Des oeillets pour Antigone

5 octobre 2020 5 Par Boudicca

Titre : Des oeillets pour Antigone
Auteur : Charlotte Bousquet
Éditeur : Scrinéo
Date de publication : 2020 (juin)

Synopsis : 1991, France. En triant les affaires de sa soeur disparue cinq ans plus tôt dans des circonstances tragiques, Luzia retrouve son vieux médaillon ainsi que son journal intime. A sa lecture, elle s’interroge : et si son suicide était lié à ce bijou et à la mort de leur tante vingt ans auparavant à Evora ? Quand elle commence à être assaillie de cauchemars et d’hallucinations, la jeune femme se lance sur les traces de la vérité. Une quête qui la plongera dans le passé de sa famille, dans un Portugal déchiré par la dictature de Salazar…

 

Un roman entre le Portugal et la France

Entre 1933 et 1974, le pouvoir est exercé au Portugal par Salazar (puis son successeur) qui instaure l’« Estado Novo », un régime dictatorial inspiré du fascisme qui sera finalement mis à bas lors de la révolution des œillets. C’est de cette période que nous parle Charlotte Bousquet dans ce roman plutôt destiné à un public de jeunes adultes et qui met en scène le parcours de trois adolescentes. La première, Alma, est la fille d’un riche propriétaire terrien et vit au Portugal en 1971. Férue d’équitation, elle entretient une relation fusionnelle avec l’un de ses chevaux et a pris la décision de s’engager plus activement dans la résistance, s’opposant ainsi à la volonté de son père, militaire sévère et farouche partisan de Salazar. Vingt ans plus tard, sa nièce, Luz, vit en France et ne connaît presque rien de cette tante morte tragiquement à l’adolescence, apparemment victime d’un accident de cheval. Car une autre disparition hante Luz, celle de sa sœur, Sabine, qui s’est inexplicablement suicidée en 1986, à l’âge de seize ans. Cinq ans après, alors qu’elle entreprend de trier les affaires de sa sœur, la jeune femme tombe sur deux objets qui vont la forcer à déterrer le passé : le journal intime tenu par Sabine l’année de sa mort, et un médaillon ayant appartenu à sa défunte tante. Médaillon qui lui provoque d’étranges visions et la pousse à s’intéresser d’un peu plus près à l’histoire portugaise de sa famille. Le roman démarre comme une histoire d’ado traditionnelle et puis, progressivement, le surnaturel fait irruption dans la vie de Luz. L’ambiance est assez oppressante, que l’action se passe au Portugal ou en France, et l’enquête qu’entreprend la jeune femme se révèle vite assez captivante. Les chapitres sont relativement courts et alternent entre les trois époques et les trois jeunes femmes, ce qui rend la lecture dynamique et donc relativement rapide.

Un choix de thématiques intéressant

La plongée dans le Portugal des années 1970 et la dictature alors en place est intéressante, même si l’autrice se contente de survoler le sujet. Mainmise de l’église et des grands propriétaires terriens, entreprise de colonisation du Mozambique et de l’Angola, omniprésence de la police, encouragement à la délation, arrestations arbitraires, censure… : les bases sur lesquelles repose l’Estado Novo sont rapidement mais clairement abordées. Alma est pour sa part sympathique, même si le stéréotype de la belle jeune fille fougueuse et amoureuse des chevaux m’a un peu agacée. Pour cette raison, j’ai davantage été sensible aux chapitres consacrés à Luz, et cela tombe bien puisque ce sont les plus nombreux. On y découvre une héroïne attachante et vulnérable, mais capable de prendre sur elle pour soutenir ses proches ou plonger dans un passé désagréable. Les extraits du journal intime de Sabine sont en revanche très caricaturaux : l’autrice nous y dépeint une adolescente bête et frivole qui aurait mérité d’être un peu plus nuancé. Là encore, le contexte des années 1980-1990 est posé succinctement mais de manière convaincante : les ravages causés par le SIDA, la non acceptation des familles de l’homosexualité de leur enfant… L’autrice s’est également attachée à nous plonger dans l’ambiance sonore de l’époque, si bien que le roman est accompagné d’une sacré bande son, de Queen à Nirvana, en passant par Renaud ou encore Madonna. Les références cinématographiques, notamment aux films d’horreur, sont elles aussi abondantes et collent parfaitement à l’ambiance du roman qui se fait à certains moments assez glaçant. Enfin, l’ouvrage fourmille également de mentions à des classiques de la littérature, certains très célèbres comme « Antigone », d’autres un peu moins pour les néophytes en culture portugaise (dont je suis).

Plutôt destiné à un public de jeunes adultes, « Des œillets pour Antigone » est un roman intéressant qui nous plonge à la fois dans le Portugal des années 1970 et la France des années 1990. Le parcours des trois héroïnes permet à l’autrice d’aborder un grand nombre de thématiques qui, bien que rapidement évoquées, n’en mettent pas moins en lumière des problématiques sociétales importantes (la résistance politique, le regard des parents sur l’homosexualité de leur enfant, les ravages du SIDA…). Une sympathique découverte.

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