Olangar – Une Cité en flammes

13 juillet 2020 4 Par Dionysos
Olangar - Une Cité en flammes

Titre : Une Cité en flammes
Cycle/Série : Cycle d’Olangar
Auteur : Clément Bouhélier
Éditeur : Critic (Fantasy) [site officiel]
Date de publication : juin 2020

Synopsis : La menace d’une nouvelle guerre gronde aux portes d’Olangar. Furieux de la pollution qui touche leur fleuve sacré, les elfes sont sur le pied de guerre. La Chancellerie charge deux nains, Kalin et Nockis, de trouver les preuves qui permettraient de maintenir la paix. Pendant ce temps, dans l’arrière-pays, d’insaisissables incendiaires frappent au hasard, ne laissant dans leur sillage que des cadavres brûlés. Quand la province d’Enguerrand est frappée à son tour, la jeune suzeraine Evyna n’a d’autre choix que de revenir à la capitale pour mener l’enquête et arrêter les tueurs. Elle ignore que, très loin de là, son ancien compagnon d’armes, l’elfe Torgend, a décidé de quitter son exil forcé sur le continent des orcs et de regagner lui aussi le royaume.

Coup de coeur

On ne se sentait jamais autant à Olangar que lorsqu’on se trouvait dans ses boyaux.

Deux ans après Bans et barricades, Clément Bouhélier nous emmène à nouveau en Olangar avec Une Cité en flammes, dans ce royaume où son éditeur Critic nous promet de la fantasy entre J.R.R. Tolkien et Karl Marx !

Par tous les démons, la politique qui se joue dans les quartiers coupe-gorge d’Olangar… Voilà que ça recommence.

Le retour des problèmes

Dans le royaume industriel d’Olangar, le prologue d’Une Cité en flammes sonne comme une veillée d’armes ; l’auteur fait le point sur la situation qui a évolué depuis cinq ans en nous rappelant les fondamentaux (les ouvriers nains, dont les syndicalistes composent la Confrérie, tiennent les activités portuaires d’Olangar ; le chancelier actuel, mis au pouvoir par une alliance bancale, se veut régionaliste mais négocient avec les duchés voisins de nouveaux avantages pour la bourgeoisie en place, les nobles du Sud tiennent leurs prés carrés, les elfes qui se tenaient tranquille s’éveillent doucement devant l’ingérence des humains et les orcs se sont fait oublier) et en nous dévoilant les nouveaux enjeux politiques du royaume d’Olangar : la destruction de l’environnement pourrait détruire les anciennes alliances entre elfes et humains, le terrorisme fait son apparition par le biais d’attentats non revendiqués et de nouvelles contrées attisent des velléités colonialistes. De nombreux personnages de Bans et barricades avaient encore des intrigues endiablées à vivre. Ainsi, Torgend, l’elfe exilé, poursuit une piste étrange qui voit des orcs s’enrôler comme mercenaires pour retourner en Olangar. De plus, les syndicalistes nains sont tiraillés entre la défense directe de leurs intérêts et le soutien qu’ils sont censés apporter au chancelier du moment, or celui-ci a une grave affaire à régler dans les confins de Frontenac, la région industrielle aux portes des terres elfes. Enfin, Evyna a repris le territoire patrimonial et dirige d’une main maternaliste la province d’Enguerrand, la plus importante des provinces du Sud ; toutefois, elle doit jongler entre les négociations au Parlement et la gestion d’attaques d’illuminés contre ses sujets.

