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Titre : The Cape
Scénariste : Jason Ciaramella, d’après Joe Hill
Dessinateurs : Zach Howard et Nelson Daniel
Éditeur : Milady Graphics
Date de publication : 2013 (2010 en VO chez IDW Publishing)

Synopsis : Eric est un homme brisé. Depuis l’accident tragique qui a bouleversé sa vie, à huit ans, et lui a arraché ses rêves de grandeur, rien n’a plus de sens. Si seulement il remettait la main sur la cape de son enfance, l’impossible serait à portée de main. Il pourrait s’envoler vers le ciel… et assouvir enfin ses désirs de vengeance.

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C’était un plaid élu doudou officiel.
Au fil des ans, le bleu profond et lustré de ses débuts s’était mué en gris terne et fané. Ma mère a donc décidé d’en faire une cape et d’y coudre, en plein centre, un éclair de feutre rouge.
Elle y avait ajouté l’écusson des Marines de mon père, qu’on avait trouvé dans sa cantine revenue du Viêtnam. Lui y était resté.
Ma mère avait accroché le drapeau noir des prisonniers de guerre à l’entrée, mais personne n’était dupe. Moi pas plus que les autres.

Cape ou pas Cape ?… de vous élancer dans les airs, uniquement soutenu par la cape fétiche de votre enfance ? de faire régner votre sens de la justice à l’aide de vos nouveaux pouvoirs ? Par le biais de l’outil indispensable à tout costume de super-héros, aussi fortuit qu’inutile bien souvent, The Cape mise sur l’imaginaire collectif autour de cette figure symbolique.

 

Avec cette histoire sordide adaptée d’une nouvelle de Joe Hill, un des nouveaux maîtres du fantastiques, accessoirement fils de Stephen King, Jason Ciaramella nous concocte un scénario où il prend l’état de super-héros, le retourne et lui assène un coup de poing là où ça fait bien mal. Ce drame à la Chronicle (pour citer des références récentes, disons, car je n’ai pas aimé le film alors que j’ai bien apprécié ce comics), Milady Graphics nous le vend comme un comics qui « pulvérise le mythe du super-héros et enveloppe sa dépouille sanglante dans un linceul d’un bleu éclatant ». Il faut reconnaître que leur expression fait mouche et est parfaitement adaptée à ce que nous lisons là.

Entre jeux d’enfants et désirs d’adultes, les thèmes abordés ici sont très convaincants et surtout touchants. Comme c’est un scénario adapté d’une nouvelle, les événements se précipitent parfois trop vite, mais cela permet de maintenir un rythme compulsif et de ne pas s’enfermer dans des théories vaseuses : il y a un fait, le héros et son environnement y font face de manières différentes, et cela demande une résolution.

De leur côté, je ne sais pas comment ils se sont répartis le travail, mais les dessins de Zach Howard et de Nelson Daniel sont vraiment d’une grande beauté et surtout l’enchaînement des cases est rarement malheureux. Je retiens surtout l’aperçu rapide de ce qui se trame dans la tête du héros, du beau boulot ! Je peux comprendre qu’ils étaient nominés au Eisner Award, car tant sur les visages que dans le mouvement ou sur les petits détails, je trouve l’ensemble de qualité et cela m’a suffisamment transporté.

Merci donc à Babelio, à son opération Masse Critique et aux éditions Milady Graphics qui m’ont permis de découvrir ce petit bijou ; je le conseille évidemment à tous les fans d’histoire tragique, mais également à tous ceux qui ne peuvent pas blairer le concept de « super-héros » : vous y trouverez votre compte !

Un one-shot d’une rare violence, qui nous fait passer de bains de sang atroces à des moments tendres et touchants. Ce grand écart est surtout très bien servi par l’organisation graphique des dessinateurs qui mise, comme le scénariste, sur un réalisme des plus cruels, mais ô combien bienvenu. Une bien belle découverte !