Science-Fiction

Dix jours avant la fin du monde

Titre : Dix jours avant la fin du monde
Auteur : Manon Fargetton
Éditeur : Gallimard / Folio SF
Date de publication : 2018 / 2021

Synopsis : Deux lignes d’explosions ravagent la Terre. Nul n’en connaît l’origine mais quand elles se rejoindront au large de notre côte Atlantique, le monde sera détruit. Sur les routes encombrées de fugitifs qui tentent en vain d’échapper au cataclysme, six hommes et femmes sont réunis par le destin. Ensemble, ils ont dix jours à vivre avant la fin du monde…

Et soudain, la fin du monde

Et si on vous disait qu’il ne restait à l’humanité toute entière que dix jours à vivre ? Que feriez-vous ? C’est la question que se pose Manon Fargetton dans ce court roman pré-apocalypse qui met en scène la fin de la vie sur Terre en raison de l’avancée de deux lignes d’explosions qui déciment tout sur leur passage. C’est sur les cotes françaises que ces deux lignes doivent se rejoindre, et c’est donc là que se rendent la plupart des personnes à proximité, désireuses de survivre le plus longtemps possible avant l’extinction totale. Parmi eux cinq personnes formant un groupe plutôt hétéroclite et composé d’une jeune femme en route pour rejoindre sa sœur dans la maison de leur enfance sur la côte, un jeune homme qui a perdu juste avant la catastrophe la personne qui comptait le plus pour lui, un couple composé d’un écrivain obsessionnel et sa compagne, conceptrice de drones de sauvetages, et un chauffeur de taxi sans attache ni projet. Une fois l’acceptation de l’imminence de leur disparition digérée, l’objectif pour nos protagonistes va être de quitter la capitale pour se rendre sur la côte : un chemin semé d’embûches et d’autant plus mouvementé que tous les êtres humains à la ronde ont a peu près eu la même idée. Parallèlement à leur « road-trip », on suit également les derniers jours d’une policière qui a choisi de rester à son poste jusqu’au bout afin de protéger la population des accès de panique ou des conséquences dramatiques de la désertion de la plupart des habitants. Le roman évolue au fil de ce compte à rebours qui reste en permanence à l’esprit des personnages et conditionne évidemment leurs choix. L’autrice se plaît ainsi à imaginer ce qui passerait par la tête de l’humanité si elle se savait condamnée à très court terme, ce qui donne lieu évidemment à des scènes très classiques vues dans bon nombre de récits décrivant le monde au moment ou juste après l’apocalypse : pillages, panique ou excès en tout genre (orgies, drogues, suicides collectifs…) Tout n’est cependant pas noir et l’autrice ne tombe heureusement pas dans l’écueil propre à bon nombre d’ouvrages américains du genre en offrant également son lot de preuves de solidarité, de coopération entre individus et de bienveillance réciproque.

Espoirs et désillusions

Le roman se lit vite, principalement parce que l’action ne manque pas et qu’on prend plaisir à découvrir la vie passée des protagonistes ainsi que leurs choix tout au long de ces dix jours. Le principal reproche qu’on peut faire au récit réside dans le scepticisme du lecteur face à la menace qui progresse, non pas parce qu’elle ne paraît pas plausible ou que des éléments laisseraient penser que les destructions ne seraient pas aussi graves qu’on pourrait le croire, mais parce que, en dépit de l’absence quasi totale de connaissance sur ces lignes d’explosion, aucun personnage ne les remet en question. Tout le monde accepte ainsi immédiatement l’inéluctabilité de ce qui est en train de se passer, sans se poser plus de question sur le phénomène lui-même ou les ripostes qu’on pourrait lui opposer. Franchement, quand on voit le déni d’une partie de la population face aux risques auxquels nous expose le réchauffement climatique dans un futur proche, et ce en dépit des montagnes de données rassemblées par les scientifiques du monde entier, c’est un peu dur d’avaler le branle-bas de combat général dépeint ici par l’autrice. Certes, ce bémol n’a rien de rédhibitoire et n’empêche pas de se plonger dans l’histoire, mais l’incrédulité persistera malgré tout en arrière-fond tout au long de la lecture. Les personnages sont pour leur part bien campés, même si certains sont évidemment plus intéressants que d’autres. L’officière de police m’a paru un peu en décalage, même si je comprends l’intérêt narratif d’un tel personnage puisqu’il permet d’élargir le point de vue au-delà du groupe et d’ainsi donner à voir la large palette de réactions de l’humanité face à l’imminence de la mort. Le personnage de l’écrivain est également assez énigmatique, de même que son désir obsessionnel de terminer son roman avant la fin du monde et dont certains passages parsèment le récit. Ces extraits cassent d’ailleurs dans un premier temps le rythme de lecture, dans la mesure où ils semblent tomber comme un cheveu sur la soupe, jusqu’à ce que l’autrice rattache les wagons et propose une interprétation originale qui explique l’imbrication entre la fiction du personnage et la réalité de ce qui est en train d’arriver à l’humanité.

« Dix jours avant la fin du monde » est un roman pré-apocalypse assez classique mais qui fait son effet. L’autrice dépeint avec émotion les derniers moments d’un groupe de survivants auxquels on s’identifie aisément et qui vont tenter, tant bien que mal, de finir leur vie de la meilleure des manières. Dommage toutefois que les réactions de certains à la catastrophe soit aussi caricaturales et que celle-ci soit acceptée avec autant de facilité par tous, ce qui a tendance à rendre le roman peu crédible.

Autres critiques :  ?

Antiquiste passionnée d’art, de cinéma, de voyage et surtout grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement).

Un commentaire

  • Yuyine

    C’est un roman qui m’avait intrigué à sa sortie mais dont les premiers avis soulevaient aussi ce petit côté caricatural qui brisait l’immersion. Je ne pense pas que j’apprécierais cet aspect et tu me confirmes donc que j’ai sans doute bien fait d’éviter de le lire malgré ses qualités et son idée intéressante.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :