantasy

Les Sentiers des Astres, tome 4 : Jaunes Yeux

Titre : Jaunes yeux
Cycle/Série : Les Sentiers des Astres, tome 4
Auteur : Stefan Platteau
Éditeur : Les Moutons Électriques
Date de publication : 2021 (août)

Synopsis : L’expédition Rana a retrouvé la Voie au Roi : cette fois, l’Oracle semble bel et bien à portée de main, et par lui, le salut du Vieux Royaume. Mais reste-t-il encore quelque chose à sauver ? Là-bas, dans l’Héritage, le sort des armes a mal tourné ; Maroué la sorcière est aux abois, sur le point de tout perdre… Sous la lune versatile, des forces anciennes menacent. Plus que jamais, Fintan et les siens sont en proie au doute. Ils savent que le danger ne vient pas seulement de la forêt : il couve aussi au sein de la troupe. Car la petite Kunti est hantée par l’Outre-songe… Qui est son protecteur, le mystérieux berger que l’enfant nomme « Jaunes yeux » – tantôt allié, tantôt péril mortel ? Le secret de sa nature se trouve peut-être dans les souvenirs de la fillette et de sa mère…

A la poursuite du Roi Diseur

Entamée en 2014, « Les Sentiers des Astres » est une série de fantasy qui devrait comporter cinq volumes au total et dont « Jaunes yeux » est le quatrième opus. Remarqué à la fois pour l’originalité de son univers et pour l’élégance de son écriture, le premier tome mettait en scène un petit groupe d’individus menant une expédition dans les lointaines forêts du Nord. A bord de deux gabarres, la compagnie dirigée par le chef de guerre Kalendûn Rana se composait alors de plusieurs guerriers, mais aussi de profils plus inattendus, à l’image du barde Fintan Calathynn (notre narrateur), d’une belle jeune femme connue sous le nom de Courtisane, ou encore de la petite Kunti, sa fille, que le capitaine appelle énigmatiquement « sa boussole ». Tous sont à la recherche d’un ancien oracle baptisé « le Roi-diseur », dernier espoir des Luari de venir à bout des marées étranges, un mal qui ronge de nombreux guerriers suite à l’utilisation sur le champ de bataille par la reine Maroué d’un astra, puissante arme antique aux effets dévastateurs et mal connus. Par fidélité envers leur reine dans la guerre civile qui les oppose aux Souranès et met le Royaume de l’Héritage à feu et à sang depuis des années, les membres de l’expédition sont prêts à tout, malgré les nombreux dangers qui les guettent. Le lecteur entame ici le quatrième tome de la série, et la compagnie du début a bien changé et est passée par bien des épreuves depuis notre première rencontre avec elle sur le Vyanthryr. [Attention : Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de vous plonger dans les précédents volumes, je vous conseille de ne pas lire la suite au risque de vous faire spoiler une partie de l’intrigue.] Après avoir affronté de nombreux obstacles et perdu plusieurs compagnons, notre petit groupe semble enfin se rapprocher de la fin de leur périple, puisque s’ouvre désormais devant eux la fameuse Voie au Roi, chemin balisé grâce auquel le Roi Diseur les guide vers son repaire. Connaître la route ne signifie pourtant pas que les ennuis sont terminés, et il faudra encore bien du temps et des épreuves avant que la compagnie ne parvienne à destination.

