L’appel des grands cors

28 juin 2021 1 Par Boudicca
L'Appel des grands cors

Titre : L’appel des grands cors
Cycle/Série : Chevauche-brumes, tome 3
Auteur : Thibaud Latil-Nicolas
Éditeur : Mnémos
Date de publication : 2021 (mars)

Synopsis : Le Bleu-Royaume n’a jamais été aussi menacé. Pourtant, face à l’ennemi qui les met en péril, les grands seigneurs sont incapables de lui opposer un front uni. Dispersés dans des entreprises contraires, les royaumes des hommes tentent de nouer des alliances fragiles tandis qu’ailleurs, des hordes de créatures d’encre déferlent sur les contrées, ravageant villes et villages. Le chaos s’empare du pays et le culte d’Enoch, loin de rassembler les peuples, les dresse les uns contre les autres. Seuls les Chevauche-brumes seraient capables d’opposer une résistance efficace contre le chaos qui s’empare du pays. Mais leurs forces suffiront-elles ?

Suite et fin

Troisième volet de « Chevauche-brumes », trilogie initiée en 2019 et qui permit à Thibaud Latil-Nicolas de faire une entrée remarquée sur la scène de l’imaginaire francophone, « L’appel des grands cors » met un terme aux aventures d’une attachante bande de mercenaires chargés de combattre d’horribles monstres dans un monde d’inspiration médiéval-fantastique. Deux ans après, la qualité de la série n’a pas faibli et s’est même renforcée au fil des tomes. [Je précise qu’à ce stade de la série, des SPOILERS sont malheureusement inévitables (même si je vais m’efforcer d’en révéler le moins possible) aussi j’encourage vivement les lecteurs qui n’auraient pas encore découvert les précédents volumes à passer directement au paragraphe suivant]. Nous retrouvons nos différents protagonistes là où on les avait quitté, à savoir en fâcheuse posture. Juxs, qui cumule désormais les fonctions de régent et de plus haut dignitaire du culte d’Enoch, a pris le pouvoir et son influence sur le petit roi Teobane, malléable en raison de son jeune âge et de sa détresse psychologique, est immense. Son obsession pour les Chevauche-brumes n’a quant à elle pas disparu, loin de là, et sa nouvelle position au sein du royaume lui permet aujourd’hui de lancer la guerre sainte à laquelle il aspirait tant. Quitte à se mettre à dos ses anciens alliés d’Eterlandd et du Longemar. Seulement la menace à l’origine de la création du corps d’élite n’a pas disparu et est même en passe de devenir incontrôlable, y compris pour les territoires voisins du Bleu-Royaume qui assistent, impuissants, au déferlement des mélampyges sur leurs terres. Condamnés à se battre sur deux fronts, nos Chevauche-brumes vont connaître les moments les plus difficiles de leur existence pourtant déjà mouvementée, et devoir convaincre les différents royaumes de mettre leurs querelles de côté afin de se concentrer sur la véritable menace.

Chevauche-brumes

Une multitude de protagonistes

L’auteur opte à nouveau pour une narration avec de multiples points de vue qui nous font voyager un peu partout sur la carte, ce qui permet de varier les ambiances et les registres. On suit ainsi un premier groupe de Chevauche-brumes de retour sur les lieux qui virent la création de leur communauté, Creuset, où la situation est loin d’être au beau fixe. La part belle y est fait au suspens et à l’évolution psychologique et sentimentale des personnages ce qui donne lieu à des moments très prenants mais aussi bouleversants. On suit également le groupe des doryactes, de retour dans leur pays pour réclamer de l’aide auprès de leurs sœurs d’arme. L’occasion de découvrir le fonctionnement atypique de ces amazones des steppes dont la culture repose en grande partie sur le matriarcat et le nomadisme. On suit également le gros de la troupe qui continue de recruter de nouvelles têtes et tente encore de se concilier les dirigeants du Bleu-Royaume, sans avoir connaissance des bouleversements qui ont secoué la capitale depuis leur dernière rencontre avec le régent. La dynamique de groupe, principal atout du premier volume, fonctionne une fois encore à merveille et on prend beaucoup de plaisir à suivre les préparatifs des mercenaires pour le conflit qui se prépare, même si ceux-ci s’accompagnent inévitablement de disparitions tragiques. Enfin, l’auteur nous propose de découvrir le point du vue du camp adverse grâce aux yeux de l’Enochdil ou du roi, mais surtout d’un nouveau personnage, le marquis de Lancenys, noble du Bleu-Royaume placé bien malgré lui à la tête d’un régiment de Juxs dont il réprouve les méthodes tant politiques que militaires. D’autres personnages sont ponctuellement mis en avant pour des moments bien précis de l’intrigue (à l’image de ce premier chapitre mémorable mettant en scène la Muraille), ce qui permet de rendre la lecture particulièrement dynamique.

