Couve 24 vues

Titre : 24 vues du mont Fuji, par Hokusai
Auteur : Roger Zelazny
Éditeur : Le Bélial’ (Une Heure-Lumière) [site officiel]
Date de publication : 31 août 2017 (1985 en VO)

Synopsis : Son époux est mort. Ou disons qu’en tout cas, il n’est plus en vie… Pour Mari, le temps du deuil est venu. Un double deuil… Armée d’un livre, Les Vues du mont Fuji, par Hokusai, elle se met dans les traces du célèbre peintre japonais afin de retrouver vingt-quatre des emplacements depuis lesquels l’artiste a représenté le volcan emblématique — autant de tableaux reproduits dans l’ouvrage. Un pèlerinage immersif, contemplatif, au cœur des ressorts symboliques de cette culture si particulière, un retour sur soi et son passé. Car il lui faut comprendre… et se préparer. Comprendre comment tout cela est arrivé. Se préparer à l’ultime confrontation. Car si son époux n’est plus en vie, il n’en est pourtant pas moins présent… Là. Quelque part. Dans un ailleurs digital. Omnipotent. Infrangible. Divin, pour ainsi dire…

Bibliocosme Note 3.5

Kit est en vie alors qu’il est enterré près d’ici ; et je suis morte, même si je regarde les traînées de nuages rosâtres du crépuscules au-dessus de la montagne lointaine, avec un arbre qui se détache comme il convient au premier plan.

Un récit de science-fiction qui mêle référence picturale et voyage au Japon, ce n’est pas banal et c’est ce que proposait Roger Zelazny en 1985 avec 24 vues du mont Fuji, par Hokusai, que les éditions Le Bélial’ éditent dans leur collection Une Heure-Lumire car c’est une novella et qu’elle a reçu, excusez du peu, le prix Hugo 1986.


Mari est en deuil, veuve de son mari Kit, qui semble être parti sous d’autres cieux. Après un certain temps, elle entreprend une sorte de pèlerinage sur les pentes du mont Fuji au Japon, notamment pour retrouver certaines vues qui l’ont marqué. Ici, la référence est évidente, puisque tout à fait assumée et même présente dans le titre. Hokusai est un peintre japonais du début du XIXe siècle (surnommé d’ailleurs le « Vieux Fou du dessin »). Ses œuvres les plus connues, qui influencèrent de nombreux artistes européens dans leur tendance japoniste, sont La Grande Vague de Kanagawa et Trente-six vues du mont Fuji. C’est de cette dernière série d’estampes que part Roger Zelazny pour raconter le pèlerinage de Mari.

Le récit de 24 vues du mont Fuji est étonnamment poétique. En effet, le lecteur peut s’attendre à un peu s’ennuyer quand on sait que chaque mini-chapitre place sa petite référence à l’estampe de Hokusai que l’auteur veut utiliser et que l’essentiel de l’intrigue repose au départ sur l’introspection de l’héroïne. Pour autant, on se plaît à voir ces esquisses de paysage s’enchaîner et c’est par petites touches qu’on croise un peu de science-fiction au fil des pages, sous forme d’allusions cyberpunk à base d’intelligence numérique. Bien sûr, il n’y aurait pas d’intrigue sans ces incursions de possibilités numériques ; toutefois, c’est sûrement le voyage qui est le plus intéressant : l’héroïne poursuit sa marche de plus en plus en butte à l’anxiété et à la paranoïa quand elle dévoile au lecteur la raison de sa présence en ces lieux et l’enjeu mortel qui fonde l’intrigue. La mort est clairement au détour du chemin, mais sous quelle forme ?

24 vues du mont Fuji, par Hokusai est une novella un brin particulière en proposant un fond (la vie et la mort numériques) et une forme (voyage pictural et montagnard) qu’on aurait pas forcément associés. Le mélange est intéressant et est porté par un style prenant.

Autres critiques : Nébal (Welcome to Nebalia) ; Samuel Ziterman (Lecture 42) ; Yossarian (Sous les galets, la page) ; YoZone