Fantasy

Les Seigneurs des Tempêtes, tome 1 : Le pays des djinns

Titre : Le pays des djinns
Cycle/Série : Les Seigneurs des tempêtes, tome 1
Auteur : Kai Meyer
Éditeur : L’Atalante
Date de publication : 2014

Synopsis : Tarik al-Jamal était le prince des contrebandiers entre Samarkand et Bagdad. Qui maîtrisait mieux que lui l’art du tapis volant ? Mais le jour vint où il perdit son grand amour Maryam dans le pays des djinns, le désert aux mille dangers entre les deux cités. Depuis ce jour, amer et résigné, Tarik n’a plus franchi les murs de Samarkand. Il gagne sa vie en participant à des courses de tapis illégales. Et voici que Junis, son frère cadet, a décidé de conduire la mystérieuse Sabatea jusqu’à Bagdad. Tarik craint pour leur vie. Contraint d’affronter les spectres de son passé pour venir à leur secours, il se lance dans une course poursuite mortelle à travers le désert, une odyssée en tapis volant au coeur de la guerre qui oppose les djinns et les hommes du désert…

Djinns et tapis volants : Bienvenue à Samarkand !

Kai Meyer est un auteur allemand à qui on doit de nombreuses séries de fantasy dont « Les Seigneurs des tempêtes », trilogie parue il y a sept ans aux éditions l’Atalante. Le premier tome « Le pays des djinns » nous entraîne dans un Orient uchronique de la fin du premier millénaire dans lequel la magie a complètement détraqué le monde. Assiégés de toute part par des créatures mal connues mais indéniablement plus puissantes, les humains se terrent dans leurs cités que les djinns isolent de plus en plus les unes des autres à mesure qu’ils renforcent leur domination sur le désert. Samarkand fait partie de ces villes qui n’ont plus de contact avec l’extérieur depuis des années et dont les habitants se retrouvent piégés et dans l’incertitude concernant les intentions des djinns à leur égard. Même les rares contrebandiers qui parvenaient encore il y a quelques années à braver le désert pour rallier Bagdad à bord de leurs tapis volants ne s’y risquent plus. Tous n’ont toutefois pas renoncé à tenter la traversée, d’autant que cela fait longtemps que les djinns ont déserté les environs directs de la ville au point qu’une rumeur s’est récemment mise à courir à Samarkand : et s’ils étaient tout simplement partis ? Tarik al-Jamal, sans doute le plus doué des contrebandiers, est persuadé du contraire et se refuse à retourner dans le désert depuis la disparition traumatisante de sa compagne lors de sa dernière traversée. Mais lorsque son jeune frère lui fait part de ses intentions de tenter sa chance malgré le danger afin d’escorter une mystérieuse jeune femme, Tarik doit finalement se résoudre à se confronter à ses démons. Ce premier tome est essentiellement consacré au voyage des trois personnages et à leur évolution dans un désert méconnaissable car peuplé de créatures plus étranges les unes que les autres et où les lois de la nature ont été complètement chamboulées. Une sorte de road -rip, donc, mais dans le désert, et à bord d’un tapis volant !

