La Guerre des trois rois

15 juillet 2020 2 Par Boudicca
La Guerre des trois rois

Titre : La guerre des trois rois
Auteur : Jean-Laurent del Socorro
Illustrateur : Marc Simonetti
Éditeur : ActuSF (ActuSF Graphic)
Date de publication : 2020 (mai)

Synopsis : Royaume de France, XVIe siècle. Les guerres de Religion font rage entre le roi Henri III de France, le duc de Guise et Henri de Navarre le protestant. Le roi de France se réfugie dans Paris, protégé par la Compagnie du chariot, une bande de lansquenets avec à leur tête Axelle, leur nouvelle capitaine. Le roi décide en dernier recours de faire appel au pouvoir alchimique de l’Artbon pour maintenir son pouvoir. Mais peut-on user impunément de la magie de la Pierre d’équilibre ?

 

-Les rumeurs étaient donc fondées. Le duc de Guise ne s’est pas contenté de prendre Paris. Il a également placé Rouen sous son influence.
-Si vous craignez une forfanterie, Sire, il est encore temps de rebrousser chemin.
-Et laisser croire à la Ligue que j’ai peur d’elle ? Je ne lui ferai pas ce plaisir.

Une plongée au temps des guerres de religion

Parmi l’avalanche d’annonces et de parutions provoquée par le déconfinement, il faut noter l’apparition d’une toute nouvelle collection lancée par ActuSF et baptisée « Graphic ». Une collection qui compte d’ores et déjà deux ouvrages, puisque sont sorties simultanément une novella inédite signée Jean-Laurent del Socorro et illustrée par Marc Simonetti, et une autre d’Alan Moore (« L’hypothèse du lézard ») illustrée par Cindy Canévet (il s’agit cependant ici d’une réédition). L’objet livre, format intermédiaire, est très soigné, notamment au niveau du graphisme, avec une magnifique couverture et des illustrations intérieures en noir et blanc ou en couleur absolument magnifiques. Le texte est, lui aussi, très réussi. On y retrouve des têtes connues puisque l’histoire se déroule dans le même univers que celui de « Royaume de vent et de colères », premier roman de l’auteur, et met en scène la compagnie du chariot, un groupe de mercenaires mené par leur farouche capitaine, Axelle. L’action se passe toutefois avant les événements marseillais évoqués dans le roman, puisque nous sommes ici en 1588, en plein milieu de la huitième guerre de religion, également surnommée la « guerre des trois Henri ». Elle oppose plusieurs tendances au sein du royaume (chacune menée par un Henri, donc) et met en lumière les tensions qui persistent entre les catholiques et les protestants en France. Le roi Henri III n’ayant pas d’héritier, il apparaît de plus en plus clairement que la couronne devrait échoir à son plus proche parent, son cousin Henri de Navarre. Le problème, c’est que le futur Henri IV est protestant et, pour cela, beaucoup refusent de le voir monter sur le trône. Afin de s’opposer à l’arrivée au pouvoir du « parti huguenot », un certain nombre de nobles hostiles aux protestants ont fondé la Ligue catholique, à la tête duquel on trouve le charismatique duc de Guise, Henri, également connu sous le nom de « Balafré ». C’est dans ce contexte pour le moins explosif que nos mercenaires vont être engagés par le roi pour garantir sa sécurité et empêcher coûte que coûte le duc de Guise de parvenir à ses fins. Quitte à employer des méthodes très contestables.

L’habile mélange du texte et de l’image

Tout comme dans ses précédentes œuvres, qu’il s’agisse de « Royaume de vent et de colères » consacré également aux guerres de religion (mais cette fois à Marseille), de « Boudicca » narrant le parcours de la reine celte éponyme, ou de « Je suis fille de rage » relatant les détails de la guerre de sécession américaine, Jean-Laurent del Socorro a ici pris grand soin d’abondamment se documenter sur la période historique mise en scène. En dépit de sa brièveté, le récit nous permet ainsi de revivre les nombreux grands événements qui secouèrent la France de l’époque, qu’il s’agisse de la journée des barricades, de la signature de l’édit d’Union ou de la réunion des États Généraux à Blois. Si le déroulement des événements est rigoureusement respecté, l’auteur ne se prive cependant pas de procéder à quelques retouches historiques, œuvre de fiction oblige. Parmi elles, on peut notamment mentionner la présence d’une étrange forme de magie, déjà évoquée dans le premier roman de l’auteur, et qui occupe ici une place importante dans l’intrigue. Autre entorse à l’histoire, l’auteur accorde une place prépondérante aux femmes qui, comme dans tous ses précédents ouvrages, occupent les mêmes fonctions et possèdent le même statut que les hommes. Les fameux Quarante-Cinq, gardes d’élite assurant la protection d’Henri III, sont ainsi des femmes, qui participent donc au combat au même titre que leurs homologues masculins. De même, dans la compagnie du chariot, deux des figures les plus mises en avant ici sont des femmes : la capitaine Axelle et la toute nouvelle chirurgienne au passé mystérieux. Parmi les autres personnages, on retrouve évidemment Henri III et Henri de Guise, mais aussi quelques mercenaires de la compagnie comme N’a-qu’un-oeil, homme de confiance de la capitaine, ou encore Tremble-voix, l’attachant dessinateur qui multiplie les portraits et les ébauches au fil des pérégrinations de la bande. Ces dessins, ils sont signés Marc Simonetti, artiste renommé dans le milieu des littératures de l’imaginaire puisqu’on lui doit quantité de couvertures ainsi que des illustrations d’oeuvres majeures du genre comme « Game of thrones ». Le résultat est magnifique, qu’il s’agisse des visages simplement crayonnés (on trouve notamment un magnifique portrait du roi Henri III), ou des illustrations colorées mettant en scène un personnage ou une scène majeure de l’intrigue.

Avec « La guerre des trois rois », les éditions ActuSF inaugurent en fanfare leur toute nouvelle collection Graphic mêlant texte et illustrations. On retrouve avec plaisir l’univers et la plume de Jean-Laurent del Socorro qui, comme toujours, soigne sa reconstitution historique et prend garde à accorder aux personnages féminins une place équivalente à celle de leurs homologues masculins, quitte à faire de petites infidélités à l’histoire. L’association du texte et des splendides dessins de Marc Simonetti permet de renforcer l’immersion du lecteur qui passe ici un très bon moment.

Autres critiques : Célindanaé (Au pays des cave trolls) ; Dionysos (Le Bibliocosme) ; Lune (Un Papillon dans la Lune) ; Ombrebones (Chroniques de l’Imaginaire)

Critique réalisée dans le cadre du challenge S4 F3

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