Les flots sombres

Guerre, amitié et sacrifices

Le récit est cette fois encore très rythmé, avec peu de temps mort et un sentiment d’urgence qui devient de plus en plus palpable au fur et à mesure de l’évolution du roman. Difficile de ne pas penser à « Game of thrones » puisqu’on se retrouve ici dans le même type de situation : toutes les ressources qui devraient être mobilisées pour venir à bout d’une menace susceptible de causer la destruction de l’humanité sont gaspillées dans des querelles intestines entre humains, incapables de comprendre l’importance de l’enjeu et la futilité de leurs petites guéguerres. Ce troisième tome se fait ainsi encore plus épique que les précédents et nous offre de magnifiques scènes de bataille, que se soit contre les mélampyges ou les troupes de Juxs. Conclusion oblige, le roman met en scène les derniers barouds d’honneur de plusieurs personnages importants dont le sacrifice fait mal au cœur mais donne lieu à des scènes grandioses. Les personnages constituent toujours le plus gros point fort du récit grâce à cette camaraderie un peu bourrine qui règne entre les Chevauche-brumes et qui les rend tous si attachants. Ici pas de saints ou de complets salopards mais une multitude de nuances entre les deux. L’amitié entretenue entre les soldat(e)s de la compagnie est toujours aussi émouvante, qu’il s’agisse de celle unissant Barbelin et Varago ou Danbline et Quintaine. La mise en scène d’un milieu guerrier, et donc à priori majoritairement masculin dans un monde de type médiéval-fantastique, n’empêche pas l’auteur d’accorder une large place aux femmes qui possèdent toutes des personnalités intéressantes et sont loin de se cantonner à des rôles de potiches. Les personnages qui font leur apparition dans cet ultime volume sont pour leur part tous très réussis, qu’il s’agisse du marquis de Lancenys, très critique des ordres de Juxs, du tourmenté Théclin ou de l’impressionnant Hondelbert. Mon seul bémol concerne le personnage de l’Enochdil, beaucoup moins nuancé que dans le deuxième volet et par conséquent plus caricatural dans le rôle de l’ecclésiastique fanatique. Le style de l’auteur participe aussi au plaisir de lecture : la narration est fluide, les scènes épiques ou émouvantes s’enchaînent tandis que les dialogues se révèlent toujours aussi drôles et percutants.

Pari pleinement réussi pour Thibaut Latil-Nicolas qui nous offre avec « L’appel des grands cors » une conclusion parfaitement à la hauteur qui vient clore en beauté sa série consacrée aux « Chevauche-brumes ». En dépit d’un cadre en apparence classique, les romans séduisent aussi bien par la qualité de leur intrigue que par celle des personnages qui entretiennent les uns avec les autres une relation de camaraderie communicative et fort touchante. Voilà une série de fantasy qui mérite à coup sûr le détour, que vous soyez amateurs ou grands connaisseurs du genre.

Voir aussi : Tome 1 ; Tome 2

Autres critiques :
Célindanaé (Au pays des cave trolls)
Dionysos (Le Bibliocosme)
Jean-Philippe Brun (L’Ours inculte)
Les Chroniques du Chroniqueur

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