Censurée – L’enfer France Télécom

20 août 2020 0 Par Dionysos
Censurée

Titre : Censurée – L’enfer France Télécom
Auteur : Michèle Arnaud
Éditeur : Évidence (Électrons Libres) [site officiel]
Date de publication : 17 avril 2020

Synopsis : En 1990 France Télécom amorce son processus de restructuration, première marche vers la privatisation.
Michèle a atteint le grade d’Inspectrice Principale dans l’entreprise.
Elle présente le double handicap d’être une femme cadre dans une hiérarchie très masculinisée, et de gérer des services sociaux appelés à disparaître. Dans l’entreprise on gomme l’humain décrété non productif et coûteux, au profit de la rentabilité.
Un protocole de « Schémas de courbes de deuil » institué au mépris de toute humanité est censé pousser sans douleur, les indésirables vers la sortie…
Michèle Arnaud, entrée en écriture pour survivre, témoigne de ce procédé d’éviction qui a conduit certains de ses anciens collègues au suicide.
L’ironie douce-amère qui imprègne le récit en facilite la lecture, sans jamais masquer le poids de la souffrance au travail et sa répercussion sur le déroulement de la vie de l’auteure.

L’espoir meurt quand on ne peut plus conjuguer le verbe être au futur…

Grâce à une nouvelle Masse Critique, j’ai pu découvrir une des publications des éditions Évidence, le deuxième récit de Michèle Arnaud, Censurée – L’enfer France Télécom.

L’Enfer de la privatisation

Nous suivons ici le parcours d’une fonctionnaire de France Télécom qui vit le lent processus de privatisation de cette entreprise pour aller vers ce qui deviendra Orange quelques années plus tard. Elle monte tranquillement dans la hiérarchie de cette société en passant le grade d’inspectrice, une fois le concours passé. Cela demande quelques sacrifices familiaux, pas toujours acceptés dans la sphère intime. Toutefois, avec d’autres collègues rencontrés et d’autres responsabilités acquises, viennent des inimitiés, des conflits qui la minent professionnellement comme personnellement. Elle commence à subir des remontrances de la hiérarchie alors qu’elle cherche à comprendre l’intérêt de ce qu’on lui demande. En effet, France Télécom est alors dans une étape cruciale qui doit l’emmener vers la future privatisation : il faut resserrer les effectifs, discipliner les employés, détruire le statut des fonctionnaires et, plus que tout, ne viser que des économies budgétaires. L’ambiance, forcément, se tend quand les relations humaines sont minées par des demandes hiérarchiques usantes et contradictoires. Censurée narre ainsi un témoignage de l’intérieur, entre vie privée et vie professionnelle, à propos de l’influence de l’une sur l’autre.

Une vision autocentrée

Le problème est qu’il ne faut pas voir dans Censurée autre chose qu’un simple témoignage, c’est dommage. L’autrice, en effet, ne se voit que comme une individualité, une femme que la hiérarchie masculine veut voir ailleurs, veut rejeter. Si elle avait écrit cela il y a vingt ans, on aurait pu comprendre cette vision individualiste ; pourtant, à l’aube des années 2020, il est plus compliqué de ne pas y voir d’autres choses. Le fonctionnement du capitalisme, le système patriarcal et l’ordolibéralisme appliqué aux grandes entreprises ne sont jamais même un temps soit peu abordés. Il n’y a aucune vision collective dans son parcours, puisqu’à chaque étape, elle a parfaitement intégré la mise en concurrence entre collègues qu’elle semble condamner quand c’est à ses dépens. Constamment, elle semble trouver injuste de voir son travail ne pas être suffisamment reconnu, mais ne considère pas plus que cela celui des autres. Tout comme elle conçoit parfaitement qu’elle est parfois visée parce qu’elle est une femme, mais une fois avec quelques responsabilités, ce n’est pas modifier cet aspect-là.

En somme, Censurée est un témoignage utile à l’échelle personnelle, daté certes, mais surtout qui ne permet pas de poser un diagnostic à l’échelle d’une entreprise publique aussi capitale pour l’ensemble d’une société.

Autres critiques :

Retour en haut