Titre : Le triangle secret
Cycle/Série : Bande dessinée / Roman
Auteur : Didier Convard
Éditeur : Glénat / Le livre de poche
Date de publication : 2000 / 2008

Synopsis : Mon très cher Didier, quand vous écouterez cette cassette, je ne serai sans doute plus de ce monde. Ceux qui me traquent vont bientôt me débusquer, et il me reste trop peu de temps pour relater les derniers événements qui m’ont conduit au seuil de la mort. Je veux vous préserver, mon ami. Je ne vous livrerai pas la vérité. Maudissez-moi, mais vous ne devez pas savoir ! Jamais ! Abandonnez notre quête, je vous en conjure ! Fermez tous vos livres, brûlez-les et soufflez leurs cendres au vent. Oubliez tout ce que je vous ai dit.
Oubliez !

 

Didier Convard est le maître d’œuvre de la saga Le Triangle secret. Il est connu pour être le scénariste d’une série à succès, qui s’est depuis déclinée en plusieurs séries parallèles (ou saisons si l’on préfère le jargon des séries sur écran), puis en tant qu’écrivain en compilant la série en un roman. L’homme a déjà quelques titres romancés à son effectif.

Le triangle secret est composé de sept titres :

  1. Le testament du fou.
  2. Le jeune homme au suaire.
  3. De cendre et d’or.
  4. L’évangile oublié.
  5. L’infâme mensonge.
  6. La parole perdue.
  7. L’imposteur.

Il est ensuite suivi par INRI (4 albums) puis par Hertz (5 titres), sans oublier Les gardiens du sang (5 tomes) et Lacrima christi (2 titres parus et le troisième est annoncé pour le mois d’octobre 2017). Chaque album et chaque série a rencontré un certain succès, qui explique un nombre plutôt important de rééditions. Ainsi pour Le triangle secret plusieurs intégrales ont été publiées. Aujourd’hui disponible en librairie, une nouvelle édition en format réduit avec une couverture souple remplace l’édition à grand format et à couverture rigide, victime de son succès et aujourd’hui épuisée en librairie. Pour l’instant, les novellisations sont au nombre de deux : Les larmes du pape et Les cinq templiers de Jésus. Le premier est la transposition du cycle qui nous intéresse et le second, celui de la série INRI. Vous qui vous apprêtez à entamer cette lecture, sachez-le : de la place dans votre bibliothèque il faudra? et débourser une certaine somme vous devrez.


 

Bandes dessinées ou roman ?

Pour être franc mieux vaut commencer par les bandes dessinées. Lues en premiers les révélations d’INRI terniront le plaisir de la découverte du Triangle secret. Interpellé par les étranges circonstances liées au suicide d’un collègue et ami, Didier Mosèle, directeur d’un établissement qui réalise des recherches historiques sur les manuscrits découverts dans les environs de la Mer Morte décide de reprendre la main. Très rapidement, l’un de ses contacts, Martin Hertz, lui remet Le testament du fou. Il s’agit là du point de départ d’une quête baigné d’histoire, de théologie, d’occultisme et mêlée aux origines du Christ. Tout cela ne plait guère à l’Église, qui compte bien cacher définitivement une manipulation sur laquelle repose toute l’institution. C’est depuis son lit de mort que le pape Jean XXIV pilote, non pas l’Opus dei, mais les Gardiens du sang, une bien étrange confrérie de tueurs fanatisés. Ses proches ne sont plus légion et certains briguent déjà la tiare pontificale, ce qui ouvre la porte sur les coulisses du Vatican. Non, tout cela n’a rien à voir ni à envier à Anges et Démons !

« La vérité est ce qu’il reste des événements tels qu’on les transmet et les conserve. »

Et voilà la base d’une course poursuite marquée par des intermèdes historiques et quelques personnages charismatiques, notamment Martin Hertz, ou mystérieux, comme un certain messager. Les personnages secondaires prennent le pas sur les principaux. Didier Mosèle, rapidement aidé par la veuve Marlane (est-elle davantage qu’un faire-valoir ?) se révèle un anti héros (chercheur avec ses failles, hanté par ses remords à mille lieux de l’aventurier baroudeur). En y réfléchissant, il semble toutefois assez bien armé pour jouer le rôle qu’on lui assigne, sachant faire ce qui est nécessaire, sans se poser des questions pourtant évidentes… mais qui auraient remis en cause une partie de l’intrigue…

