Les Nuages de Magellan

30 janvier 2019 4 Par Dionysos
Les nuages de Magellan

Titre : Les Nuages de Magellan
Auteur : Estelle Faye
Éditeur : Scrinéo (Space Opera) [site officiel]
Date de publication : 4 octobre 2018

Synopsis : 45e siècle. L’Humanité s’est étendue à toute la Voie Lactée. La nouvelle frontière, ce sont les Nuages de Magellan, mais les expéditions pour y aller se font rares. Vingt siècles plus tôt, l’humanité a maîtrisé l’énergie sombre, une ressource quasi illimitée, mettant ainsi fin aux guerres pour les énergies fossiles. Ont suivi plus de mille ans de liberté, d’exploration, d’avancées… Puis, insidieusement, de nouveaux jeux de pouvoir et d’influence se sont mis en place, conduisant à la multiplication des hors-la-loi et des pirates. Un mythe court dans la galaxie, selon lequel des pirates auraient créé sur une planète une république idéale, hors du pouvoir des Compagnies. Dans l’un des derniers postes frontières avant les Nuages, Dan, une jeune serveuse idéaliste, chante de la country dans un bar pseudo texan tout en rêvant de grandes métropoles stellaires. Elle est fascinée par Mary, une cliente taciturne dont on dit qu’elle aurait fait partie de l’expédition d’annexion de la planète légendaire.

Il faudra se battre, personne n’a dit que ce serait facile, no que nous verrons la victoire de notre vivant… Mais si nous ne pouvons pas être le remède, alors nous serons la fièvre, et nous brûlerons si fort que la galaxie ne pourra plus nous ignorer.

Estelle Faye poursuit ses écrits et signe cette fois un space opera chez Scrinéo, Les Nuages de Magellan.

Space Opera Adventure

Dans la lignée de cette collection de science-fiction initiée et dirigée par Stéphanie Nicot, Estelle Faye mise sur un space opera de pure aventure. Dans son format, par son contenu et selon son approche, ce roman rentre tout à fait en compatibilité avec ce que semble vouloir faire Stéphanie Nicot de cette collection : retrouver l’esprit (et parfois les défauts) d’une collection précédente, « Fleuve Noir Anticipation ». En effet, on retrouve des romans plutôt calibrés, le voyage dans l’espace comme principal argument et un public populaire, potentiellement primo-lecteur de science-fiction, comme cible. Évidemment, il y a toujours le risque de retrouver les mêmes tics inhérents à cette ancienne collection : des romans un brin formaté dans un moule préconçu, mais au moins ils répondent à une attente. Personnellement, j’aime beaucoup le space opera, donc ce n’est pas très dérangeant, mais je n’irai pas jusqu’à dire comme d’autres qu’il y a trop peu de space opera, et de science-fiction en général, dans les publications, car là les chiffres disent l’inverse.

Une quête de sens et de liberté

Dan est une jeune serveuse dans un bar paumé de la galaxie. Alors qu’une révolte est réprimée dans le sang et retransmise par les réseaux, elle improvise une chanson en soutien aux victimes et qui fait bien plaisir aux clients sympathisants. Devant l’arrivée de représentants des autorités qui traquent tous les agitateurs prêtant assistance aux insurgés, Dan doit s’enfuir et, pour cela, elle rejoint clandestinement le vaisseau de Mary Reed, aventurière rencontrée tout récemment et qui lui semble une figure de liberté. Liberté, c’est là le mot qui est souvent sous-entendu par l’autrice comme fondamental dans cette histoire. Pourtant, c’est un mot finalement bien moyen face au pouvoir capitaliste des compagnies marchandes interstellaires qui dominent cet espace d’échanges. Sous couvert d’apporter un confort marchand, elles cloisonnent, enferment leurs administrés. Cet aspect aurait pu (dû ?) être poussé plus loin par l’intrigue, cela aurait donné de belles choses. Malgré cela, nous suivons la découverte d’une partie de la galaxie par cette jeune Dan au péril de sa vie.

Yo Ho, Yo Ho et une bouteille de rhum !

Depuis pas mal de temps, Estelle Faye semblait avoir envie d’écrire sur les mers et les océans (cf. Les Seigneurs de Bohen), mais aussi de s’inspirer des aventures pirates, au besoin en les intégrant dans un tout autre genre que le roman historique habituel. Ainsi, dans ce space opera d’aventure, l’autrice convoque toutes les références pirates qu’elle peut : Mary Reed est l’aventurière mise sur la route de la protagoniste, le mythe de New Providence (ici dénommée Carabe, ce qui nous renvoie à nos chers Caraïbes) constitue l’horizon de cette aventure, etc. Ce fort lien avec les utopies pirates du début du XVIIIe siècle irrigue l’esprit du roman, où il semble que le lecteur ait embarqué pour découvrir le concept de nouvelle frontière spatiale ; l’autrice essaie, au fond, de nous emmener vers un « Far Space ». Le schéma est relativement classique pour du space opera ou des scènes de piraterie : fuite involontaire, lieu hostile et isolé, scène de taverne, cercle de jeux glauque, sauvetage in extremis, etc. Toutefois, il est surtout possible de se retrouver avec une énorme frustration en ayant terminé ce livre : le début est très rapide pour se lancer tout de suite dans l’exploration de cet univers, mais on oublie jusqu’au bout la très belle première scène qui aurait mérité un meilleur sort par la suite.
Estelle Faye qui écrit un space opera et qui écrit à propos des utopies pirates, c’est toujours intéressant. Malgré cela, le format et la restriction globale du scénario pourront en gêner plus d’un.

Autres critiques :
Boudicca (Le Bibliocosme)
Célindanaé (Au pays des cave trolls)
Dup (Book en Stock)
Kin (Plumes de Lune)
Lorhkan (Lorhkan et les mauvais genres)
Mylène (Les Lectures de Mylène)

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