Cris Gaudé

Titre : Cris
Auteur : Laurent Gaudé
Éditeur : Actes Sud (Babel) (puis Le Livre de Poche)
Date de publication : 2001

Synopsis : Ils se nomment Marius, Boris, Ripoll, Rénier, Barboni ou M’Bossolo. Dans les tranchées où ils se terrent, dans les boyaux d’où ils s’élancent selon le flux et le reflux des assauts, ils partagent l’insoutenable fraternité de la guerre de 1914. Loin devant eux, un gazé agonise. Plus loin encore, retentit l’horrible cri de ce soldat fou qu’ils imaginent perdu entre les deux lignes du front,  » l’homme-cochon « . A l’arrière, Jules, le permissionnaire, s’éloigne vers la vie normale, mais les voix de ses compagnons d’armes le poursuivent avec acharnement. Elles s’élèvent comme un chant, comme un mémorial de douleur et de tragique solidarité.

Note 4.0

Je me demande bien quel visage a le monstre qui est là-haut qui se fait appeler Dieu, et combien de doigts il a à chaque main pour pouvoir compter autant de morts.

C’est un Cris, c’est un chant… c’est aussi le désert et le vent ! Ah non, pardon. Lapsus. Car ici, nous n’avons pas droit à de belles Musulmanes, mais à des Poilus tous aussi sales et fous les uns que les autres…

Sur la lancée de La Mort du roi Tsongor et sur les conseils avisés d’un babélionaute de talent qui se reconnaîtra, je suis parti à l’assaut de ces Cris. Dès le début de ce tout premier roman de Laurent Gaudé, nous sommes happés dans un univers tourmenté, grâce à de petites phrases chics et chocs qui désorientent le lecteur et qui l’empêchent de lâcher ce bref ouvrage. En effet, si j’ose le dire, si c’est un cri, si c’est un chant, alors c’est aussi la guerre et le sang !

Les tranchées comme on se les imagine, mais en pire, et surtout avec un brouhaha de tous les instants : obus qui éclatent, hurlements à la mort des blessés de l’attaque précédente et encouragements guerriers lors de chaque avancée de l’infanterie. Mais il n’y a pas que ça, car des invectives sont inlassablement poussées depuis le cœur du champ de bataille et résonnent à l’esprit de ces Poilus bien tourmentés ; bientôt, ces voix résonnent aussi dans leur tête, même une fois éloignés du champ de bataille. À travers cette cacophonie impalpable derrière ces pages que nous lisons, Laurent Gaudé réussit malgré tout à nous faire vibrer, tantôt au rythme des secousses des obus, tantôt au rythme des soubresauts des mutilés aux portes de la mort, tantôt même aussi au rythme des mouvements compulsifs et saccadés de nos esprits, tantôt enfin à celui de ces guerriers qui n’en étaient pas avant d’aller à la guerre, mais le restèrent après en être revenu, jusqu’à leur dernier cri.

C’est donc avec un plaisir non retenu que j’ai retrouvé en ces Cris l’épopée individuelle, magnifiée un an plus tard dans La Mort du roi Tsongor, que j’apprécie d’autant plus après une telle lecture. Laurent Gaudé montre là tout son talent de conteur dans un chant qui honore ceux qui sont morts au champ d’honneur.

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