Didier Convard ayant eu l’audace de devancer le roman de Dan Brown de trois ans, il serait pour le moins délicat de tenter une comparaison avec son Da Vinci Code. L’approche est ici moins cinématographique : des problèmes qu’il faut résoudre pour avancer il y en a, mais il ne s’agit pas d’énigmes avec des épreuves. Il s’agit ici davantage d’une quête initiatique. Le théâtre des opérations se déroule essentiellement entre la région parisienne et la forêt d’Orient (ancienne région Champagne Ardenne). Les intermèdes historiques sont intéressants bien qu’un peu frustrants, car ils mettent albums et romans en mode pause. Les époques traversées sont variées : crucifixion de Jésus Christ, Philippe Auguste, les Cathares, les Templiers, Philippe le Bel, Torquemada, assurément il y a ici du potentiel. Progressivement ils deviennent les temps fort de la lecture et attendus en temps que tel, d’autant qu’ils permettent de voyager dans le temps comme dans l’espace.

Les bandes dessinées se révèlent plus riches que le roman, mais il s’agit de points de détails. La lecture de ce dernier devra être réservée aux inconditionnels de la série de bandes dessinées, ou à ceux qui, justement, ne veulent pas s’y frotter. Lire le roman avant les albums va se révéler terriblement frustrant ! La substantifique moelle aura été extraite et l’intrigue semblera se tirer infiniment en longueur.
 

Le roman

Le roman Les larmes du pape est intéressant si l’on apprécie le genre. Il offre notamment une plongée dans les premières années du XXIème avec la technologie du moment. Cette époque n’a pas encore vu l’émergence du tout numérique et du dieu Internet. L’écriture est fluide, l’ensemble est agréable, habillement mis en scène. Les intermèdes historiques, sont particulièrement appréciés. Le résultat est stupéfiant : il est difficile de décrocher et les pages se lisent avec grand plaisir, malgré leur nombre conséquent (plus de 600 pages pour la version poche).


 

Les bandes dessinées

Le point faible de la série reste assurément la mise en image. Malgré un nombre important de dessinateurs, le résultat ne convainc guère. Des améliorations par petites touches peuvent se faire sentir dans les premiers albums mais il faudra attendre l’antépénultième pour que celle-ci fasse réellement un bond significatif. Et encore, cette évolution est surtout le fait d’un seul dessinateur : Denis Falque. Les passages de relais entre les différents collaborateurs sont flagrants et parfois agaçants. Ainsi les dessins liés à l’époque de Jésus donnent l’impression d’être des esquisses impressionnistes inachevées : traits incertains, formes floues, mise en couleur particulière… il faudra vraiment accepter ce style et s’y résigner. Les deux derniers albums se révèlent plus réussis, notamment grâce à des jeux d’ombre réussis et à des traits enfin maîtrisés. Les couvertures composées par André Julliard tirent la série par le haut même si elles donnent une image faussée de la série.

Le testament du fou et Le jeune homme au suaire sont les deux premiers albums de lancement de la série. La mise en place des acteurs, du contexte se fera lentement mais au prix de textes à rallonge et plutôt envahissants. Là aussi, il faudra faire preuve de patience. Les dessins étant perfectibles, les plus impatients pourront être tentés de passer à autre chose. De manière générale, la structure des premiers tomes sera similaire pour ne pas dire identique pour les trois suivants. Les seules variables d’ajustement resteront les scènes d’actions tour à tour nombreuses ou plus discrètes. Il n’y aura pas vraiment de surprise de ce côté-là. Seuls les deux derniers albums trancheront. La parole perdue et L’imposteur sont si semblables que l’on pourrait justement penser à un dénouement qui prend la forme d’un dytique.

Si l’intrigue est intéressante, le scénario, lui, souffre de lenteurs et réserve plusieurs déceptions. Assurément, l’histoire ressemble parfois à un feuilleton de l’été et, à ce titre, laisse la place à des passages superfétatoires (ainsi le passage par le XIXème siècle). Certains développements sont prévisibles, et parfois même depuis le début… Les personnages principaux deviennent agaçants à la longue et l’on peut s’interroger sur leur capacité à tomber la bouche en cœur dans les pièges des Gardiens du sang. Le dénouement lui est partiellement imprévisible. Le coup de théâtre final est réussi mais se retrouve tiré par le bas par d’autres révélations attendues… dès les premiers albums !

 

Au final, cette série se révèle certes passionnante mais elle fait l’objet de défauts plus visibles dans la version en bandes dessinées. Il est tout à fait possible de s’arrêter à la lecture du dénouement (imprévisible et particulièrement bien mis en scène). L’envie de continuer avec INRI peut vous inciter à continuer ce petit bout de chemin et il ne tient qu’à vous de savoir si vous allez suivre cette voie-là…