Étonnants Voyageurs de Saint-Malo 2023

Nous revenons tout juste de Saint-Malo et de nos traditionnels trois jours de festival avec autant de pages que de sel dans les cheveux.

Une édition noire de monde
Plus que les éditions précédentes (même avant covid), nous avons bien pu ressentir la masse de gens qui se sont pressés sur les quais et remparts de Saint-Malo. Quelques changements dans l’organisation ont fait que l’accès au salon du livre proprement dit (éditeurs et auteurs en dédicaces) est facilité, ce qui modifie probablement le décompte des visiteurs. De plus, il y a peut-être un peu moins de lieux ouverts aux rencontres et autres conférences que ces dernières années, ce qui a reconcentré une partie des visiteurs.
Un salon généraliste qui met bien l’imaginaire en valeur
Même si nous lisons de tout et que notre comparse Carre est davantage intéressé par la littérature générale, avec Boudicca nous sommes davantage portés sur les littératures de l’imaginaire et on trouve notre compte à Saint-Malo. La remise des Grands Prix de l’Imaginaire est toujours une belle occasion de retrouver les habitués des littératures de l’imaginaire. Le GPI principal (roman francophone) est remis à Marguerite Imbert pour Les Flibustiers de la mer chimique (Albin Michel) dans un des hôtels intra muros (ça fait moins loin par rapport au salon, c’est un mieux). Cela compense un peu le fait que l’imaginaire en général (et pas qu’à Saint-Malo, loin de là) voit sa part bien réduite cette année, en temps de rencontres comme en invités ou en éditeurs. Toutefois, les quelques représentants de ces genres (SF, fantasy, fantastique) sont davantage intégrés aux autres littératures. Ainsi, on a pu assister à une rencontre noire de monde alliant l’archiconnu et habitué du salon Douglas Kennedy, l’américaine Erin Swan que nous devions découvrir, ainsi que Jean Krug et Marguerite Imbert que nous cernions déjà beaucoup plus. Leur discussion sur l’utopie a permis de croiser des regards bien distincts, mais peut-être y a-t-il aussi des aspects générationnels qui interviennent là.

Vraiment généraliste
Il n’empêche que, par une très grande affluence ou par la refonte des différents lieux de rencontre, tous les événements n’étaient pas accessibles avec la même aisance. Évidemment, les différents temps forts autour de l’immense Laurent Gaudé dans la thématique « ce qui nous lie » étaient blindés, avec souvent des personnes qui restent là toute la journée (on les comprend pour l’intérêt des sujets, mais c’est rageant quand on essaie d’assister à un événement en particulier). De même, certaines soirées spéciales nous sont passées sous le nez, comme la retransmission du film documentaire adapté de la série Les Damnés de la Commune de Raphaël Meyssan (à voir malgré tout !) où les dessins sont des montages de documents de la fin du XIXe siècle (cartes postales, gravures, etc.).

Cela ne nous a pas empêché, en revanche, d’investir comme d’habitude le salon du livre avec les dédicaces habituelles. Les discussions furent passionnantes, par exemple avec François-Henri Désérable pour son Usure d’un monde ou ses romans précédents, ou bien Fabien Vinçon pour son Staline a bu la mer. De plus, à partir de cette année, enfants obligent, nous avons parcouru bien davantage les étals des stands estampillés jeunesse, déjà quelques pépites, il faut qu’on apprenne à connaître cette énorme quantité d’autrices et d’auteurs de cet autre genre.


Enfin, il faut dire un mot des expositions, qui restent nombreuses, malgré j’imagine les difficultés financières et logistiques à organiser ce type d’événements. Deux étaient très notables : celle autour de François Bourgeon et ses Passagers du vent et celle sur le mouvement communaliste (des Communes de 1870-1871, notamment de Paris).



Bref, une édition riche, réorganisée mais frustrante ; pour reprendre, il me semble, une injonction de feu Michel Le Bris, « il faut proposer suffisamment pour que les visiteurs repartent frustrés », c’est réussi.


