Haut-Royaume, tome 4 : L’adversaire

17 juillet 2020 3 Par Boudicca
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Titre : L’adversaire
Cycle/Série : Haut-Royaume, tome 4
Auteur : Pierre Pevel
Éditeur : Bragelonne
Date de publication : 2020 (mai)

Synopsis : Détruite et diffamée, la Garde d’Onyx n’est plus. Désormais seul, Lorn n’a plus qu’un projet, la vengeance. Mais la guerre des Trois Princes n’est pas achevée et le Haut-Royaume reste déchiré. Et tandis qu’une ancienne menace ressurgit et promet de nouvelles Ténèbres, Lorn semble ne pas en avoir fini avec les ambitions du Dragon du Destin. Héros, proscrit ou ennemi ? Le choix lui appartient.

 

-Deux… Deux destinées pour un seul homme ? Cela ne se peut.
-Et pourtant cela est.

Une petite baisse de régime

Pierre Pevel est un auteur de fantasy particulièrement prolifique et à qui on doit plusieurs grandes trilogies de cape et d’épée comme « Les lames du cardinal » ou encore « La trilogie de Wielstadt ». Depuis 2013, le voilà lancé dans l’écriture d’une série au long cours baptisée « Haut Royaume » qui, bien que ne faisant pas ici référence à une période historique précise, reprend malgré tout la plupart des codes des précédents romans. Le premier opus mettait en scène un certain Lorn, chevalier déchu de sa fonction et de ses titres pour trahison, soudainement réhabilité auprès du roi qui le charge de reconstituer une ancienne unité d’élite dissoute depuis longtemps, la Garde d’Onyx. Pourquoi une telle requête ? Parce que la situation du Haut-Royaume a rarement été aussi catastrophique, puisque plane non seulement la menace d’une attaque extérieure menée par de puissants voisins, mais aussi et surtout celle d’une guerre civile. [Attention, si vous n’avez pas encore eu l’occasion de lire les trois précédents volumes de la série, je vous incite à vous rendre directement au paragraphe suivant au risque de vous voir « divulgâcher » une partie de l’intrigue.] Trois tomes et de nombreuses péripéties plus tard, il apparaît effectivement que le Haut-Royaume pourrait bien vivre ses derniers instants puisque le conflit tant redouté a fini par éclater. La guerre des trois princes, opposant les fils du roi défunt, met en effet a rude épreuve les liens unissant jusque là les petits royaumes réunis sous la bannière du Haut-Roi. Lorn, lui, a pris fait et cause pour Aldéran, le prince avec lequel il a grandi, mais semble secrètement se réjouir de l’émiettement éminent du Haut-Royaume. Contaminé par l’Obscure, une substance magique néfaste qui le pousse à la destruction, le premier chevalier du royaume va toutefois très vite regretter de s’être fié à une vieille amitié. Trahi, esseulé, endeuillé, Lorn se retrouve au début de ce quatrième tome en fort mauvaise posture. Seule lueur d’espoir : en le manipulant pour se libérer de ses chaînes, le dragon de la destruction n’a eu d’autre choix que de le libérer de l’emprise de l’Obscure, faisant par là même basculer son destin vers un tout autre chemin. Après un troisième opus mené tambour battant et clôturé par un véritable coup de théâtre, « L’adversaire » fait clairement office de tome de transition et fait donc pale figure comparé à ses prédécesseurs.

Stéréotypes, stéréotypes !

Certes, il est compréhensible que l’auteur ait voulu marquer le coup en laissant le temps à son personnage d’encaisser les événements et de faire son deuil, mais le processus prend trop de temps et, surtout, s’avère bien trop répétitif. Ce quatrième tome se résume en effet à une succession de nouveaux départs, immédiatement suivis d’un drame et d’une fuite qui incitent chaque fois le protagoniste à ruminer ses erreurs passées. Les intrigues de cours et la poursuite de la guerre, qui constituaient le cœur du précédent volume, se voient ainsi reléguées au second plan au profit de l’interprétation de la destinée de Lorn, ce qui est fort dommage dans la mesure où il s’agit, à mon sens, de l’aspect le moins intéressant de la série. Malgré ces bémols, il faut reconnaître que Pierre Pevel possède toujours un sacré sens du rythme et de l’action, si bien que le roman se lit relativement vite, même si l’enthousiasme des débuts s’est considérablement émoussé. Les personnages restent pour leur part assez stéréotypés : la reine possessive et manipulatrice, le maître espion sibyllin et mystérieux, les seconds couteaux fidèles jusqu’à la mort à leur commandant… Pourtant, là encore, la plume de Pevel parvient à nous faire passer outre ces reproches et à nous rendre la plupart des personnages, principaux ou secondaires, attachants, ce que n’en rend leur perte que plus tragique. Là où je serais vraiment plus critique, c’est en ce qui concerne la représentation des « méchants » de l’histoire, et surtout des personnages féminins. Les premiers sont caricaturaux au possible (fanatiques, cruels, pervers, mesquins, lâches) sans qu’aucune nuance ne soit apportée ni aucune explication concernant leurs motivations esquissée. Les secondes sont pour leur part toujours traitées de la même manière, l’auteur abusant du stéréotype de la « guerrière bad-ass » qui oblige les hommes à la considérer comme une égale malgré leur misogynie initiale. Dans les faits, toutefois, le rôle de la plupart d’entre elles se résume soit à se faire tuer ou violer (et ainsi susciter une envie de vengeance chez le protagoniste), soit à se faire sauver par le protagoniste après s’être courageusement (mais naïvement) mise en danger. A noter que ce reproche ne concerne pas uniquement le quatrième tome, même si le phénomène m’a semblé encore plus exacerbé ici.

Lecture en demi-teinte, donc, pour ce quatrième tome de la série « Haut-Royaume » qui, après un départ sur les chapeaux de roues, se perd dans des sous-intrigues et de longues digressions. Bien que moins captivant, le récit reste malgré tout assez rythmé, les rebondissements s’enchaînant avec la même fréquence, même si leurs conséquences concerne moins le royaume que la santé mentale du protagoniste. Espérons que le cinquième volume sera plutôt du même acabit que les premiers tomes…

Voir aussi : Tome 1 ; Tome 2 ; Tome 3

Autres critiques : Célindanaé et Lhotseshar (Au pays des cave trolls)

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