Le voleur de la reine, tome 3 : Le roi d’Attolie
Titre : Le roi d’Attolie
Cycle/Série : Le voleur de la reine, tome 3
Auteur/Autrice : Megan Whalen Turner
Éditeur : Monsieur Toussaint Louverture
Date de publication : 2026 (février)
Synopsis : L’Attolie a enfin un roi. Et tout le monde espère sa chute. Devenu « Sa Majesté » contre vents et marées, Eugènides, le Voleur d’Eddis, n’inspire ni peur ni loyauté. Étranger en ce royaume qu’il gouverne, maladroit et diminué, marié à l’indomptable reine Attolia, il semble incapable de régner. La cour et le peuple se rient de lui, le méprisent et l’ignorent. Les intrigues se multiplient dans les couloirs du palais, chacun guettant l’instant où ce souverain imposé fera le faux pas qui le mènera à sa perte. Pourtant, quelque chose résiste. Parmi tous ceux qui se trompent sur le roi se trouve Costis, simple soldat de la Garde royale, chargé de protéger un souverain qu’il ne comprend pas et qu’il juge indigne. Malgré lui, il devient le témoin privilégié d’un pouvoir qui s’exerce autrement : par le silence, l’observation et la patience. Peu à peu, le doute s’installe. Et si ce roi ridicule dissimulait une stratégie bien plus redoutable que les complots qui agitent la cour ?
…
Vive le roi !
Après Michael McDowell, les éditions Monsieur Toussaint Louverture ont entrepris de se pencher sur une autre figure oubliée de l’imaginaire américain : Megan Whalen Turner, autrice de la série « Le voleur de la reine ». Une fois encore le rythme de parution s’avère plutôt confortable puisque trois volumes sont déjà sortis, chaque fois à quelques mois d’intervalle, si bien que la série sera complète au bout de seulement deux ans. L’accueil critique avait été chaleureux pour les deux premiers tomes, mais qu’en est-il du « Roi d’Attolie » ? [Attention SPOILER : si vous n’avez pas encore eu l’occasion de lire les deux précédents tomes, je vous suggère de passer directement au paragraphe suivant.] On retrouve ici Gen, notre voleur, là où on l’avait quitté, à savoir sur le point d’accéder à la couronne d’Attolie grâce à son mariage avec la reine de cette contrée. Approuvée par son précédent employeur (la couronne d’Eddis), cette alliance est toutefois loin de faire l’unanimité en Attolie, région explosive ne tenant que grâce à la poigne de fer de la reine, seule capable de mettre au pas les barons et leurs velléités de rébellion. Tout le sujet de ce troisième tome va donc consister à observer l’intégration de Gen dans ce nid de serpents qu’est la cour d’Attolie ainsi que l’évolution du regard porté sur lui par ses nouveaux compatriotes. Pour se faire, l’autrice fait le pari astucieux de décentrer quelque peu l’intrigue en adoptant le point de vue d’un personne inconnu jusqu’ici, un soldat attolien qui, suite à un écart de conduite, se retrouve attaché au service du nouveau roi. C’est par son regard à lui que l’on va assister au subtil bouleversement des équilibres que la nouvelle alliance entre Eddis et Attolie va provoquer dans le royaume.

Nouveau point de vue, nouveau regard sur le protagoniste
J’avais pour ma part beaucoup apprécié les deux premiers tomes qui, en dépit d’un cadre très classique puisant une partie de son inspiration dans le contexte géopolitique de la Grèce antique, mettait en scène des personnages attachants et d’une agréable complexité. Les romans m’avaient à ce titre fait penser à ceux de Robin Hobb, agrémentés de quelques coups de théâtre particulièrement bien amenés. Troisième tome de la série, « Le roi d’Attolie » est à mon sens encore meilleur que ses prédécesseurs. Le point de vue adopté est pourtant déstabilisant au départ, surtout lorsque l’on comprend qu’il s’agira du seul dont on disposera pendant toute la durée du récit. On se fait toutefois rapidement à cette nouvelle voix, Costis se révélant être un personnage loyal, capable de prendre du recul et de reconsidérer ses positions. Sa relation avec Gen est une des plus grandes réussites de ce troisième tome, passant de la détestation la plus pure à une forme d’étonnement qui finira par laisser la place à un véritable respect. Comme dans le premier tome, l’autrice s’amuse à laisser planer le doute sur les réelles capacités de son héros, le dépeignant volontiers comme un je m’en-foutiste indécrottable, adepte du ridicule et incapable de s’intéresser aux affaires d’état. Certes, on devine aussitôt qu’il s’agit là d’un stratagème destiné à prendre le pouls du royaume et pousser les ennemis de la couronne à se révéler, mais le procédé fonctionne malgré tout à merveille. Le dernier tiers, notamment, est assez jouissif puisqu’un certain nombre d’éléments qui pouvaient paraître anecdotiques prennent peu à peu tous leur sens à mesure que l’on découvre le nombre de coups d’avance du protagoniste sur ses adversaires.

Une intrigue et des personnages de grande qualité
Certes, on pourrait être tenter de penser qu’un tel sens de l’anticipation et de la manipulation manque de crédibilité, néanmoins il est difficile de ne pas apprécier de voir un plan patiemment édifier se dérouler dans toute sa complexité (cet aspect m’a beaucoup fait penser au premier tome du « Bâtard de Kosigan », par exemple). Outre la qualité de l’intrigue, j’ai également été séduite par celle des personnages, à commencer par Gen, héros agréable car doté d’un solide sens de l’humour, conscient de ses propres faiblesses mais aussi de ses nombreux talents, sans fausse modestie. Costis, lui, est parfait dans le rôle du personnage un peu naïf, dépassé par les enjeux et entraîné malgré lui dans des intrigues qui vont venir bousculer ses certitudes. Sa relation avec Gen est primordiale car elle permet à la fois d’exposer la virtuosité du plan élaboré par ce dernier pour s’imposer sur le trône, mais aussi de mettre en lumière l’homme blessé qui se cache derrière le bouffon auquel tout le monde croit avoir à faire. La relation tissée entre Gen et la reine rajoute quant à elle davantage de complexité au personnage et de piquant à l’intrigue, leur lien se renforçant au fil du récit mais de façon presque imperceptible, par un simple mot ou un geste qui pourraient paraître anodins mais à la symbolique aisément identifiable par le lecteur. Les personnages secondaires sont convaincants également, capable d’émouvoir et de surprendre jusqu’à la fin. Trois autres tomes restent à venir, et nul doute que chacun d’entre eux aura un rôle majeur à jouer alors que la menace de l’invasion mède, un temps mis de côté, ne cesse pourtant de se concrétiser.
Troisième tome sur six, « Le roi d’Attolie » donne à la série du « Voleur » une nouvelle dimension et confirme la qualité de cette série de fantasy entamée au début des années 1990 par Megan Whalen Turner. Dotée d’un solide talent de conteuse qui fait souvent penser à celui de Robin Hobb, l’autrice nous offre ici un tome trépidant, porté par une galerie de personnages complexes et attachants, et rythmé par une série de coups de théâtre dont on se délecte. Voilà une lecture à côté de laquelle vous ne devez pas passer !
Voir aussi : Tome 1 ; Tome 2 ; Tome 4 ; Tome 5 ; Tome 6
Autres critiques : ?


