Wyld, tome 1 : La mort ou la gloire

22 mai 2020 5 Par Boudicca
Wyld, tome 1

Titre : La mort ou la gloire
Cycle/Série : Wyld, tome 1
Auteur : Nicholas Eames
Éditeur : Bragelonne
Date de publication : 2019

Synopsis : Clay Cooper et son groupe étaient jadis les meilleurs des meilleurs, la bande de mercenaires la plus crainte et la plus renommée de ce côté-ci du Cœur du Wytd – de véritables stars adulées de leurs fans. Mais ils sont loin, leurs jours de gloire : les redoutables guerriers se sont perdus de vue. ils ont vielli, grossi et abusé de la bouteille – pas forcément dans cet ordre, d’ailleurs. Quand, un beau jour, un de ses anciens compagnons se présente à la porte de Clay et le supplie de l’aider à sauver sa fille, prisonnière d’une cité assiégée par une horde de monstres sanguinaires. Une mission qu’il serait inconscient d’accepter… Le temps est venu de reformer le groupe et de repartir en tournée.

 

Ouais, je me souviens. On avait vingt ans de moins. On n’avait pas mal au dos le matin et on ne se levait pas cinq fois par nuit pour aller pisser. Le temps a fait ce qu’il fait de mieux: il nous a ratatinés. Il nous a brisés. On a vieilli, Gabriel.

Fantasy, humour et rock

Vous aimez la fantasy un peu bourrine et décalée ? Alors ce premier tome de « Wyld » signé Nicholas Eames est fait pour vous ! Le roman met en scène un certain Clay Cooper, un colosse menant une petite vie bien tranquille mais qui appartenait autrefois à l’une des meilleures bandes de mercenaires au monde : Saga. Pendant des années, celui que l’on surnommait alors Main Lente n’a cessé d’arpenter, en compagnie de ses quatre compagnons, le Wyld, une immense forêt peuplée de monstres et de créatures toutes plus étranges et redoutables les unes que les autres. Son passé de guerrier est aujourd’hui loin derrière lui, ou du moins était-ce le cas avant que Gabriel, l’ancien leader du groupe, ne vienne frapper à sa porte : sa fille, Rose, a elle même embrassée une carrière de mercenaire, et est depuis peu prisonnière d’un des derniers bastions humains du Wyld, assiégé par la plus grosse armée de monstres jamais réunie. Or son père est bien décidé à venir la chercher, et pour cela, il a décidé de reformer Saga. Reste à convaincre les autres membres du groupe de participer à ce qui s’apparente à une mission suicide, ce qui n’est pas franchement gagné : l’un mène une brillante carrière dans la vente de remèdes aux troubles érectiles, l’autre est enfermé dans une des prisons les plus sécurisées du monde, et le dernier est carrément devenu roi. Et quand bien même tous les membres du groupe signeraient pour une nouvelle tournée, que peuvent espérer réaliser cinq vieux guerriers en surpoids, alcooliques et souffrants de douleurs lombaires ? A première vue, on a affaire à de la fantasy ultra traditionnelle : l’intrigue principale se résume à une quête impossible à mener et à une succession de combats plus spectaculaires les uns que les autres, le roman grouille de gros monstres et l’univers relève du médiéval-fantastique tout ce qu’il y a de plus classique. En gros, un a affaire à un mélange de la série « The Witcher » d’Andrzej Sapkowski et des romans de David Gemmell. Deux choses viennent toutefois contrebalancer cette apparente banalité : l’humour et le rock (si, si !).