Voyage dans un désert méconnaissable

Très prometteur, « Le pays des djinns » possède plusieurs atouts à même de ravir le lecteur amateur d’une fantasy faisant la part belle à l’aventure et à l’exotisme. Le plus gros point fort de la série réside en effet dans le dépaysement provoqué par le choix du décor quand tant d’autres romans misent encore et toujours sur le médiéval-fantastique européano-centré. Tapis volants, génies capables de réaliser des vœux, djinns, chevaux mécaniques… : ce premier tome met à l’honneur la culture et le folklore oriental et constitue à ce titre une vraie bouffée d’air frais. Les nombreuses descriptions qui émaillent le roman concernant les spécificités de ce désert gangrené par une magie néfaste à l’homme et dont on ne reconnaît rien participent également à renforcer la curiosité du lecteur et n’est d’ailleurs pas sans faire penser au décor dans lequel évolue le héros de « Blackwing » d’Ed McDonald. Là-bas tout est différent, et survivre dans un environnement aussi hostile demande des compétences et une connaissance affinée qui ne sont l’apanage que de rares individus. L’apprentissage de ces nouvelles règles exerce bien sûr un fort attrait chez le lecteur qui alterne entre ravissement et dégoût devant l’ingéniosité et la noirceur de certaines trouvailles. Les créatures dépeintes par l’auteur sont toutes autant perturbantes, non seulement en raison de leur étrangeté mais surtout parce qu’on perçoit, au-delà de la monstruosité, une parenté avec l’humanité qui fait frémir (la bizarrerie de certaines espèces m’a d’ailleurs a plusieurs reprises fait penser à ce que peut imaginer China Mieville dans ses romans consacrés à Nouvelle-Crobuzon). L’auteur a, de plus, l’intelligence de ne pas présenter les djinns et les créatures qui gravitent autour d’eux comme de simples esprits malveillants qui en voudraient à l’humanité par simple instinct conquérant, mais se décarcasse au contraire pour leur donner une véritable épaisseur et des motivations cohérentes. De nombreux jalons sont posés ici mais beaucoup de questions restent en suspend si bien qu’il est difficile de se contenter de ce premier volume, quand bien même le principal arc narratif trouve bel et bien sa résolution.

Quand aventure rime avec personnages bien travaillés

Le second point fort du roman réside dans la qualité de ses personnages, à commencer par son protagoniste, Tarik, fils de contrebandier et contrebandier lui-même, du moins jusqu’à ce que son dernier voyage dans le désert ne mette fin à sa carrière. Alcoolique, déprimé, rongé par le remord, notre héros est loin d’être au meilleur de sa forme, et c’est justement cette vulnérabilité cachée derrière des manières de rustre qui nous le fait apprécier. Sabatea, elle, est toute aussi attachante mais plus mystérieuse dans la mesure où, même si le lecteur a vite des soupçons, sa véritable identité demeurera inconnue jusqu’à la toute fin de ce premier tome. Junis, le jeune frère du héros, est plus fade et fait pâle figure devant le duo charismatique formé par Tarik et Sabatea. Les relations entre les personnages sont bien exploitées et la psychologie de ces derniers suffisamment fouillés, ce qui donne lieu à des confrontations et des dialogues savoureux. La romance mise en scène ici, et qui saute aux yeux dès les premières pages, prend peu à peu de l’ampleur mais n’empiète jamais sur le gros de l’intrigue et se garde de toute forme de mièvrerie. Ce soin apporté aux liens tissés entre les différents acteurs, ainsi que l’ambiance « intrigues de cour à l’oriental » qu’on perçoit à la toute fin du livre, fait cette fois énormément penser aux romans de Guy Gavriel Kay, et notamment à sa « Mosaïque de Sarrance ». Même si Kai Meyer ne parvient pas à égaler son prestigieux homologue canadien, il existe des similitudes entre les deux œuvres, et l’attachement que l’on porte aux personnages, de même que la qualité de l’exposition de leurs sentiments et fêlures, en font indéniablement partie. Bien que satisfaisante, la conclusion attise la curiosité plus qu’elle ne l’apaise tant de nombreuses pistes évoquées par l’auteur demeurent encore inexploitées.

Amateurs de fantasy teintée d’orientalisme, « Les seigneurs des tempêtes » est fait pour vous ! Kai Meyer signe ici un bon premier roman, plein d’aventure, de mystère et de magie, le tout dans un cadre dépaysant et déroutant. Porté par de solides personnages et une intrigue aussi bien ficelée que rythmée, « Le pays des djinns » fut une excellente découverte, et je ne peux que vous encourager à découvrir l’ensemble de la trilogie qui vaut indéniablement le détour.

Voir aussi : Tome 2 ; Tome 3

Autres critiques :  ?

Antiquiste passionnée d’art, de cinéma, de voyage et surtout grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement).

7 commentaires

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