Briser les os
Titre : Briser les os
Auteur/Autrice : Cassandra Khaw
Éditeur : Argyll
Date de publication : 2025 (novembre)
Synopsis : John Persons est détective privé et son dernier job a tout du plan foireux : un enfant de onze ans l’a engagé pour tuer son beau-père, un certain McKinsey. Après quelques recherches, il apparaît que l’homme en question n’est pas seulement abusif, toxique et violent, c’est aussi un monstre venu… d’ailleurs. Heureusement, John Persons n’est pas un simple détective. Familier des forces occultes, il a, au cours de son existence, traqué et anéanti des démons et des dieux. En fait, le seul souci lorsqu’on affronte un monstre, c’est de ne pas lâcher la bride à sa propre monstruosité.
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Quand Lovecraft rencontre le polar
Septième numéro de la collection « RéciFs+ » lancée en 2024 par les éditions Argyll, « Briser les os » s’inscrit dans la droite lignée de ses prédécesseuses avec une novella originale écrite par une auteurice qui nous vient de Malaisie. On lui doit également « Chanter le silence », autre novella parue elle aussi dans « RéciFs+ » et dans laquelle on retrouve le même univers mais aussi le même personnage (quoique dans un rôle secondaire cette fois). Le récit met en scène un homme, John Persons, qui exerce le métier de détective privé et voit un jour arriver dans son bureau un garçon d’une dizaine d’années lui demandant de tuer son beau-père. Car Persons est un détective d’un genre un peu particulier qui pratique à ses heures perdues la chasse aux monstres. Nous sommes ici dans un monde en tout point semblable au notre mais dans lequel se tapissent, en périphérie de notre réalité, des créatures monstrueuses venues d’ailleurs que Pearsons s’est manifestement fait un devoir de renvoyer de là d’où elles viennent. Car si ces parasites qui colonisent peu à peu leur hôte humain ne sont pas détectables par le commun des mortels, ils n’en sont pas moins à l’origine de sacrés dégâts et se montrent prêts à tout pour rester implantés dans notre réalité. Or, justement, le beau-père dont le jeune garçon est si résolu à voir disparaître est de ces créatures, sa monstruosité surnaturelle cohabitant avec celle, bien humaine, qui l’incite à tabasser allègrement femme et enfants dans l’intimité de son foyer. Au cours de ce qui ne devait être qu’une simple formalité, notre détective va toutefois découvrir que la corruption s’étend dans des proportions plus importantes que prévues et qu’il n’est pas évident de traquer les monstres sans en devenir un soi-même.

Parler des violences intra-familiales
Dans sa novella Cassandra Khaw s’inspire de l’imaginaire de Lovecraft qu’iel se réapproprie pour mieux le moderniser et questionner ses angles morts. Si la question du racisme est au cœur de « Chanter le silence », elle n’est abordée ici qu’en filigrane, l’essentiel de la l’intrigue tournant autour des violences intra-familiales. Le texte est dur, avec des scènes d’horreur particulièrement malaisantes, mais il est aussi puissant et permet de rendre compte de la violence de ce qu’ont vécu les victimes tout en rappelant à ces dernières qu’elles ne sont pas impuissantes et vouées à la solitude ou l’échec. Cassandra Khaw joue beaucoup ici avec l’implicite, les violences n’étant jamais directement montrées mais seulement suggérées grâce à des artifices qui s’avèrent redoutablement efficaces. Tout ce qui à trait ici au registre du surnaturel et à ces créatures venues d’ailleurs qui parasitent certains humains est au contraire abordé de façon très explicite, avec un luxe de détails qui peut parfois rendre certaines scènes difficiles à lire. On retrouve le même procédé d’écriture dans « Chanter le silence », et ce sont ces choix narratifs qui font une grande partie de l’originalité de l’œuvre de l’auteurice qui s’inscrit ici dans un courant artistique visant à s’emparer de l’imaginaire lovecraftien et à l’interroger sous le prisme des discriminations. La démarche est intéressante et la plume de Cassandra Khaw parvient à transformer ce qui pourrait n’être au premier abord qu’une simple petite intrigue de polar avec quelques touches de surnaturel en quelque chose de plus complexe mais aussi de plus lumineux, et ce en dépit de la noirceur apparente du récit.
Dans « Briser les os », Cassandra Khaw met en scène un détective spécialisé en forces occultes à qui un petit garçon demande de tuer son beau-père, envahi par un hôte venu d’ailleurs (mais qu’il n’a pas attendu pour se montrer monstrueux envers ses enfants). Avec ses deux novellas publiées dans l’excellente collection RéciFs+ d’Argyll, l’auteurice fait entendre une voix singulière qui s’inscrit dans une mouvance plus large visant à se réapproprier l’imaginaire de Lovecraft. Ça fonctionne bien !
Autres critiques : ?



2 commentaires
belette2911
Entre cette novella et moi, le courant n’était pas passé :/
Boudicca
Je comprends, c’est un peu spécial !