Le manuscrit Robinson

Titre : Le manuscrit Robinson
Auteur : Laurent Whale
Éditeur : Critic
Date de publication : 2015 (mai)

Synopsis : 1520. Tenochtitlan, Mexique. Des fleuves de sang inondent les rues. Pas un Aztèque n’en réchappera, civil ou guerrier, prêtre, femme ou enfant. Les hommes bardés de fer sont venus pour l’or et la gloire. Ils ont fait parler le tonnerre. La mort est leur alliée. 1706. Archipel Juan Fernandes, Chili. Du haut de son promontoire, Alexander Selkirk voit sombrer un navire, victime des bordées de boulets espagnols. La solitude se referme sur lui, une fois de plus. De nos jours. À la bibliothèque du Congrès, un manuscrit inconnu fait surface après plus de deux siècles. Daniel Defoe aurait-il manipulé l’Histoire en rédigeant son fameux Robinson Crusoé ? Que voulait-il dissimuler à ses contemporains ? Autant de questions auxquelles devront répondre Dick Benton et les Rats de poussière, tandis que dans l’ombre, des forces manigancent et qu’un tueur impitoyable se lance à leurs trousses.

Note 2.5

Il y a un temps pour se lamenter, un temps pour boire et un temps pour tuer.

 

Après « Goodbye Billy » dédié à l’une des figures majeures de la conquête de l’Ouest, Laurent Whale nous revient avec un second thriller historique consacré cette fois à Alexander Selkirk. Le nom ne vous dit probablement rien mais vous êtes très certainement plus familier du personnage qu’il aura inspiré en 1719 à Daniel Defoe : Robinson Crusoé. Abandonné en 1706 sur l’archipel Juan Fernandes, l’Écossais restera près de quatre ans sur son île, survivant tant bien que mal grâce aux ressources trouvées sur place tout en attendant désespérément l’arrivée d’éventuels secours. Une histoire différente par bien des points de celle relatée par Defoe, apparemment désireux de passer sous silence certains épisodes du périple de Selkirk, notamment ceux liés à la découverte d’un formidable trésor volé aux Aztèques par Cortès en 1520… Un mystère auquel les « Rats de poussière » vont évidemment se retrouver mêlés et dont les compétences particulières vont se révéler encore une fois très utiles. Il faut dire qu’entre le vieil érudit passionné d’histoire, le garde du corps dur à cuir, la pro de la généalogie et l’as de l’informatique, nous avons affaire à une sacrée équipe ! Et comme si cette énigme historique ne suffisait pas, viennent s’y greffer une prise d’otage sur un navire par un groupe de mercenaires surentraînés, un tueur implacable envoyé aux trousses de notre héros dont la tête a été mise à prix et les plans machiavéliques ourdis par une Russe sublime mais légèrement sociopathe.

Un peu too much ? Malheureusement oui. L’action est certes continuellement au rendez-vous mais cette avalanche d’événements couplée au croisement de plusieurs époques et au rassemblement de quantité de personnages aux objectifs totalement différents (et n’ayant pour certains rien à voir avec l’histoire de Selkirk) aboutissent à une certaine confusion qui perdure jusqu’à la fin du roman. L’auteur maintient tout au long de son récit un rythme presque effréné, ne ménageant pour ses lecteurs que peu de moments de répit. Les personnages donnent ainsi l’impression d’être constamment ballottés en tout sens et de davantage subir les événements que d’y participer. Les membres des « Rats de poussière » restent cela dit aussi attachants que dans le précédent volume, même si on pourrait regretter de ne pas en apprendre davantage sur leur compte et de ne pas ressentir entre eux de véritable camaraderie. Comme dans le premier opus, c’est finalement les chapitres purement historiques qui se révèlent les plus immersifs et donc les plus captivants. Au moyen de scènes judicieusement choisies, l’auteur parvient alors efficacement à nous faire ressentir la solitude et le désespoir de ce naufragé qui se mord évidemment les doigts d’avoir demandé à être débarqué sur l’île suite à un différent avec son capitaine. Les moments passés avec celui qui deviendra dans le roman de Defoe « Vendredi » sont notamment très émouvants et procurent aux lecteurs un véritable dépaysement.

 

Laurent Whale signe avec ce second volume des enquêtes des « Rats de poussière » un roman à mon sens en dessous du précédent. La confusion et le trop plein d’action régnant dans les chapitres mettant en scène Dick Benton et son équipe sont heureusement positivement contrebalancés par la qualité et l’exotisme des passages consacrés à celui qui inspira le personnage de Robinson Crusoé et à propos duquel on aurait d’ailleurs souhaité en savoir un peu plus…

Voir aussi : Goodbye Billy