Croisement d’intrigues

Comme dans Bans et barricades, l’intrigue d’Une Cité en flammes est multiple. Il y a, à mon sens, trois arcs principaux, à nouveau autour des trois piliers de l’univers : les nains, les elfes, les humains. Tout le sel revient à déceler ce qu’elles ont en commun… Il faut par exemple attendre la page 212 pour que deux enquêtes commencent à se croiser, par un mot détourné mais qui fait faire « tilt ». Le lecteur ne peut alors que guetter le confluence avec la troisième. Au bout du compte, on peut parfois se dire que tout cela est cousu de fil blanc, mais pour autant, le suspense tient vraiment bon et le final surprend. La toute fin promet un autre voyage en perspective pour résister à l’oppression, en espérant que les faits ne reprendront pas juste après les derniers mots d’Une Cité en flammes, car le saut de cinq ans entre Bans et barricades et Une Cité en flammes a permis de très bonnes choses tout au long du roman (évolution des personnages, ressentiment entre eux parfois, affadissement de certaines relations, déplacement des tensions à l’échelle du royaume, etc.). En tout cas, nous sommes bien moins dans une ambiance « populaire » ; comme ces trois narrations ne se passent ni dans les rues d’Olangar, ni dans les usines de Frontenac, ni dans les grandes plaines où pourraient arriver de vastes batailles, il y a beaucoup moins matière à déceler des situations de rapports de force entre classes. Pour autant, maintenant le cadre mis en place avec Bans et barricades, l’auteur affine les habitudes de ses lecteurs.

Le royaume ne savait pas gérer ses pauvres. Ou plutôt les ministres de D’Alverny et tous les autres avant eux ne savaient qu’attendre ce miracle économique qui devait les sauver. Un mirage. Pour survivre, il fallait faire grossir la caste des bourgeois. L’engraisser. Lui donner suffisamment pour qu’elle craigne de perdre. Et parfois, il fallait saisir l’un de ses membres pour le placer à un poste symbolique. Mais surtout, il fallait contenir la misère. Ne pas la laisser s’afficher au grand jour. Faire en sorte qu’on la méprise et non qu’on la prenne en pitié. Faire en sorte que la piétaille ouvrière tourne sa vindicte vers les petits exploitants et les autres travailleurs plutôt que vers les grands possédants.

Montée en puissance

Dans Une Cité en flammes, on retrouve, il est vrai, de nombreux personnages et des intrigues proches de ce que Bans et barricades nous a fait découvrir, mais le lecteur ayant pratiqué les deux dans l’ordre peut ressentir une certaine montée en gamme, une montée en puissance avec celui-ci. La première véritable scène fait largement écho à la première d’Olangar – Bans et barricades : un elfe se tient en embuscade pour déjouer une scène qui peut sembler anodine ; le décor est posé : on est prêt à repartir au combat ! Et de l’action, il y en a… Torgend et les syndicalistes nains sont bien de la partie, ainsi que quelques antagonistes déjà rencontrés, tous sont remontés de voir le fragile statuquo du moment être ébranlé par des pollutions intempestives, des attentats sans revendication et des remous géopolitiques. De son côté, Evyna d’Enguerrand, la noble des régions du Sud, passe du statut de personnage « qui découvre les inégalités sociales » à celui de personnage « qui se lasse de ne pas avoir de remerciements du peuple qu’elle pense tant aider » ; toutefois, son évolution est bien meilleure, plus « active » dans ce roman. Tous les nouveaux personnages sont particulièrement bien campés, notamment l’elfe Eirukkus et le mercenaire Keiv, dont les histoires sont très fouillées. D’ailleurs, du côté du style, les descriptions sont désormais toutes utiles. La galerie de personnages augmente légèrement et le passage de l’un à l’autre est très fluide. L’auteur incorpore des enjeux politiques plus forts (moins à base de mouvements sociaux, certes) tout en multipliant l’extension culturelle de son univers (quelques aspects religieux, la place des femmes dans certaines contrées, la place intéressante des transports, et toujours le racisme vis-à-vis d’autres personnes humanoïdes), en se faisant parfois bien plaisir dans des petits chapitres uniquement consacrés à la description de tel aspect de la société orque ou de tel autre de la religion d’Olangar.
Olangar 3 tomes

Une Cité en flammes nous emmène à nouveau et avec beaucoup de plaisir dans l’univers d’Olangar ; que vous découvriez ou non l’auteur ou cet univers par ce roman, le voyage vaut largement son pesant de mildur !

Olangar 3 tomes (2)

Voir aussi :
Bans et barricades, tome 1 ; Bans et barricades, tome 2

Autres critiques :
Célindanaé (Au pays des Cave Trolls)
Fantasy à la carte
Fred K (Un K à part)

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