The cape 1969

Titre : The Cape : 1969
Scénaristes : Joe Hill et Jason Ciaramella
Dessinateur : Neslon Daniel
Éditeur : Milady Graphics
Date de publication : 2014 (juin)

Synopsis : 1969, guerre du Vietnam. Gordon Chase est pilote d’hélicoptère d’évacuation médicale, sous le feu ennemi. Quand son hélicoptère est abattu par les soldats vietcong, s’engage alors un jeu du chat et de la souris au cœur de la jungle et des rizières. Mais son équipe et lui vont bientôt découvrir qu’il y a plus encore que les horreurs de la guerre en territoire hostile. Un graphic novel viscéral, qui retrace le destin poignant et fantastique du père des enfants découverts dans The Cape.

Note 4.0

Ils sont morts… Tous morts… J’ai perdu pied. Je le sais bien. Je vaux mieux que ça, cette croisade ne me ressemble pas, mais je m’en fous. Ce putain de vieillard m’a fait quelque chose, il m’a changé. Il m’a donné ce … ce pouvoir. Quoi qu’il puisse être. La magie, le vaudou, ça existe donc vraiment. Moi qui croyait que la magie, ça se bornait aux foires ou à la télé.

 

Auteur de nombreux thrillers fantastiques tels « Cornes » ou encore « Nosfera2 », et scénariste de l’excellente série « Locke & Key », Joe Hill bénéficie désormais d’une solide réputation dans le monde littéraire. Il faut dire que l’auteur se distingue par un sens du spectacle remarquable et surtout par son habilité à toujours prendre le lecteur à contre-pied. C’était particulièrement le cas dans sa nouvelle « The Cape » qui mettait en scène un jeune homme découvrant de mystérieux pouvoirs à la cape de son enfance et décidant d’en user de façon… très contestable. Adaptée en comic par Jason Ciaramella l’année dernière, cette histoire de super-héros, tout sauf traditionnel, fait aujourd’hui l’objet d’une préquelle consacrée au père du protagoniste et à l’apparition des pouvoirs de lévitation dont il finira par hériter. Après l’Amérique du XXIe, direction le Viêt Nam et l’année 1969. Alors que des milliers d’Américains descendent dans les rues pour manifester contre la guerre qui s’éternise en Asie entre le Nord et le Sud Viêt-Nam (l’un soutenu par la Chine, l’autre par les États-Unis), la situation des soldats américains sur place se fait de plus en plus intenable. Parmi eux, le père d’Eric et Nick (les protagonistes de « The Cape ») qui se retrouve piégé loin des bases américaines, coupé des siens et sans espoir de secours.

The cape 1969 planche 1

Dès les toutes premières pages, Jason Ciaramella plonge totalement le lecteur dans l’enfer de cette guerre meurtrière qui s’éternisa pendant près de vingt ans et qui fit des ravages parmi les deux camps. L’ambiance et les décors sont sombres, de même que les personnages eux-mêmes, aveuglés par leur haine de l’autre, de ce qu’ils sont devenus ou de ce qu’ils ont perdu par leur faute. Une noirceur que Nelson Daniel a parfaitement réussi à retranscrire au moyen de graphismes réalistes et percutants, mais aussi par le biais des couleurs, la majorité de l’ouvrage baignant dans une lumière pourpre oppressante, rappel constant des actes de boucherie auxquels ne cessent de se livrer les deux camps. Personne n’est ni tout blanc, ni tout noir, et c’est cette nuance apportée dans le traitement des personnages qui rend le comic aussi passionnant. Comme dans l’opus précédent, les scènes de violence sont nombreuses et permettent au lecteur de s’immerger davantage encore dans le récit et de ressentir toute l’horreur éprouvée par les personnages. L’introduction d’éléments « magiques » est quant à elle parfaitement bien amenée et ne dépareille absolument pas dans cette jungle foisonnante et sauvage, décor à la fois magnifique et oppressant qui rend tout à fait plausible l’existence de puissances autres que celles, purement technologiques, des belligérants.

The cape 1969 planche 2

Avec cette préquelle scénaristes et dessinateur ont bien réussi leur coup et nous livrent une histoire captivante, véritable plongée dans l’enfer de la guerre du Viêt Nam, et qui donne à la fin de « The Cape » un aspect encore plus tragique et plus amer. Merci à Babélio et aux éditions Milday pour cette belle découverte !

Voir aussi : The Cape

Autres critiques : Yvan Tilleul (Sin City)