Science-Fiction

Cor Serpentis

Titre : Cor Serpentis
Auteur : Romain Benassaya
Éditeur : Critic (collection Déclic)
Date de publication : 2025 (novembre)

Synopsis : Jay fait partie des douze adolescents choisis pour lancer la colonisation de Cor Serpentis, mais à son réveil au terme de cinq siècles d’hypersommeil, elle va de surprise en surprise. Ses compagnons ont disparu, un intrus se trouve à bord, et l’IA du vaisseau semble altérée. Qu’importe, rien ne peut l’écarter de la mission pour laquelle on la prépare depuis toujours. Pourtant, la planète est bien plus étrange et dangereuse que prévu, et ses épaisses forêts cachent une présence qui ne voit pas d’un bon œil l’arrivée des humains. Lui aurait-on menti sur la nature réelle de sa mission ?

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Une nouvelle chance pour l’humanité ?

Avec sa collection « Décilc », les éditions Critic proposent des romans de science-fiction accessibles à de jeunes lecteurices qui auraient envie de découvrir le genre. Après l’excellente surprise qu’avait représenté « Station symbiose » de Noémie Lemos, je me suis à nouveau laissé tenter par un des titres de la collection, à savoir « Cor Serpentis » de Romain Benassaya. Le risque de déception était d’autant plus faible que j’avais déjà eu l’occasion de découvrir l’auteur en littérature adulte avec son excellent space-opera « Pyramides », et cette nouvelle lecture vient confirmer ma forte compatibilité avec son univers. On est ici directement plongé au cœur de l’action puisque le roman s’ouvre sur une jeune femme, Jay, qui se réveille à bord d’un vaisseau après avoir passé plusieurs siècles en hypersommeil. Bien qu’un peu vaseuse, cette dernière retrouve rapidement les réflexes acquis à la suite d’une intensive formation destinée à la préparer à cette mission. Son objectif est maintenant simple : réveiller ses coéquipiers et se lancer dans l’exploration de Cor Serpentis, une planète située à des années lumières de la Terre mais qui a été estimée comme étant celle ayant le plus de chance de permettre à une colonie humaine de se développer. La planète est bien là où elle est censée être, seulement rien ne se passe comme prévu à bord. Car, non seulement l’IA du vaisseau a visiblement été endommagé et ne répond plus correctement, mais, surtout, il ne reste des onze compagnons qui devaient voyager avec elle qu’une autre jeune fille, Anya. Qu’est-il arrivé aux autres qui devaient réaliser cette mission avec elle ? Qui est ce garçon qui a pris la place de l’un d’entre eux à bord d’une capsule de stase ? Et surtout, que vont-ils trouver sur cette planète dont ils ne savent rien et qui représente pourtant leur seule chance de survie ?

Cohabiter ou se détruire ?

Le sujet de la terraformation d’une nouvelle planète et de la rencontre avec une espèce extraterrestre intelligente a déjà été abondamment traité en SF mais il faut reconnaître que la recette fonctionne malgré tout toujours aussi bien. Difficile en effet de ne pas éprouver une vive curiosité face à cette terra incognita où tout est à réapprendre mais ou tout dévient également possible. Très vite, nos héroïnes vont être confrontées à de nombreuses difficultés imprévues, à commencer par la présence manifeste d’une espèce très éloignée de l’humanité d’un point de vue physique mais dotée d’une intelligence redoutable : les Arboristes. Tout le cœur du roman repose sur cette rencontre entre deux espèces et sur l’attitude à adopter face à l’autre : faut-il miser sur la communication et la cohabitation, ou faut-il au contraire faire preuve de prudence et éliminer la menace avant qu’elle ne devienne trop grande ? Partisane de l’une ou l’autre de ces solutions, Jay et Anya vont se déchirer au sein de la petite colonie de Cor Serpentis pour faire valoir leur point de vue auprès de la poignée d’humains présents. Le récit propose plusieurs flash-back qui nous permettent d’en apprendre davantage sur la formation suivie par les trois jeunes femmes sur Terre avant leur départ. Une formation avec laquelle certaines d’entre elles vont peu à peu réussir à prendre du recul, ce qui va les amener à repenser complètement leur vision du monde. Le message écologique est assez clair et fait malheureusement échos à de nombreux sujets d’actualité comme la persistance du climatosepticisme ou encore les questions posées par l’ambition d’une poignée d’ultra riches d’user les dernières ressources de la planète pour leur rêve d’expansion spatiale. Le roman est très bien rythmé, avec une succession de rebondissements et de coups de théâtre qui viennent sans arrêt relancer l’intrigue et qui devraient par conséquent maintenir en haleine un.e jeune lecteurice. On prend beaucoup de plaisir à explorer cette planète recouverte d’une immense forêt (presque) vierge, ainsi qu’à découvrir l’étrange faune et flore qui la composent. Les trois héroïnes sont attachantes bien qu’un poil caricaturales dans leur prise de position, mais on s’y attache sans mal. Je suis un peu plus nuancée en ce qui concerne la conclusion qui permet une belle ouverture mais dont le message à de quoi surprendre.

Roman mené tambour battant, « Cor Serpentis » nous entraîne aux côtés de trois héroïnes à la découverte d’une nouvelle planète et de ses habitants avec lesquels il va falloir apprendre à cohabiter ou bien entrer en guerre. Romain Benassaya possède une plume fluide et agréable et parvient à relancer régulièrement l’intérêt des lecteurices grâce à une succession de rebondissements inattendus. Appréciable par les adultes, l’ouvrage possède également tous les atouts pour séduire un lectorat plus jeune et avide de se lancer dans la SF.

Autres critiques : ?

Passionnée d'histoire (surtout le XIXe siècle) et grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement) mais aussi d'essais politiques et de recherches historiques. Ancrée très à gauche. Féministe.

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