Cornes

Titre : Cornes
Auteur : Joe Hill
Éditeur : JC Lattès / J’ai Lu
Date de publication : 2011 / 2013

Synopsis : Lorsqu’un matin des cornes lui ont poussé sur la tête, Ig croit d’abord à une hallucination, un tour que lui joue son esprit rongé par la colère et le chagrin. Car depuis un an, depuis que sa petite amie a été violée et tuée dans de mystérieuses circonstances, il vit un enfer. Pourtant, les cornes sont bien réelles, et assorties d’un nouveau pouvoir qui incite quiconque s’approchant d’Ig à lui confier ses secrets les plus inavouables. D’abord torturé par ce macabre don, Ig a tôt fait de comprendre qu’il va pouvoir l’utiliser pour retrouver le monstre qui a assassiné Merrin et détruit sa vie. Il est temps de prendre sa revanche, de donner sa part au diable… Car en fin de compte, ce dernier ne nous comprend-il pas mieux que son éternel rival ?

Note 4.0

Seul le diable aime les hommes pour ce qu’ils sont et se délecte de la fourberie avec laquelle ils s’abusent eux-mêmes, leur curiosité éhontée, leur manque de maîtrise, leur tendance à enfreindre les règles sitôt qu’elles sont édictées, leur volonté de renoncer à leur âme immortelle pour une bonne partie de jambes en l’air. Car seuls ceux qui ont le courage de risquer leur âme par amour ont le droit d’en avoir une, et cela le diable le sait, contrairement à Dieu.

Ig est un jeune homme ordinaire d’une petite ville des États-Unis : passionné de musique, un peu maladroit, plein de vie, et surtout éperdument amoureux de Merrin, la belle rousse avec laquelle il file le parfait amour depuis son adolescence. Merrin, que la police va finir par retrouver violée et sauvagement assassinée. Aucun coupable n’ayant pu être désigné, c’est tout naturellement sur Ig que se portent les soupçons de tous. Et comme si cela ne suffisait pas, voilà que le jeune homme se réveille un matin avec une sacrée gueule de bois et se découvre… des cornes. Deux appendices des plus gênant dont personne ne semble pourtant faire grand cas et qui poussent ceux entrant en contact avec leur porteur à lui révéler tous leurs petits (ou gros) secrets inavouables. Grande fan des comics « Locke & Key » ou encore de « The Cape », c’est tout naturellement que j’ai eu envie de découvrir ce dont Joe Hill était capable en tant que romancier. Et je ne suis absolument pas déçue !

Mêlant habilement roman noir et récit fantastique, l’auteur nous sert une histoire passionnante et extrêmement touchante dans laquelle je me suis complètement laissée happer. A la situation quelque peu comique du début qui donne lieu à des confessions croustillantes, succède rapidement une ambiance plus nostalgique à mesure que se multiplient les sauts dans le passé d’Ig et que l’on suit le déroulement des événements qui mèneront à la mort tragique de l’attachante Merrin. Et c’est en partie là que réside toute la force de Joe Hill qui parvient encore une fois à créer des personnages consistants et surtout incroyablement touchants. C’était déjà le cas dans « Locke & Key », ça l’est encore ici, qu’il s’agisse d’Ig et Merrin, pour lesquels on sait qu’il n’y aura malheureusement pas d’avenir, ou encore de personnages plus secondaires, voire simplement de passage pour quelques pages (Glenna, Terry, le bouleversant père de Merrin…). Le « méchant » de l’histoire est lui aussi des plus réussis, tour à tour pathétique, touchant ou haïssable.

Mais là où réside l’essentiel du talent de Joe Hill, c’est en sa capacité à entretenir jusqu’au bout le suspens. On pourrait certes regretter le fait que l’identité de l’assassin nous soit révélée très tôt (environ à la moitié du roman), mais ce serait mal connaître l’auteur que de croire qu’il n’a pas encore quelques surprises en réserve. Alors oui, le coupable est rapidement identifié, mais le lecteur poursuit malgré tout avec autant de fébrilité sa lecture, à mesure que nous sont dévoilés dés moments clés du passé des protagonistes et que l’on découvre la nature du nouveau Ig et les raisons de sa transformation. Il y avait bien longtemps que je ne m’étais pas autant laissée absorber par un livre au point d’y rester plongée des heures durant, incapable de me résoudre à le reposer. Les références marquées à la religion et notamment au personnage emblématique qu’est le diable sont également amusantes à relever, certaines se révélant plus subtilement dissimulées dans le récit que d’autres.

Me voilà décidément totalement sous le charme de Joe Hill, un auteur aux multiples talents, aussi bien en tant que romancier qu’en tant que nouvelliste ou scénariste de comics. Il nous offre avec « Cornes » un roman captivant, tant grâce à la qualité de ses personnages qu’à celle de son intrigue que l’on souhaiterait voire se poursuivre plus longtemps encore. C’est décidé, j’enchaîne très bientôt avec un autre ouvrage de l’auteur, le très prometteur « Nosfera2 » !

Autres critiques : Jean-Philippe Brun (L’Ours inculte) et Zedd (Elbakin)