Ivar Timewalker

Titre : Ivar Timewalker
Scénariste : Fred Van Lente
Dessinateurs : Clayton Henry, Francis Portela, Pepe Perez
Aides sur quelques planches spécifiques : Robert Gill, Bit, Francis Portela, Brian Reber, Andrew Dalhouse
Éditeur : Bliss Comics [site officiel]
Date de publication : 9 mars 2017 (2015 en VO chez Valiant Comics)

Synopsis : En ce moment même, à Genève, l’Histoire est en train de s’écrire. À cent mètres de profondeur, dans le Grand Collisionneur de Hadrons, au CERN, la physicienne Neela Sethi est sur le point de découvrir le voyage dans le temps… Et mettre sa vie en danger par la même occasion. Elle ne le sait pas encore, mais dans dix minutes, des chrononautes bons à rien et de prétendus conquérants de l’espace-temps viendront frapper à sa porte pour la mettre hors d’état de nuire. Heureusement, le légendaire Ivar, le marcheur temporel, arrive à temps pour la sauver… et lui faire entrevoir son destin. Ensemble, ils vont parcourir le temps dans une course contre la montre pour sauver passé, présent et futur de la menace ultime d’Oubli-1…
Découvrez Ivar, le troisième frère Anni-Padda apparu dans les pages d’Archer & Armstrong, dans ce récit complet qui vous fera changer d’idée sur les voyages temporels. Le scénariste Fred Van Lente (Archer & Armstrong, Hulk Season One) reprend du service aux côtés de Clayton Henry (Harbinger, Incredible Hercules), Francis Portela (Faith, Black Panther) et Pere Pérez (Batgirl, Unity). L’univers Valiant a trouvé son Doctor Who avec cette série multi-nominée aux Harvey Awards !

Bibliocosme Note 3.5

Sais-tu pourquoi les empires s’écroulent ?
Parce qu’ils finissent par ne plus croire à leurs mensonges.

Un des avantages du catalogue Valiant Comics est d’allier des récits de super-héros à des récits « de genre », notamment de science-fiction. Ainsi, cet « Ivar, Timewalker » que nous propose Bliss Comics en VF est un récit s’inscrivant dans le vaste univers de Valiant, mais tout à fait autonome (comme d’habitude, d’ailleurs, chez cet éditeur) et surtout qui propose une histoire totalement science-fictive où la donnée super-héroïque est mise de côté.


Dans l’univers Valiant, une mythologie particulière prend le pas sur l’ensemble des autres récits super-héroïques, c’est l’histoire des frères Anni-Padda. Gilad, Aram et Ivar, princes mésopotamiens, obtiennent chacun une habilité particulière à l’issue d’une cérémonie religieuse qui tourne au carnage. Gilad devient le Guerrier éternel , Aram devient immortel et traverse les âges sans vieillir ; Ivar, enfin, devient le « Timewalker », le Marcheur éternel ou le Voyageur temporel (à vous de choisir). Or, au début de cette aventure, Ivar, le « Marcheur éternel », aborde Neela Sethi, scientifique au Cern en 2015 sur le point d’inventer, stricto sensu, le voyage temporel… Les ennuis commencent, pour lui certes, mais aussi et surtout pour elle. Le fait que ce soit une mini-série en 12 épisodes est bien agréable et cela montre (comme toujours chez Valiant) l’intérêt de suivre cet événement en particulier, événement qui peut faire chuter notre réalité dans le néant, disons la plus grande aventure que le personnage pourrait nous offrir.

Le récit servi par un dessin très dynamique cherche surtout à parler de déconstruction de l’histoire. Au fond, qu’est-ce qu’une histoire sur l’Histoire ? comment montrer une histoire sur le temps qui passe, puis le temps qui est passé et enfin le temps qui se passera ? Fred Van Lente a fait le choix de construire trois parties (Marquer l’histoire, Défaire l’histoire, Achever l’histoire) pour répondre à cette problématique. D’ailleurs, les titres en VO (Making History, Breaking History, Ending History) sont sûrement plus parlants encore. Au gré des sauts dans le temps effectués par le duo de protagonistes, ensemble ou séparés, l’Histoire se délite puis se reforme et cela mène parfois à des bizarreries chronologiques qu’il faut bien pouvoir transcrire graphiquement ; c’est ainsi l’occasion de voir la collaboration plutôt efficace entre quantité d’artistes différents (certains viennent soutenir leurs collègues pour très peu de planches, mais cela aide sûrement à rendre les épisodes à temps aussi…).

Au cours des deux premières parties, le voyage temporel se tient parfaitement selon un principe de réalité unique. Les possibles paradoxes habituels sont explorés et exploités, c’est classique pour les aficionados mais maîtrisé jusqu’au bout. La troisième partie, en revanche, change un peu la donne et cela peut gêner, car ce parti-pris de voyage temporel vole en éclats quand des réalités alternatives s’offrent à nous et que les possibilités se multiplient jusqu’à l’infini, en jouant sur l’idée d’univers quantiques. Pour autant, à la fin de celle-ci, les possibles incohérences posées ça et là sont, en grande partie, levées. Finalement, les auteurs placent des contradictions, des paradoxes à tous les coins de pages, le but étant de courir après, tout au long du périple d’Ivar, et le lecteur ne fait que courir après également en espérant pouvoir recoller tous les morceaux à la toute fin. Heureusement, à part de très menus détails, le tout se tient plutôt efficacement. C’est bien l’essentiel dans une histoire de voyage dans le temps.

En conclusion, ce comics est avant tout un récit de voyage temporel s’amusant des codes du genre. Certes, nous suivons un super-héros particulier qui se révèle ne pas être tant que ça le héros, mais qui est largement compensé par cette « acolyte qui n’en est finalement pas une » et qui se révèle la meilleure personnage.

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