Joseph Carey Merrick

Titre : Joseph Carey Merrick
Scénaristes : Denis Van Pottelberghe et Serge Perrotin
Dessinateur et coloriste : Denis Van Pottelberghe et Thierry Faymonville
Éditeur : Sandawe
Date de publication : 2013

Synopsis : La première biographie en bande dessinée d’un personnage hors du commun. Une histoire authentique, basée sur une documentation précise et rigoureuse : voici la véritable histoire de Elephant Man.

Note 3.5

Peu importe la chair. Si en tant que spécimen humain, Joseph Merrick était ignoble, son esprit était d’une beauté que peu possèdent… et qu’auraient pu lui envier tous ceux qui l’ont méprisé…

Elephant Man ! Un nom célèbre qui évoque aujourd’hui pour beaucoup le fameux film de David Lynch réalisé en 1980. Mais qui était vraiment cet « homme-éléphant » ? C’est à cette question que Denis Van Pottelberghe entend répondre avec ce bel album consacré, comme son nom l’indique, au personnage finalement assez méconnu de Joseph Carey Merrick. Une enfance solitaire, un père et une belle-famille qui, bien vite, le rejettent, les années d’errance, les moqueries, les humiliations…, c’est une histoire bien sombre que nous racontent ici Denis Van P et Serge Perrotin. Les thèmes de la différence et du rejet de l’autre sont évidement au cœur de l’ouvrage qui émeut encore davantage le lecteur en raison de la personnalité même du protagoniste. Car jamais Merrick ne cède à la haine ou à la rancœur à l’égard de ses nombreux tortionnaires : « son âme est belle », comme l’expliquera un des personnages dont le rôle se sera révélé déterminant pour le jeune Joseph. Et c’est cette grandeur d’âme, cette résignation qui rend d’autant plus révoltant le traitement que lui réserve ses compatriotes. Rien à dire en ce qui concerne la documentation, les scénaristes s’étant de toute évidence abondamment renseignés sur le sujet. Car si l’on sait finalement relativement peu de chose de la vie de Merrick, les quelques balises historiques que l’on possède aujourd’hui sont toutes bien présentes ici (son enfance à Leicester, ses années en tant que bête de foire, celles passées à l’hôpital de Londres…)

Joseph Carey Merrick planche 1

En ce qui concerne les graphismes, ceux-ci peuvent paraître au premier abord un peu spéciaux, voire caricaturaux, mais on s’y habitue finalement assez vite au point de leur trouver un certain charme. On peut également saluer le travail de colorisation effectué par Thierry Faymonville grâce auquel on distingue très nettement deux époques distincts de la vie de Merrick : la première, très sombre, consacrée aux années de solitude et de souffrance ; la seconde, beaucoup plus lumineuse, représentant l’espoir incarné par le personnage de Frederick Treves, médecin de l’hôpital de Londres qui va permettre à Joseph de terminer sa vie décemment. Une seule déception : le peu de dialogues accordés au protagoniste lui-même. Certes, le scénariste entend insister avant tout sur le calvaire du jeune homme (rappelons qu’à sa mort il n’est âgé que de vingt-huit ans), mais il aurait peut-être été judicieux de davantage donner la parole à Merrick que l’on entend quasiment jamais, si ce n’est à la toute fin. L’ouvrage reste cela dit de très bonne facture et nous offre même en bonus quelques pages dans lesquelles Denis Van P. présente la genèse du projet et les quelques difficultés rencontrées pour sa réalisation. On y découvre également certaines planches non retenues dans la version définitive tout en en apprenant davantage sur le principe du financement participatif dans le domaine de l’édition BD, puisque c’est de cela qu’il s’agit ici.

Joseph Carey Merrick planche 2

Un album réussi qui rend un bel hommage au désormais célèbre Elephant Man dont on découvre l’histoire avec à la fois curiosité et tristesse. Aux amateurs du personnage de Joseph Merrick je conseillerais également l’excellent « Ganesha, Mémoires de l’homme éléphant », roman de l’auteur français Xavier Mauméjean consacré aux derniers mois de l’homme-éléphant. Une belle découverte.