L'assassin royal 15 - La fille de l'assassin

Titre : La fille de l’assassin
Cycle : L’assassin royal, tome XV
Auteur : Robin Hobb
Éditeur : Pygmalion
Date de publication : 2015 (mai)

Synopsis : Fitz doit apprendre à vivre avec sa fille, Abeille, après la mort de sa femme, Molly. Etrangement précoce et intelligente, l’enfant poursuit une existence à demi sauvage dans le domaine de Flétribois. Livrée à elle-même, elle découvre les passages secrets que dissimulent les murs de la maison, se lie d’amitié avec un chat et découvre le passé de son père.

Note 4.5

Il m’avait souhaité de trouver mon propre destin, et je n’avais jamais douté de sa sincérité, mais il m’avait fallu des années pour accepter le fait que son absence était définitive et volontaire, que c’était un acte délibéré de sa part, un épisode terminé alors même qu’une partie de mon âme y demeurait suspendue dans l’attente de son retour. C’est ce qui fait, je pense, la souffrance de toute relation qui s’achève : se rendre compte que, si elle se poursuit pour l’un, elle est révolue pour l’autre.

 

Suite et fin du premier tome marquant le début d’une nouvelle série mettant en scène le héros de « L’Assassin royal ». L’auteur semble avoir désormais opté pour une alternance de narration entre Fitz qui essaie tant bien que mal de se dépatouiller dans son rôle de père, et Abeille, qui tente difficilement de trouver sa place au sein de la demeure de Flétribois. Et compte tenu de sa frêle allure et de son caractère renfermé, la chose n’est pas aisée… Si j’avais eu un peu de mal à m’attacher au personnage de la petite Abeille dans le volume précédent, ce n’est désormais plus le cas ici. Difficile en effet de ne pas se prendre d’affection pour la fillette dont on suit l’évolution avec intérêt, qu’il s’agisse de ses progrès en matière de sociabilité ou de ses explorations dans les murs secrets de la demeure de Flétribois. Outre Fitz et sa fille, on retrouve évidement Umbre, Ketricken, le Fou, Oeil de Nuit…, autant de personnages avec lesquelles tous les lecteurs des précédents tomes de « L’assassin royal » ont déjà fait un sacré bout de chemin et qu’on ne retrouve pas sans une certaine émotion. La sensation est la même que lorsqu’on retombe sur de vieux amis après une longue absence : on hésite un peu gauchement au début avant de se laisser gagner par un agréable sentiment de familiarité à mesure que les souvenirs refont peu à peu surface. Reviennent alors à notre mémoire les bons moments partagés ou les épreuves surmontées ensemble, et on finit alors par se défaire de toute réserve pour savourer pleinement le confort et le bien-être procurés par ces retrouvailles. C’est exactement ce qui se passe ici, et c’est avec un plaisir intact que l’on replonge dans l’univers des Six-Duché aux côtés d’un des héros les plus attachants qu’il m’ait été donné de découvrir.

Comme c’était déjà le cas dans le « tome » précédent, l’essentiel du récit se consacre avant tout au quotidien du père et de la fille : leurs incompréhensions, leurs tentatives pour les surmonter et tous les petits tracas d’un quotidien ordinaire, des réparations à effectuer dans la maison aux problèmes vestimentaires en passant par les rapports avec le personnel, les tensions entre les différents membres du domaine… La frustration est grande, du moins au début, de ne voir aucun événement capital survenir afin de mettre en branle l’action. On sent bien que c’est là, tout près, que quelque chose de terrible va finir par arriver mais chaque fois l’auteur désamorce la situation au dernier moment, et ce que l’on prenait pour une révélation cruciale ou un événement clé s’avèrent finalement n’avoir que peu de conséquences immédiates. On finit alors peu à peu par se laisser gagner par l’ambiance « conviviale » du récit et par apprécier aux côtés des personnages cette sorte de retraite plus ou moins sereine. Et c’est évidemment juste à ce moment qu’arrive enfin le drame qu’on attendait avec impatience et qu’on souhaiterait maintenant qu’il n’ait jamais eu lieu. On assiste notamment avec consternation et émotion au retour d’un personnage phare de la série qu’on attendait depuis maintenant un moment (étant donné le titre choisi pour cette troisième série, le suspens n’est pas bien grand mais cela fait malgré tout son petit effet). Le chapitre final nous laisse quant à lui sonné tant les choses s’enchaînent désormais à toute vitesse, mais aussi et surtout désespérément avide de connaître la suite.

 

Robin Hobb nous transporte encore une fois avec une aisance incroyable dans son univers duquel j’ai toujours personnellement beaucoup de difficultés à m’extirper. Les derniers mots du roman viennent de la plume même de Fitz qui déclare : « Rien ne m’a prévenu en cette belle journée que la période la plus sombre de mon existence venait de s’ouvrir. » Et quand on sait par quoi notre héros est déjà passé, on se dit qu’on a bien de soucis à se faire… La suite, vite !

Voir aussi : Tome 14 ; Tome 16 ; Tome 17

Autres critiques : Baroona (233°C)