Gagner la guerre

23 décembre 2016 0 Par Dionysos

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Titre : Gagner la guerre
Cycle : Récits du Vieux Royaume, tome 2
Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Éditeur : Les Moutons électriques (La Bibliothèque voltaïque) (fiche officielle), puis Folio SF
Date de publication : 17 mars 2009
Récompenses : Prix du Premier Roman de la Région Rhône-Alpes 2009, Prix Imaginales 2009 du meilleur roman francophone

Synopsis : Au bout de dix heures de combat, quand j’ai vu la flotte du Chah flamber d’un bout à l’autre de l’horizon, je me suis dit : « Benvenuto, mon fagot, t’as encore tiré tes os d’un rude merdier ». Sous le commandement de mon patron, le podestat Leonide Ducatore, les galères de la République de Ciudalia venaient d’écraser les escadres du Sublime Souverain de Ressine. La victoire était arrachée, et je croyais que le gros de la tourmente était passé. Je me gourais sévère. Gagner une guerre, c’est bien joli, mais quand il faut partager le butin entre les vainqueurs, et quand ces triomphateurs sont des nobles pourris d’orgueil et d’ambition, le coup de grâce infligé à l’ennemi n’est qu’un amuse-gueule. C’est la curée qui commence. On en vient à regretter les bonnes vieilles batailles rangées et les tueries codifiées selon l’art militaire. Désormais, pour rafler le pactole, c’est au sein de la famille qu’on sort les couteaux. Et il se trouve que les couteaux, justement, c’est plutôt mon rayon…
Jean-Philippe Jaworski, né en 1969, est l’auteur de deux jeux de rôle : Tiers Âge et Te Deum pour un massacre. La fureur des batailles, la fougue épique et l’humour noir sont au rendez-vous de cette deuxième plongée tumultueuse et captivante dans les « Récits du vieux royaume » : après Janua Vera (prix Cafard cosmique 2008), le retour très attendu de Don Benvenuto !

Note 4.5
 
Coup de coeur

J’ai une connaissance intime de la République. Je sais tout de ses faiblesses : la vanité, la coquetterie artistique, l’affairisme, le clientélisme, la corruption, le populisme, le chauvinisme, la calomnie… Sans oublier le mépris, bien sûr. Autant de petits travers qu’il suffit de flatter pour circonvenir les élites, pour faire brailler la plèbe dans la rue, pour faire crier la République toute entière comme une courtisane. Je baise la République, et je la baise bien. J’ai cerné l’essence même de Ciudalia, et c’est la raison pour laquelle Ciudalia m’aime.

J’ai mis du temps à attaquer Gagner la guerre après avoir dévoré Janua Vera, mais ce fut lors d’un épique voyage en Italie (je l’ai lu uniquement durant les quelques moments en bus) qui seyait parfaitement à l’ambiance de ce premier roman de Jean-Philippe Jaworski.

Gagner la guerre débute par un premier chapitre juste parfait : Benvenuto (entrevu dans la nouvelle « Mauvaise donne » dans le recueil Janua Vera) est présent sur un navire de guerre soumis aux assauts des ennemis de la cité-État de Ciudalia ; il agrémente sa défense de commentaires acerbes sur sa condition de mercenaire mais finit par accomplir ce pour quoi il est présent, le reste se passe de commentaire. Le récit de Gagner la guerre suit les affres de cet assassin-espion au service d’un politicien véreux qui cherche à contrôler sa cité-État à tout prix, en sacrifiant s’il le faut ses plus proches parents et collaborateurs, et c’est la plume de Jean-Philippe Jaworski qui fait le reste, de très belle façon.

Comment caractériser le style de Jean-Philippe Jaworski ? C’est juste, c’est précis et tellement fluide. D’abord, cet auteur s’appuie sur une érudition et une documentation extrêmement solides. Cela peut prendre place dans quelques longues descriptions, mais c’est tellement bien écrit avec une culture foisonnante et des références au monde concerné (celui du Vieux Royaume ici divisé entre des influences italiennes de la Renaissance, arabisantes et centro-européennes) que vraiment tout passe avec une simplicité déconcertante. Nous pourrions nous dire que plus le style est léché, travaillé, recherché, plus la lecture est hachée ; eh bien non, c’est tout l’inverse ! Jean-Philippe Jaworski joue avec les mots comme d’autres jonglent avec les balles, chaque péripétie arrive naturellement (pour le lecteur, moins pour le protagoniste) et c’est tout autant un plaisir de progresser aux côtés de Benvenuto qu’un déplaisir de devoir finalement refermer ce roman fleuve.

Gagner la guerre est donc forcément un coup de cœur, un pavé avalé à une vitesse folle qui ne propose pas un aussi grand panorama que ne le faisait le recueil Janua Vera, mais démontre que, même pour un premier roman, il est possible de faire preuve d’une grande maîtrise de la langue et d’un sens pointu de la narration. Magistral !

Voir aussi : Janua Vera ; Le Sentiment du Fer

Autres critiques : Apophis (Le culte d’Apophis) ; Boudicca (Le Bibliocosme) ; Jacques Baudou (Le Monde) ; Maxime Lerolle (Organiste)

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