La saga de Grimr

13 février 2018 6 Par Casper

Titre : La saga de Grimr
Auteur : Jérémie Moreau
Éditeur : Delcourt
Date de publication : 13 septembre 2017

Synopsis : 1783. L’Islande, accablée par la misère, doit encore subir le joug du Danemark. Et le sort de Grimr, devenu orphelin, est plus cruel encore dans ce pays où l’homme se définit d’abord par son lignage. Doté d’une force impressionnante, il se sait capable de rivaliser avec les plus fameux héros de saga même s’il n’est le fils de personne. Il ne lui manque que l’opportunité de prouver sa valeur…

Bibliocosme Note 4.0

-Vous avez devant vous les Gunnar et Njall de notre siècle !
– Haha ! Alors le hasard m’aurait conduit au deux plus grands héros de notre temps…
– Pourquoi riez-vous ? Et pourquoi pas ?
– Oui pourquoi pas… Mais un héros de saga se distingue par des actes. Peux-tu me dire quelles grandes choses tu as réalisées ?
– Haha ! Il est peut-être encore un peu tôt dans sa vie pour en parler !
Mais croyez-moi, ce garçon soulèvera des montagnes !

 

Tout juste auréolé du Fauve d’or du festival d’Angoulême 2018, La saga de Grimr m’avait longtemps fait de l’œil avec ses couleurs douces. Exerçant mes pouvoirs de devin en lisant quelques pages de l’ouvrage de Jérémie Moreau sur le stand Delcourt, j’ai fini par acquérir l’album et le faire dédicacer pas son auteur quelques heures avant la proclamation du palmarès. Décollons donc vers les terres insulaires de l’Eyjafjöll.


La saga de Grimr se déroule au XVIIIè siècle, mais l’Islande est une île demeurée comme en dehors du temps, placée sous la coupe du Danemark qui en pille les ressources. Sur cette terre insulaire, le lignage est tout. Quand le petit Grimr voit sa famille disparaître dans une énième éruption volcanique, il perd avec elle tout avenir et de devient Grimr Enginsson, le « fils de personne », nom dont l’affuble le voleur Vigmar. Ce nouveau tuteur lui explique que la vie ne connaît que deux bornes et qu’il revient à chacun de décider de ce qu’il peut accomplir entre ces deux limites. Grimr ne veut pas vivre et encore moins mourir dans l’ignorance. Avec sa force peu commune, il veut rester dans les mémoires à travers sa propre légende, sa saga.

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   La saga de Grimr est l’histoire d’une vie, celle d’un orphelin devenu grand et que la vie a décidé de ne pas épargner. L’album est découpé en six chapitres bien rythmés, reprenant tous une tranche de vie de Grimr et les événements qui ont marqué la vie du personnage, laissant donc au lecteur le plaisir de découvrir sa saga. Il y a dans cet album deux véritables personnages principaux. Grimr lui-même, personnage d’abord faible puis à la force herculéenne, qui se démène pour vivre et se faire un nom sur le bon chemin, mais que la vie a décidé de ne pas épargner. Pour vivre et être reconnu de tous, Grimr se bat chaque jour. Et puis il y a l’Islande, ce personnage froid, dur, rude, qui ne laisse aucun répit à ses habitants, les harcelant de tremblements de terre et d’éruptions volcaniques. Indéniablement, la Saga de Grimr est une histoire touchante et il est difficile de ne pas s’attacher au personnage de ce jeune garçon souvent en proie aux émotions les plus fortes, tantôt par amour, tantôt parce qu’il est vu comme un monstre et rejeté par les autres. D’autres personnages sont bien sûr rencontrés au gré des pages, tous ont le point commun d’être de froids Islandais, indomptable et durs. Grimr en ressort plus humain et plus touchant encore.

Ayant pu discuter avec l’auteur quelques minutes tandis qu’il faisait courir son pinceau sur la dernière page de mon album, celui-ci me confiait que c’était un livre (j’ai eu l’excellente idée d’oublier de lui demander lequel) puis un voyage en Islande qui avait fait naître l’idée de cet album. Au premier abord, on peut ne pas accrocher au style de La saga de Grimr avec ses couleurs froides et pâles et ses personnages aux visages si particuliers. Pourtant, l’Islande de Jérémie Moreau est superbe, ces teintes de gris, bleu, vert, marron, illustrent à merveille la rudesse et la brutalité de l’environnement, son hostilité, presque, vis à vis des personnages. Seul l’effet de volume est peut-être parfois à peine assez perceptible. Les personnages quant à eux sont à mon avis très réussis, également peints à l’aquarelle et agrémentés de quelques traits pour en dessiner les visages anguleux et durs, à l’image de l’île. Cela n’empêche pourtant pas que les émotions soient très bien retranscrites, notamment quand Grimr est triste. Le découpage est enfin très réussi, surtout avec des cadrages judicieux, qu’il s’agisse d’être au plus près des personnages ou d’illustrer les paysages islandais.

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La saga de Grimr pourrait se résumer ainsi : un récit initiatique touchant, un personnage touchant dans une ambiance nordique insulaire à couper le souffle.

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