Les Poudremages, tome 1 : La promesse du sang

25 avril 2019 6 Par Boudicca

Titre : La promesse du sang
Cycle : Les Poudremages, tome 1
Auteur : Brian McClellan
Éditeur : Panini (Éclipse)
Date de publication : 2013

Synopsis : Au lendemain de son coup d’état, le marshal Tamas a rétabli le calme dans son nouveau royaume. Il a fait exécuter les aristocrates corrompus et a nourri le peuple affamé. Mais sa prise de pouvoir a déclenché une guerre avec les Neuf Nations. Assiégé de l’extérieur, menacé par des royalistes fanatiques et par ses anciens alliés, Tamas devra faire appel aux derniers mages de la poudre et reprendre les armes pour préserver la paix. Mais alors que les menaces se font plus pressantes, le peuple murmure des prophéties de mort, de destruction et de dieux s’éveillant pour marcher parmi les hommes…

Manigances politiques et menaces occultes

« La promesse du sang » est le premier tome des Poudremages, une trilogie signée Brian McClellan dont seul le premier tome a à ce jour été traduit en français (une habitude pour le label Éclipse qui a édité entre 2013 et 2014 une multitude de début de séries prometteuses… sans jamais nous livrer la suite). Ajoutez à cela le fait que le roman est quasiment introuvable aujourd’hui (et n’est pas près d’être réédité), et vous comprendrez pourquoi j’avais jusqu’à présent différé ma lecture, et ce en dépit des chroniques fort élogieuses qu’on peut trouver un peu partout sur la blogosphère. C’est grâce à la gentillesse d’un dieu égyptien renommé que j’ai finalement pu me plonger dans les aventures des « Poudremages », et le moins qu’on puisse dire c’est que je ne regrette pas le voyage ! L’auteur nous plonge dès les premières pages dans le feu de l’action : l’histoire s’ouvre sur le palais royal, alors que celui-ci vient tout juste d’être pris d’assaut par les troupes du maréchal Tamas qui vient de conduire avec succès un coup d’état aussi spectaculaire qu’inattendu. Le roi est déposé et envoyé à la guillotine, de même que la quasi totalité de ce que le royaume comptait d’aristocrates de haut rang. Ce qui a mis le feu au poudre et précipité la chute du monarque ? L’annonce de la signature éminente d’un traité de paix entérinant l’alliance du royaume d’Adro avec le puissant empire des Kezs (dont il deviendra en réalité le vassal, dans les faits si ce n’est en titre). Une soumission que le maréchal ne peut accepter, tant d’un point de vue patriotique que personnel (sa femme avait trouvé la mort sous la main des Kezs plusieurs années auparavant). Si le coup d’état en lui-même est une réussite, la suite est un peu plus brouillonne. Tamas doit en effet gérer les nombreux différents opposant les membres de la petite cabale qui l’a aidé à préparer ce coup de force, chacun ayant évidemment son propre agenda. Il doit aussi prendre garde à maintenir le peuple de son côté : la majorité de la population de la capitale était certes hostile au traité préparé en sous-main par le roi, mais elle pourrait tout aussi bien se retourner contre les conjurés. Et puis il y a tous les paramètres que le maréchal n’avait pas pu prendre en compte : la fuite d’une magicienne sur-puissante et les dégâts provoqués dans son sillage, les désordres internes à sa propre famille, sans compter cette étrange prophétie annonçant le retour imminent d’une divinité ancienne.

Découvrez la « fantasy à mousquets »

