Titre : Nuées noires, voile blanc
Cycle/Série : Azimut, tome 4
Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Jean-Baptiste Andreae
Éditeur : Glénat Vents d’Ouest
Date de publication : 10 janvier 2018

Synopsis : C’est comme un éternel recommencement : de nouvelles fiançailles sont organisées pour Manie Ganza ! La belle est promise à devenir cette fois-ci la cent troisième épouse du seigneur du désert, le grand mamamouchi Baba Musiir. Mais ce dernier, si puissant soit-il, sera-t-il capable de résister à la jalousie maladive de l’Arracheur du temps ? Sans parler du poète Eugène, capable de tout par amour, ou de la reine d’Éther, prête à réveiller des puissances enfouies (et pour de bonnes raisons) pour se venger de la beauté de sa fille. Et pendant que Manie déchaîne les passions, le temps, lui, continue de filer…

Bibliocosme Note 5.0

– Je suppose qu’il est inutile d’implorer votre clémence pour mes compagnons ?
– Inutile et même un peu insultant, chère enfant. A quoi bon passer des siècles à se forger une réputation de monstre froid et sanguinaire, si c’est pour qu’on vienne nous parler de compassion à la moindre occasion. Soyons un peu réalistes.

   Véritable pilier des files d’attentes qui permettent d’accéder à monsieur Andreae en festival, j’avoue avoir attendu fébrilement la sortie de ce quatrième opus d’Azimut. Fort heureusement, ce ne sera pas le dernier, il est bien noté « à suivre », tout en bas de la dernière planche ! Je suis sauvé. Il aura tout de même fallu patienter pile deux ans avant que Lupano et Andreae daignent nous livrer cet album. Sans doute conquis d’avance, je ne peux faire guère mieux que de vous encourager à vous lancer dans Azimut si ce n’est déjà fait. C’est un sacrément beau voyage !


Les personnages que nous avons rencontrés depuis le premier album se sont depuis longtemps déjà dispersés. Le lapin Polo est resté en compagnie de la femme des sables dont il est tombé éperdument amoureux. La somptueuse Manie Ganza est quant à elle tombé dans les griffes du seigneur du désert qui entend bien la faire entrer dans son harem en faisant de la belle sa 103è épouse. Rien que ça. Mais la concurrence est rude de longue date, et nombreux sont les hommes et entités plus mystérieuses qui continuent de vouloir s’attirer les faveurs l’ensorcelante jeune femme.

Déjà très efficace dans les trois précédents albums, Wilfrid Lupano fait encore merveille dans Nuées noires, voile blanc, un album à l’atmosphère des Mille et une nuits. Non content de dialogues toujours aussi parfaitement ciselés (quel petit plaisir que de découvrir ne serait-ce que l’antidattier et ses fruits, que c’est bien vu !) et souvent drôles entre les personnages, plus encore qu’auparavant, le scénariste distille ça et là quelques vrais beaux moments d’émotion, touchants. Ce n’est pas la première fois, mais ces petites répliques approfondissent encore les relations entre les personnages, les rendant plus attachants encore. Azimut n’est pas pour autant tire-larme, loin de là. Cet album est aussi marqué par des péripéties qui ne laissent rien présager de bon pour la suite des aventures de nos héros. C’est d’ailleurs un véritable plaisir de retrouver toute cette myriade de personnages auxquels on est attaché, qu’ils soient au premier plan ou pour certains plus en retrait, à l’image des saugres. On en apprend à peine plus à leur sujet en ouverture d’album. Un univers qui réserve encore donc bien des mystères. Un ultime album est prévu pour conclure Azimut, mais tant de choses semblent à découvrir encore et tant de questions restent encore sans réponse… Un second cycle ne serait pas de refus !

Il est des séries qui enchantent à chaque nouvel album, un peu comme la terminée De capes et de crocs, c’est le cas d’Azimut. Quel travail fantastique encore que celui fournit par Andreae. Pour l »avoir vu plusieurs fois en dédicaces, le voir dessiner avec autant de minutie que de précision est un bonheur. Nuées noires, voile blanc ne déroge pas à à cette règle et est sublime de bout en bout, pour peu que l’on adhère évidemment au style des personnages, dont certains ont des traits particuliers. Les personnages féminins sont toujours aussi enchanteurs, les saugres, ces petits être étranges, presque des marionnettes, sont renversants malgré une certaine simplicité comparée aux autres personnages. Quant aux environnements, largement orientaux dans cet album hormis sur les dernières planches, ils sont baignés d’une lumière crépusculaire ou aurorale sublime, avec des pages dominées par les teintes de bleu et de jaune. Chaque case est toute en nuances, avec des arrière-plans parfois comme brouillés par la chaleur du désert. Les scènes d’actions sont aussi joliment dépeintes à renforts d’angles de vue judicieusement choisis et de mouvements parfaitement retranscrits. Et comme toujours dans le monde d’Azimut, le dessinateur fait aussi preuve d’une originalité renouvelée en peuplant cet album de petites trouvailles visuelles à l’image de ce mignon petit oiseau-caméra de surveillance. Génial.

Quel début d’année ! Peut-être que je sélectionne trop mes lectures… Mais certaines séries nous appellent sans qu’on puisse passer à côté. Nuées noires, voile blanc est une petite pépite d’écriture et de dessin. Il n’est jamais trop tard pour se lancer dans Azimut !

Voir aussi : Tome 1, Tome 2, Tome 3