Jacques Cartier : A la poursuite d’Hochelaga

Jacques Cartier : A la poursuite d’Hochelaga

12 avril 2018 2 Par Boudicca

Titre : Jacques Cartier : A la poursuite d’Hochelaga
Scénaristes : Christian Clot et Denis-Pierre Filippi
Dessinateur : Patrick Boutin-Gagné
Éditeur : Glénat
Date de publication : 2017 (septembre)

Synopsis : En 1535, Jacques Cartier arrive pour la deuxième fois dans le golfe du Saint-Laurent. S’il veut conquérir ces nouveaux territoires pour le compte du roi de France, il sait que cela devra se faire avec le concours des tribus indiennes locales. C’est pourquoi il renforce ses relations avec le chef Donacona qu’il avait déjà rencontré lors de sa première expédition et qui le suivra plus tard en France. En fréquentant les Iroquois, Cartier découvre qu’en plus d’une nature florissante, ces terres abritent un peuple sédentaire et bien plus évolué qu’il ne l’imaginait…Jacques Cartier est le premier explorateur européen à avoir noué un véritable dialogue avec les Indiens du Canada et à avoir consigné en détail leurs coutumes. Ce nouvel album de la collection de la collection Explora décrit ses deux dernières expéditions qui, malgré une conclusion houleuse, ont posé les bases du colonialisme français dans le Nouveau Monde, fondé sur l’échange et le partage avec les ethnies locales.

Bibliocosme Note 3.0

Jamais Jacques Cartier ne remit les pieds sur ces terres accueillantes où il manqua de peu bâtir un royaume.

La découverte du Canada

Après Magellan, Burton, Fawcett ou encore Marco Polo, voilà qu’un nouvel explorateur vient rejoindre les rangs de la collection Explora dirigée par Christian Clot. Tous ceux qui sont déjà un jour passés par Saint-Malo connaissent forcément le nom du « découvreur du Canada » qui possède aujourd’hui un musée à son nom ainsi que sa statue en bonne place sur les remparts de la cité corsaire. Les informations concernant ce Jacques Cartier restent pourtant à ce jour très lacunaires. Si sa date de naissance fait désormais peu de doute (autour de 1491), on ne sait rien de sa carrière de marin avant son départ pour le Nouveau-monde, et il n’existe à ce jour aucune représentation du personnage de son vivant. S’il est loin d’avoir été le premier Européen à avoir mis les pieds au Canada (les Vikings y avaient déjà fait un tour, de même que les baleiniers, attirés par l’abondance des bancs de poissons), l’homme n’en est pas moins resté dans les mémoires comme le découvreur du Canada. C’est lui qui va en effet être commandité par François Ier pour réaliser trois expéditions sur place entre 1534 et 1542 : la première pour effectuer des repérages et recueillir des informations sur les territoires inconnus qui s’étendent au-delà du Saint-Laurent ; la seconde pour consolider les relations avec les Indiens et explorer l’intérieur des terres dépeint par leurs alliés Iroquoiens ; la troisième et dernière afin d’implanter une colonie à long terme (ambition dont il sera toutefois dépossédé par un gentilhomme proche du roi de France qui prendra le commandement à sa place). C’est sur ces deux dernières tentatives que s’attarde ici Denis-Pierre Filippi qui retrace en détail les différentes étapes des expéditions et accorde une importance toute particulière à l’évolution des rapports entre les Français et les populations autochtones.

Jacques Cartier : humaniste ou homme d’affaire retors ?

Jacques Cartier comprend en effet très vite que la coopération avec les Indiens est une condition essentielle de la réussite de son entreprise, aussi soignera-t-il tout au long de son périple ses relations avec les tribus qui croiseront son chemin. L’attitude du conquérant est loin d’être anodine et se distingue très nettement de celle de ses contemporains qui ne se gênent habituellement pas pour soumettre les peuplades rencontrées par la force. C’est cette bienveillance témoignée par Cartier à l’égard des Indiens qui a contribué à faire du personnage l’une des figures de proue de l’humanisme balbutiant de ce XVIème siècle qui verra justement se multiplier les exactions contre les peuples autochtones. Si le personnage parait donc au premier abord sympathique, Filippi ne commet toutefois pas l’erreur de nous proposer un portrait complètement idéalisé de l’explorateur qui possède tout de même quelques zones d’ombre. Cartier n’hésitera pas, par exemple, à s’emparer par la ruse d’un chef iroquoien allié pour le ramener en France afin d’encourager le roi à financer sa prochaine expédition. En dépit des rapports cordiaux qu’il entretient avec les locaux, l’explorateur ne perdra ainsi jamais de vue son objectif premier, à savoir mettre la main sur les richesses de ces territoires, et n’hésitera d’ailleurs pas à mettre ses alliances en péril pour atteindre la cité d’Hochelaga. Un mot, pour finir, concernant les graphismes de Patrick Boutin-Gagné qui peuvent paraître au premier abord un peu déstabilisants sans pour autant être dénués de charme. Les visages des personnages sont notamment assez singuliers, presque enfantins dans leur représentation, tandis que les aperçus des paysages canadiens et de la faune locale sont plus travaillés et plus esthétiques.

Avec cet album consacré à Jacques Cartier, Filippi et Boutin lèvent le voile sur un moment déterminant de l’histoire de la France comme du Canada tout en mettant l’accent sur l’attitude humaniste de l’explorateur à l’égard des autochtones. Comme toujours, un dossier extrêmement complet clôture l’ouvrage et permet aux lecteurs d’approfondir ses connaissances sur le sujet et de faire la part entre la fiction et les faits historiques. Intelligent et divertissant.

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