La situation est donc complexe, et les multiples ramifications que comporte l’intrigue permet à l’auteur de maintenir constamment en éveil l’intérêt du lecteur. Le rythme reste donc assez soutenu du début à la fin, avec seulement de rares temps-morts qui sont finalement bienvenus dans la mesure où ils nous permettent de reprendre un peu notre souffle entre deux scènes d’action. Celles-ci sont d’ailleurs assez spectaculaires en raison des capacités hors normes dont sont dotés la plupart des personnages. Le système de « magie » utilisé par l’auteur distingue différents types de « pouvoirs », chacun avec leur propre fonctionnement, leurs propres failles. Les « Poudremages » sont évidemment les plus représentés et tirent leur puissance de la poudre qui leur permet de donner une précision encore plus précise (et donc létale) à leur armement. Le fonctionnement du pouvoir des Privilégiés est un peu moins explicité : on comprend qu’ils tirent leur force d’une source qui leur permet d’avoir accès à des grosses masses d’énergie qu’ils sont libres ensuite d’utiliser. Et puis il y a les Doués, ces hommes et femmes qui ne sont pas assez puissants pour rentrer dans ces deux catégories mais qui bénéficient toutefois d’aptitudes particulières plus ou moins puissantes (ne pas dormir, pouvoir détecter les pouvoirs des autres…). Sans être pour le moment particulièrement sophistiqué ou d’une folle originalité, ce système est utilisé de manière convaincante par l’auteur qui nous livre plusieurs scènes de combats ou de courses poursuite d’anthologie, forcément impressionnantes étant donné la puissance employée par ses acteurs. L’originalité du roman tient cela dit surtout à son cadre et à la période historique dont il s’inspire, à savoir le XVIIIe siècle, et plus spécifiquement la période révolutionnaire. On est loin du traditionnel médiéval-fantastique puisque cette trilogie s’inscrit dans un courant qualifié de « flintlock fantasy », comprenez « fantasy à mousquets » (pour une définition plus détaillée je vous conseille d’aller faire un tour sur cet article détaillé d’Apophis dans lequel vous trouverez également quelques judicieux conseils de lecture). On a donc affaire à un cadre qui, s’il n’est pas si fréquent que cela en fantasy, n’en manquera pas moins d’évoquer un certain nombre d’images et de souvenirs propres à notre histoire : un contexte insurrectionnel, une déliquescence du pouvoir royal, une centralisation du pouvoir dans la capitale, la menace de l’intervention d’une puissance extérieure…

Un aspect politique qui aurait mérité d’être plus marqué

Ne vous attendez pas toutefois à un copier-coller des conditions de la Révolution française : le coup d’état fomenté ici n’a en effet rien de populaire et concerne uniquement une petite élite du royaume qui prend le pouvoir sur une autre. Les considérations d’ordre politique sont d’ailleurs souvent évacuées au profit des événements surnaturels qui se multiplient et qui trahissent l’intervention de puissances occultes. L’enquête menée par l’inspecteur Adamat nous permet heureusement de nous familiariser plus en profondeur avec les intrigues du royaume, que cela concerne les bas-fonds, les querelles de cours ou les différents religieux. Il s’agit d’ailleurs des passages du roman que j’ai trouvé les plus immersifs et les plus intéressants, la chasse à l’homme menée par Taniel et les problèmes de gestion de Tamas m’ayant un peu moins captivé. Le plus grand reproche que je formulerais concernant ce premier tome tient ainsi à l’importance à mon sens démesurée accordée au retour de cette fameuse divinité ancestrale qui menace de détruire le royaume. C’est un peu comme si l’auteur avait eu peur que le lecteur s’ennuie s’il s’était contenté de raconter le destin de ce royaume sans y ajouter un super-méchant surpuissant, alors que franchement, entre le coup d’état et ses conséquences, les manigances au sein de l’élite et la menace d’une puissance extérieure, il y avait déjà amplement de quoi faire ! L’autre bémol vient du personnage de Tamas, le fameux maréchal responsable du coup d’état, au charme duquel je n’ai pas du tout été sensible. J’ai notamment été particulièrement agacée par sa manie de justifier ses actions au nom d’un supposé « retour du pouvoir au peuple », alors même que toutes les décisions capitales sont prises par lui seul ou par la toute petite élite qui gravite autour de lui. Tant qu’à faire, j’aurais préféré qu’il soit carrément cynique et revendique que le peuple n’a rien à voir dans ses motivations plutôt qu’il se pare d’une fausse vertu et d’un statut totalement usurpé de « défenseur des opprimés ». Les autres personnages sont en revanche plus nuancés et plus touchants, à commencer par Taniel, son fils, dont la vulnérabilité affective le rend immédiatement attachant, ainsi qu’Adamat, l’enquêteur vieillissant qui adore mettre son nez dans les affaires louches, quitte à se retrouver dans les ennuis jusqu’au cou.

Brian McClellan signe avec ce premier tome des « Poudremages » un roman qui pose les bases d’une trilogie à fort potentiel. Celle-ci dispose en effet de solides atouts pour embarquer le lecteur, qu’il s’agisse d’une intrigue bien construite (même si peut-être un peu trop foisonnante), de personnages marquants, et surtout d’un contexte post-révolutionnaire rarement exploité. Tout cela rend d’autant plus agaçant le fait que la suite n’ait jamais fait l’objet d’une traduction : voilà une bonne motivation pour se mettre à la VO ! [Encore merci à Apophis sans qui je n’aurais sans doute pas fait cette découverte.]

Autres critiques : Apophis (Le culte d’Apophis) ; Blackwolf (Blog-O-livre) ; Jean-Philippe Brun (L’ours inculte) ; Lutin82 (Albédo)

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