Terminus

30 août 2019 5 Par Dionysos
Terminus

Titre : Terminus
Auteur : Tom Sweterlitsch
Éditeur : Albin Michel (Imaginaire) [site officiel]
Date de publication : 24 avril 2019

Synopsis : Depuis le début des années 80, un programme ultrasecret de la marine américaine explore de multiples futurs potentiels. Lors de ces explorations, ses agents temporels ont situé le Terminus, la destruction de toute vie sur terre, au XXVIIe siècle.
En 1997, l’agent spécial Shannon Moss du NCIS reçoit au milieu de la nuit un appel du FBI : on la demande sur une scène de crime. Un homme aurait massacré sa famille avant de s’enfuir. Seule la fille aînée, Marian, 17 ans, serait vivante, mais reste portée disparue. Pourquoi contacter Moss?
Parce que le suspect, Patrick Mursult, a comme elle contemplé le Terminus… dont la date s’est brusquement rapprochée de plusieurs siècles.

Coup de coeur

Il lui était impossible de glisser dans le passé pour empêcher la disparition de Marian, le massacre de sa famille, mais elle pouvait aller dans l’avenir apprendre ce qui lui était arrivé, ou pouvait lui arriver.

Avec Terminus, le label Albin Michel Imaginaire a plutôt insisté sur la qualité de ce texte dans leur année éditoriale 2018-2019. Quand on remarque qui plus est que ce roman de Tom Sweterlitsch attend d’être adapté au cinéma (comme son précédent, Tomorrow and tomorrow), qu’il a été traduit par Michel Pagel et qu’il bénéficie d’une illustration de couverture d’Aurélien Police, forcément au bout d’un moment cela attire l’œil du lecteur avide de bonnes lectures.

À cheval sur les époques

1997, Shannon Moss, agent spécial du NCIS, est réveillée en pleine nuit pour se rendre sur les lieux d’un crime sordide, le massacre prononcé d’une famille dont seule une jeune fille a échappé. Rien d’anormal malheureusement, sauf qu’elle n’est jamais investi d’une enquête ordinaire, puisqu’elle-même fait partie d’un programme secret de la Navy consistant à envoyer régulièrement des agents dans le futur grâce à une technologie découverte dans les années 1980. C’est assez pratique : là où il est parfois difficile de découvrir tous les indices pour résoudre une enquête à un moment donné, il « suffit » d’avancer dans le temps, parfois même plusieurs années, pour retrouver l’enquête à un niveau plus avancé ou bien des témoignages plus faciles à obtenir, puis de revenir dans son époque reconstituer le tout. Or, ici, non seulement elle va pouvoir utiliser cette technologie pour cette enquête (des allers-retours entre 1997 et 2015-2016), mais surtout celle-ci porte sur un suspect qui a fait, un temps, parti du même programme secret.

Un thriller haletant

Nous sommes, avant même d’être dans un roman de science-fiction, dans un thriller pur jus, à l’américaine, avec des sections de l’armée américaine qui se contrecarrent mutuellement leurs plans. Shannon est une héroïne, une vraie (pas juste un peu « badass » puis qui recherche l’aide d’un mentor masculin par la suite, non) et unijambiste qui plus est, ce qui, certes, est d’abord assez rare, mais amène surtout des situations très intéressantes en matière d’action. Celle-ci se fait rare au départ, quand nous débutons cette enquête indice par indice, mais se multiplie davantage au fur et à mesure que l’enjeu principal se fait jour. En effet, à force de visiter le futur, les scientifiques et les militaires de l’US Navy comprennent qu’ils ne visitent que des « futurs possibles » : à chaque nouveau voyage, s’ouvre une nouveau réalité parallèle aux autres et qui se referme une fois son initiateur revenu à son point de départ. Or, leurs nombreux voyages leur font « contempler » un phénomène très étrange qui semble annoncer la fin de toute humanité, le Terminus. Et celui-ci se rapproche de plus en plus vite de l’année 1997, date du début de l’intrigue. Comme dans tout bon roman qui se respecte, Tom Sweterlitsch mise donc sur le plus gros événement qui puisse chambouler le monde qu’il nous propose : la destruction de toute humanité. La course contre la montre est donc déjà engagée.

Un roman qui nous questionne

Il y a plusieurs interprétations possibles à ce Terminus qui pointe à l’horizon et se rapproche de plus en plus vite. Comme le roman a été publié en VO en 2018, il est probable que la destruction de notre écosystème soit une origine de cette intrigue, ça semblerait même très logique ; toutefois, dans le cœur de l’intrigue, il n’y a aucun enjeu placé sur ce sujet en particulier. L’accent est davantage porté sur la fragilité de la vie et de la conscience de cette vie, ainsi que sur notre volonté à aller de l’avant malgré les grands événements cosmiques qui peuvent nous chambouler. Du coup, quitte à le comparer à un morceau de l’œuvre de Christopher Nolan, Terminus serait plutôt dans l’esprit d’Interstellar que dans celui d’Inception, même si on comprend à certains moments de la lecture pourquoi l’éditeur a voulu choisir cet angle-ci. Il n’empêche que le plus important se joue dans la compréhension des paradoxes liés aux voyages stellaires entrepris par ce programme ultrasecret de l’US Navy : entre voyages temporels et distorsion du multivers, il faut bien s’accrocher aux abords du dernier tiers pour ceux qui auraient du mal avec quelques concepts quantiques (non exposés précisément ici, nous ne sommes pas non plus dans de la hard SF), mais à part cela, l’ensemble est tout simplement passionnant à découvrir.

Terminus est donc une très bonne surprise, en tout cas pour le lecteur francophone qui n’aurait pas forcément vu arriver cet auteur. Son sens du rythme et son imaginaire font mouche, il faut le lire !

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