Science-Fiction

Demain et le jour d’après

Titre : Demain et le jour d’après
Auteur : Tom Sweterlitsch
Éditeur : Albin Michel Imaginaire
Date de publication : 2021 (avril)

Synopsis : John Dominic Blaxton, éditeur de poésie prometteur, a perdu sa femme enceinte dans l’attentat nucléaire qui a rasé la ville de Pittsburgh. Reconverti en enquêteur pour les assurances, il parcourt inlassablement l’Archive, cette recréation virtuelle de la cité via tous les documents, enregistrements publics et privés qui n’ont pas été corrompus par l’explosion. Un jour, il découvre le corps d’une disparue, Hannah Massey, à moitié enfoui dans la boue d’un parc public. Dans l’Archive, l’enregistrement de ce cadavre prouve que la jeune femme a été assassinée. Dans la réalité, il n’existe plus aucune preuve matérielle de ce crime. Pour trouver la force de continuer à vivre, John se lance dans une enquête dangereuse. Car rien ne dit que l’assassin de la jeune femme a péri dans l’attentat.

Enquête dans une ville virtuelle

Tom Sweterlitsch a fait son apparition sur la scène française en 2019 avec « Terminus », roman qui a rencontré un important succès auprès du public. Deux ans plus tard, les éditions Albin Michel proposent aux lecteurs de poursuivre la découverte de la biographie de cet auteur avec la traduction de son premier roman, un thriller de science-fiction se déroulant dans un futur proche, aux États-Unis. L’ouvrage met en scène un enquêteur d’un genre un peu particulier puisque ses investigations se déroulent dans une recréation virtuelle de la ville de Pittsburgh. Totalement anéantie suite à un attentat à la bombe nucléaire ayant eu lieu dix ans plus tôt, la cité de l’est des États-Unis a depuis été reconstituée virtuellement dans l’Archive, une formidable base de données qui permet à qui le souhaite de déambuler à nouveau dans la ville et d’y retrouver tous les gens qui y ont vécu, jusqu’au drame. Un endroit étrange donc, bourré de fantômes, dans lequel Dominic Blaxton passe l’essentiel de son temps. Pour son travail, d’abord, puisqu’il est chargé par des compagnies d’assurance de s’assurer de la présence lors de la catastrophe de telle ou telle personne, ou au contraire de leur absence. Pour lui-même, aussi, parce que sa femme était au nombre des victimes et qu’il ne parvient toujours pas à vivre sans elle. Revivant inlassablement ses souvenirs avec son épouse et adoptant une hygiène de vie de plus en plus dangereuse, notre enquêteur va voir son quotidien chamboulé par sa découverte dans l’Archive du cadavre d’une jeune femme, manifestement assassinée avant l’explosion de la bombe. Curieux, notre héros commence à creuser un peu l’emploi du temps de la victime, ce qui n’est pas au goût de certaines personnes puissantes. N’ayant pas lu « Terminus », ce roman est ma première rencontre avec Tom Sweterlitsch, et celle-ci s’est révélée assez contrastée puisque j’ai eu beaucoup de mal avec la première moitié du récit tandis que la seconde m’a bien plus emballée.

