Quitter les monts d’automne

21 octobre 2020 7 Par Dionysos
Quitter les monts d'automne

Titre : Quitter les monts d’automne
Auteur : Émilie Querbalec
Éditeur : Albin Michel (Imaginaire) [site officiel]
Date de publication : septembre 2020

Synopsis : Recueillie par sa grand-mère après la mort de ses parents, la jeune Kaori vit dans les monts d’Automne où elle se destine à être conteuse. Sur Tasai, comme partout dans les mondes du Flux, l’écriture est interdite. Seule la tradition du « Dit » fait vivre la mémoire de l’humanité. Mais le Dit se refuse à Kaori et la jeune fi lle se voit dirigée vers une carrière de danseuse.Lorsque sa grand-mère meurt, Kaori hérite d’un rouleau de calligraphie, objet tabou par excellence, dont la seule détention pourrait lui valoir une condamnation à mort. Pour percer les secrets de cet objet, mais aussi le mystère qui entoure la disparition de ses parents, elle devra quitter les monts d’Automne et rejoindre la capitale.Sa quête de vérité la mènera encore plus loin, très loin de chez elle.
Débutant comme un roman initiatique d’inspiration japonaise, Quitter les monts d’Automne s’impose vite comme un récit d’aventure qui frappe d’abord par sa beauté et sa poésie, puis par sa cruauté et son érotisme subtil.

La beauté […] est une expérience cruelle. Y avoir goûté ne serait-ce qu’une fois oblige à la rechercher toujours.

En cette rentrée 2020, en plus de La Marche du Levant, le label Albin Michel Imaginaire propose un autre roman de SF francophone avec Quitter les monts d’automne, d’Émilie Querbalec !

Roman initiatique

Kaori est une jeune disciple vivant au sein de son clan des Monts d’Automne. Sur cette planète, la vie est assez traditionnelle et Kaori fait partie d’un clan résolument tourné vers l’art du spectacle. Pour cela, leurs plus éminents membres sont touchés par le Dit et deviennent conteurs, métier particulièrement recherché par la population. Toutefois, Kaori n’a pas l’occasion d’hériter du don de ses ancêtres et, contrairement à sa grand-mère qui fait figure de matriarche, elle doit se résoudre à devenir danseuse. Tourmentée par cette contrariété que sa vie lui rappelle sans cesse, Kaori tente de se faire malgré tout une place dans son clan. Pour ne rien arranger, sa grand-mère meurt en laissant à ses seuls soins un rouleau calligraphié qui pourrait aussi bien répondre à toutes ses questions sur ses origines que lui valoir la peine capitale pour avoir possédé un tel bien. Le voyage de Kaori débute véritablement quand elle ose franchir le pas et envisager une autre vie que celle guidée par son clan.

Space opera teinté de japonisme

Même si ce n’est pas évident au départ, Quitter les monts d’automne est un space opera : or, c’est un roman qui débute comme un planet opera, mais sa première phase pourrait tout autant être le début d’un roman de fantasy médiévale. Clairement, l’autrice a misé sur une progression radicale de l’intrigue. Un peu comme dans L’Enfant de poussière, de Patrick Dewdney, la protagoniste passe des caps grâce à différents mentors (et à des événements dramatiques voire traumatiques) et, à chaque fois, c’est un nouveau pan de son histoire et de sa géographie mentale qui s’ouvrent. De la même façon, à l’image du Chant des cavalières, de Jeanne Mariem Corrèze, on peut voir en Kaori une anti-héroïne bringuebalée par les événements et les autres protagonistes rencontrés ; pourtant, elle incarne une jeune femme tout à fait sensée qui recherche un autre but à sa vie. Même si cela peut être noté dans la présentation du roman, nous ne sommes pas dans un roman très influencé par le Japon. Elle-même née au Japon, on comprend qu’Émilie Querbalec ait pu être fortement influencée par la culture japonaise et cela modifie légèrement l’approche classiquement occidentale du space opera. Toutefois, ce ne sont ici que quelques allusions, peu de références explicites, davantage une ambiance en arrière-plan qui fait penser à un Japon vu de loin. Au contraire, les « Dits » japonais qu’on peut connaître de loin renvoient d’habitude à des luttes de pouvoir entre clans de samouraïs (pour les écrits du Japon médiéval) ; ici, c’est la lutte toute individuelle d’une Kaori qui découvre le monde que nous suivons.

La puissance de l’Écrit

Il est toujours particulier de suivre un roman sur une société qui a abandonné (de gré ou de force) l’usage de l’écrit. Ici, le Dit rythme la vie de cette petite communauté itinérante ; pourtant, en arrière-plan, est toujours placé un pouvoir central plus ou moins installé qui, on se doute, doit bien avoir besoin de l’écrit pour fonctionner. Alors que le Dit se refuse à Kaori, c’est cette pulsion de l’Écrit qui bouleverse sa vie et ses projets. On sent bien qu’on peut y voir un parallèle avec la force que peut comporter un roman, mais la dimension philosophique apportée au gré du récit par la rencontre d’une IA de vaisseau ou celle d’un gardien millénaire laisse le lecteur assez libre de trouver un peu ce qu’il souhaite dans la gestion que fait Kaori de son « temps ». Ajoutons à cela de nombreux passages où le style est particulièrement bon, notamment pour exprimer sentiments et sensations lors de moments cruciaux. La fin pourra être vue par certains lecteurs comme longuette par rapport à la montée en puissance du récit, voire classique par d’autres. Pourtant, le voyage est beau, et c’est ce qu’il faut conserver au bout du compte.

Quitter les monts d’automne est donc une bien belle aventure, lue d’une traite pour ma part, dont il faut garder la légèreté du personnage et la belle plume qui l’accompagne.

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Célindanaé (Au pays des Cave Trolls)
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