Un enthousiasme communicatif

Pourquoi le rock ? Parce que l’auteur a eu l’idée un peu barrée mais carrément géniale de calquer toute la « mythologie » des groupes de rock sur le mercenariat et la chasse aux monstres. Les guerriers se réunissent donc en « rockbande », sont chapeautés par un manager responsable de leur carrière et entreprennent des tournées pour se faire connaître. Des festivals rassemblent les meilleurs groupes, tous adulés par des foules hystériques : l’occasion de boire en bonne compagnie tout en partageant les exploits des stars les plus célèbres. Voilà une idée qui donne un ton sacrément décalé au roman et qui permet à l’auteur de jouer efficacement sur le registre de l’humour. Et il ne s’en prive pas ! Bon, c’est parfois un peu lourdingue, mais dans l’ensemble il faut avouer qu’on se marre bien à suivre les aventures de cette bande de héros décatis. Cet humour, il est avant tout décelable dans les dialogues : les héros échangent des (bonnes) vannes à longueur de trajet et le personnage principal fait preuve d’un sens de l’autodérision et d’une lucidité qui viennent renforcer le comique des situations. Certains aspects de l’univers dépeint viennent également renforcer le caractère humoristique du récit. C’est le cas notamment du bestiaire qui réunit une quantité absolument astronomique de créatures issues de tous les horizons (chimère, gorgone, centaure, géant, troll, dragon, vouivre… honnêtement je ne vois pas quelles sont celles que l’auteur pourrait avoir oublié), et une poignée inventée pour l’occasion (lutins de poubelle, singétincels, ou encore ours-hiboux). On dirait presque que l’auteur a pris tout ce qu’il trouvait fun dans la fantasy… avant de décider de réunir tout cela dans un seul et même roman, sans faire aucun tri. Cela donne parfois un côté brouillon au récit mais c’est aussi ce qui fait son charme tant l’enthousiasme de l’auteur est communicatif. N’allez cependant pas croire qu’on a affaire ici à un roman purement burlesque à la Pratchett, car Nicholas Eames sait aussi introduire de la gravité dans son propos. L’objet même de la quête entreprise est assez tragique, et d’autres aspects de l’univers soulèvent des problématiques intéressantes (par exemple le sort réservé à ces « monstres » que les mercenaires zigouillent à tour de bras). Le regard nostalgique posé par le héros sur ce monde qu’il a du mal à reconnaître après tant d’années permet de rajouter une touche de profondeur et permet de questionner les nouvelles « modes » (notamment celle des combats en arène contre des monstres élevés en cage) et de s’interroger sur les paradoxes ou les limites de la « civilisation ».

Des personnages attachants

Et l’émotion, alors ? A première vue il semble difficile de jouer sur la corde sensible lorsque les personnages enchaînent les situations plus rocambolesques les unes que les autres et qu’aucun véritable doute n’est entretenu sur leur survie. Pourtant, de l’émotion, il y en a. Comment s’y prend l’auteur ? En faisant de ce roman un peu bourrin, peuplé de personnages violents et inconséquents, une ode à la paternité. Avant d’être des guerriers redoutables et redoutés, Clay et Gabe sont aussi et surtout des pères de famille complètement béats d’amour et d’admiration devant leur petite fille. Cela pourrait paraître un peu niais (et, soyons honnête, on frôle parfois la mièvrerie lors de certaines scènes), mais la plupart du temps cela n’en rend les personnages que plus attachants et l’histoire plus touchante. Ces derniers possèdent d’ailleurs des personnalités très hétéroclites : Clay est un doux géant posé et peu loquace, Gabriel un leader charismatique (ou du moins qui l’était autrefois) hanté par le sort de sa fille, Ganelon une brute taiseuse mais redoutablement efficace, Matrick un vrai boute en train, tandis que Moog joue le rôle du magicien farfelu. Tous sont présentés sous un jour sympathique, même si certains parviennent plus rapidement à gagner le coeur du lecteur. Clay, évidemment, est le plus attachant puisque c’est de son point de vue que l’aventure est racontée et qu’il est difficile de ne pas être touché par sa volonté de mener une vie tranquille et de retrouver sa femme et sa fille. L’excentricité de Moog, le sorcier, a également tout pour plaire, tandis que, dans le cas de Ganelon, c’est l’aura de mystère l’entourant qui titille l’intérêt du lecteur. L’auteur nous livre également une belle galerie de personnages secondaires plus ou moins récurrents. J’avoue malgré tout avoir été un poil déçue par la place des femmes dans le roman. Elles sont certes au cœur de la vie et des motivations des deux principaux héros, mais celles qui sont mises en scène ont des rôles qui restent tout à fait conformes aux trois grands stéréotypes habituels : 1 : l’épouse gentille et pleine d’abnégation, 2 : la beauté castratrice et odieuse, 3 : la guerrière bad-ass. De ce côté là, l’auteur pouvait incontestablement faire mieux, mais je ne désespère pas de le voir se rattraper dans le prochain tome qui met justement en scène une femme.

Foisonnant, drôle, insolite… : les adjectifs pour qualifier ce premier tome de « Wyld » ne manquent pas tant le concept inventé par Nicholas Eames se révèle surprenant. Le mélanger humour / fantasy classique / groupes de rock fonctionne cela dit à merveille et permet aux lecteurs de passer un très bon moment en compagnie de personnages excentriques et touchants. Un roman « fun » qui donne la pêche !

Wyld, tome 2 : Rose de sang

Voir aussi : Tome 2

Autres critiques : Apophis (Le culte d’Apophis) ; Célindanaé (Au pays des cave trolls) ; C’est pour ma culture ; L’ours inculte ; Xapur (Les lectures de Xapur)

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