Trois récits qui s’entremêlent

Comme dans les précédents volumes, le voyage fournit l’occasion aux derniers membres de l’expédition de se raconter, et d’ainsi permettre au lecteur de mieux cerner les raisons de leur présence, mais aussi les différents enjeux dont il est question avec cette guerre civile. Après avoir laissé la parole à Manesh, un solaire repêché par la troupe au début du premier tome, c’est Shakti, celle que l’on surnomme la Courtisane, qui a pris la relève et nous livre, au fil du voyage, le récit de sa vie et de celle de sa fille. Une vie pour le moins mouvementée, et dont on commence tout juste à comprendre comment elle a bien pu la mener ici. Comme dans les précédents volumes, le roman alterne donc entre le récit à la première personne du barde Fintan, qui nous raconte l’avancée de l’expédition, et celui de Shakti, qui revient sur la façon dont elle a acquis ce surnom de Courtisane. Ce tome-ci comporte également quelques passages racontés du point de vue de Fergus, cadet de la famille de Marmach, qui participe à une bataille décisive dont on ignore longtemps dans quelle temporalité elle se situe et qui oppose à nouveau les Souranès aux Luari, ces derniers étant en fâcheuse posture. Ce sont donc trois ambiances très différentes qui cohabitent dans ce roman qui se révèle, sans surprise, aussi captivant que les précédents et nous fournit l’occasion d’appréhender le conflit en cours à plusieurs échelles. Le récit de Fergus permet à l’auteur de nous livrer d’impressionnantes scènes de combat impliquant des belligérants parfois étonnants (à l’image de ces singes combattants). Ces chapitres alternent entre moments grandioses portés par un véritable souffle épique et représentations beaucoup plus crues et violentes des combats. Ils permettent en tout cas de mieux cerner les implications concrètes de la guerre civile sur le royaume de l’Héritage, chose qu’on peinait parfois à percevoir jusqu’ici. Les chapitres donnant la parole à Fintan sont, eux, plus posés et, si nos compagnons traversent de nouvelles épreuves en raison de la porosité entre la Voie au Roi et l’Outre-songe, le ton est plus volontiers à la réflexion sur la guerre en cours et ses conséquences, ainsi qu’à l’analyse des relations entretenues par les différents membres du groupe et de l’évolution de chacun d’entre eux. Le récit de la Courtisane, enfin, est beaucoup plus intimiste et dévoile une nouvelle facette du royaume de l’Héritage qui s’enrichit et se complexifie un peu plus à chaque tome.

Un univers et des personnages d’une grande richesse

Du côté des personnages, on renoue avec plaisir avec les figures marquantes des précédents volumes, la camaraderie unissant la plupart des membres de l’expédition se révélant à nouveau communicative. Fintan est évidemment celui qui inspire le plus de sympathie, et on découvre ici des pans méconnus et inattendus de son passé. Shakti, elle, continue de susciter l’empathie du lecteur par le récit douloureux de son emprise et des souffrances que lui fait endurer Meijo. Stefan Platteau fait à nouveau preuve de beaucoup de sensibilité et se penche, via le parcours et les rencontres de son héroïne, sur des sujets de société très actuels, à commencer par la pression qu’exerce sur les femmes une société patriarcale, et plus spécifiquement sur le droit des femmes à disposer de leur corps. Mais c’est surtout Kunti qui se retrouve ici au cœur de l’intrigue, ainsi que son protecteur dans l’Outre-songe, le fameux « Jaunes yeux » qui donne son nom à ce quatrième volume et éveille chez le lecteur des sentiments très contradictoires. On en apprend notamment davantage sur le calvaire vécu par la petite dans cette sorte de monde parallèle dans lequel une partie d’elle s’est retrouvée piégée dès la naissance et qui abrite un nombre incalculable d’horreurs. L’auteur nous livre pour l’occasion des scènes particulièrement marquantes qui, bien qu’horrifiantes, participent à renforcer l’intensité de l’immersion du lecteur dans cet univers aussi fascinant qu’effrayant. L’influence de la mythologie et de la culture indienne se fait à nouveau ressentir, et permet là aussi d’attiser la curiosité du lecteur, peu habitué à ce type de références en fantasy.

Avec « Jaunes yeux », Stefan Platteau nous offre un quatrième tome dans la droite lignée des précédents et dans lequel on retrouve tout ce qui fait le charme de sa série : une écriture ciselée pleine de sensibilité, un univers foisonnant qu’on prend un plaisir émerveillé à arpenter, des personnages profonds et attachants et une intrigue qui, malgré quelques digressions, fait naître toujours autant de curiosité. La série tient donc la route sur la durée, et il me tarde autant que je redoute de découvrir le fin mot de cette belle histoire.

Voir aussi : Tome 1 ; Tome 2 ; Tome 3 ; Tome 5

Autres critiques :  ?

Antiquiste passionnée d’art, de cinéma, de voyage et surtout grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement).

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