Un futur hyper connecté et des corps féminins hyper sexualisés

Le début du roman est assez fastidieux. L’intrigue met du temps à s’installer et on se demande sans arrêt où veut en venir l’auteur puisque celui-ci multiplie les pistes et fausses-pistes sans qu’on parvienne à discerner laquelle sera le véritable fil rouge du récit. Cela donne une impression confuse un peu désagréable qui ne sera vraiment dissipée que passée la seconde moitié du roman, ce qui met la patience du lecteur à rude épreuve. Le second gros point noir concerne l’univers en lui-même qui ressemble par bien des aspects à celui développé par Jean Barret dans « Bonheur TM ». L’auteur nous y dépeint un futur ultra connecté, dans lequel tout le monde possède un implant cérébral qui permet de superposer à la réalité des éléments virtuels plus ou moins convaincants en fonction de la qualité de l’appareil. Cela s’accompagne évidemment d’une plus grande intrusion de la publicité dans la vie des citoyens qui sont parasités en permanence par des spams, des slogans ou des pubs vantant tel programme, tel objet, tel site… Cette omniprésence du marketing qui interfère en permanence avec les pensées du personnage se révèle extrêmement agaçante et, quand bien même il s’agirait justement de la sensation que l’auteur cherche à transmettre à ses lecteurs, il n’empêche que le sentiment d’oppression persistant est lassant. Lassitude d’ailleurs renforcée par la nature de ces interruptions intempestives qui sont, dans leur grande majorité, pornographiques. La vision des femmes telle que véhiculée dans le roman est d’ailleurs problématique dans la mesure où, durant la quasi totalité du récit, celles-ci sont cantonnées à deux rôles types ultra clichés : celui de la future mère belle et pure et celui de la salope. Épouse décédée du héros mise à part, absolument toutes les femmes qui défilent dans la première partie du roman sont dépeintes comme aguicheuses, déambulent en petite tenue ou tiennent des propos évocateurs. Là encore on comprend bien qu’il s’agit d’une volonté de l’auteur de dépeindre une société ultra-sexualisée, et non pas de simple voyeurisme. Seulement, là encore, le sentiment qui prédomine chez le lecteur est la lassitude, voire le dégoût devant le côté vraiment trash de certaines scènes.

Terminus

Une intrigue qui décolle enfin dans la deuxième partie

Toutes ces raisons ont failli venir à bout de ma motivation qui aura malgré tout été récompensée par la deuxième moitié qui se révèle plus intéressante et mieux rythmée. La lecture se fait plus fluide, l’aspect brouillon disparaît maintenant que l’on a bien cerné où voulait en venir l’auteur et les personnages se complexifient un peu plus. Le roman prend alors des allures de véritable page-turner, les différents éléments de l’intrigue présentés au début du récit trouvant enfin tout leur sens. J’ai également été soulagée de l’apparition d’un personnage féminin plus travaillé échappant enfin aux deux figures types évoquées plus haut. Les intrusions publicitaires se font quant à elle plus rares, l’intrigue prenant enfin le dessus sur la simple exposition des spécificités de cet univers futuriste. Le personnage principal m’a, en revanche, laissée totalement froide tout au long de l’histoire : impossible d’éprouver la moindre empathie pour cet homme tourmenté incapable de renoncer au fantôme de son épouse au sort de laquelle je n’ai pas non plus réussi à compatir (alors qu’il y a pourtant de quoi !). Peut-être cette indifférence est-elle due à la vision clairement idéalisée de cette femme que le personnage ressasse sans cesse, ce qui a pour conséquence de la faire paraître totalement artificielle… Les passages au cours desquels celui-ci se souvient des moments les plus marquants de sa vie avec elle parviennent pourtant parfois à émouvoir, notamment lorsque le sujet tourne autour de leur difficulté à concevoir un enfant. Le second protagoniste, qui arrive trop tardivement, est quant à lui bien plus convaincant et attachant, ce qui participe grandement à rendre la seconde partie passionnante. La conclusion est toutefois décevante et un peu dérangeante car particulièrement sordide, ce qui vient renforcer la sensation de malaise évoquée dans la première moitié.

Tom Sweterlitsch signe avec « Demain et le jour d’après » un thriller futuriste intéressant mais qui m’a laissée un sentiment très mitigé. Car pour atteindre la deuxième moitié du roman et ainsi prendre véritablement plaisir à la lecture, il faut passer par une première moitié confuse et pesante qui permet, certes, de planter le décor, mais court aussi le risque de perdre le lecteur. Le rôle dévolu aux femmes dans le roman est également problématique : quand bien même celui-ci s’explique par la nature même du futur dépeint par l’auteur, cette accumulation de corps féminins systématiquement sexualisés ou martyrisés a incontestablement participé à rendre la lecture très pénible.

Autres critiques :  ?

Antiquiste passionnée d’art, de cinéma, de voyage et surtout grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement).

4 commentaires

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