foliosf150[1]

Titre : Innamorati : Le labyrinthe des rêves
Auteur : Midori Snyder
Éditeur : Folio SF
Date de publication : 2003 (1998 pour la version originale)

Synopsis : L’Italie du XVe siècle : le règne des astrologues et des mages, de la commedia dell’arte, de Titien et Botticelli, de l’Arioste et de son Roland furieux. De partout, ils sont venus à Labirinto, la Cité du Grand Labyrinthe, où chacun peut assouvir ses désirs secrets et se débarrasser des malédictions, des péchés, ou des douleurs secrètes qui le rongent. Anna la créatrice de masques, Roberto son soupirant, Simonetta la prostituée, Rinaldo le mercenaire, Fabrizio l’acteur, Lorenzo l’avocat, Erminia, Mirabella, Zizola : tous s’embarquent pour un pèlerinage destiné à les purger de leurs maux dans les méandres du labyrinthe. Mais dans tout dédale qui se respecte, chacun risque de perdre son chemin… et son âme.

big_2.5

Elle savait d’expérience qu’en regardant directement le labyrinthe on ne voyait que de grandes haies vertes. Mais si elle détournait les yeux, il frissonnait d’une seconde vie, à la périphérie de sa vision. Une fois, un visage la regarda par une ouverture et lui tira la langue. Un autre jour, elle eut le souffle coupé lorsque la tête couronnée de feu d’une manticore traversa le fourré, puis fut ramenée à l’intérieur. Elle avait vu les flèches d’une tour de marbre dépasser les murs verts durant le temps d’un soupir, puis tout aussi rapidement s’évanouir dans la brume. Et des anges ailés, armés d’arcs en argent, combattre des serpents qui soufflaient le feu et la fumée.

Avec « Les Innamorati », Midori Snyder nous transporte dans une Italie du XVe siècle revisitée avec talent et originalité. On y découvre le destin de tout un groupe de pèlerins affligés d’une terrible malédiction (du bégaiement à l’exil en passant par l’incapacité d’exercer son art, l’impossibilité de se détourner de la luxure ou de la guerre…), tous en route pour la ville de Labirinto et le labyrinthe qu’il abrite et qui possède, dit-on, le pouvoir de les débarrasser de leurs malheurs. L’intrigue ne manque pas d’originalité et on est tout d’abord séduit par cette aura mystérieuse qui entoure le labyrinthe ainsi que par les secrets des différents protagonistes. L’auteur parvient ainsi à nous tenir en haleine pendant toute la première partie du roman, mais il faut reconnaître que la suite est un peu plus décevante. La succession d’épreuves auxquelles se retrouvent confrontés les personnages peut notamment paraître parfois dérisoire tandis que certains mystères se devinent longtemps à l’avance ou se résolvent trop précipitamment. Au delà de ces quelques déceptions en ce qui concerne l’intrigue, le roman dispose heureusement d’autres atouts.

Midori Snyder nous offre ainsi une galerie de personnages hauts en couleurs et attachants, de la prostituée Simonetta à son soupirant, le mercenaire Rinaldo, en passant par Erminia, la sirène en exil, la flamboyante Anna, le poète Lorenzo… Le décor est lui aussi remarquablement réussi et parvient facilement à enflammer l’imagination du lecteur, l’auteur n’hésitant pas pour se faire à puiser abondamment dans la mythologie grecque. Les pèlerins seront ainsi amenés à croiser sur leur chemin la route de nymphes insatiables, de satyres lubriques, des farouches Amazones et des redoutables centaures, du poète Orphée, du minotaure… L’étrangeté des habitants du labyrinthe conjuguée à la nature même du lieu participent à créer une ambiance très particulière, où l’on oscille constamment entre rêve et réalité, grotesque et sérieux, humour et drame. L’auteur accorde également une grande importance à l’aspect théâtrale ce qui donne un charme supplémentaire au roman (l’idée des masques animés par la vie des archétypes théâtraux qu’ils représentent tels Arlequin, le Matamore ou Pantalon est par exemple très bien utilisée).

Un roman original et inventif, donc, même s’il manque un petit quelque chose sur lequel je ne parviens pas vraiment à mettre le doigt pour en faire davantage qu’un sympathique divertissement, aisément oubliable une fois le livre reposé.