La Porte des Enfers

10 janvier 2014 0 Par Dionysos

La Porte des Enfers

Titre : La Porte des Enfers
Auteur : Laurent Gaudé
Éditeur : Actes Sud (Domaine français)
Date de publication : 15 août 2008 (réédités plusieurs fois en poche)

Synopsis : 2002, dans un restaurant de Naples, Filippo Scalfaro accomplit sa vengeance : il poignarde au ventre un client puis, le couteau sur la gorge, il le force à l’accompagner dehors, le fait monter dans une voiture, prend la direction du cimetière. Parvenu là, il le traîne jusqu’à une tombe et lui en fait déchiffrer l’inscription. Puis il lui tranche les doigts des mains et le laisse là, saignant et gémissant.
1980, dans les rues encombrées de Naples, Matteo tire par la main son fils et se hâte vers l’école. A un carrefour, soudain éclate une fusillade. Matteo s’est jeté à terre, couchant contre lui son petit garçon. Quand il se relève, il est baigné du sang de l’enfant, atteint par une balle perdue.

Note 3.5

Je te maudis, Matteo. Comme les autres. Car tu ne vaux pas mieux. Le monde est lâche qui laisse les enfants mourir et les pères trembler. Je te maudis parce que tu n’as pas tiré. Qu’est-ce qui t’a fait hésiter ? Un bruit inattendu ? La silhouette d’un passant au loin ? Le regard suppliant de Cullaccio ? Tu as dû réfléchir alors qu’il fallait te faire sourd à tout ce qui t’entourait. Les balles ne pensent pas, Matteo. Tu avais accepté d’être ma balle. Je te maudis car durant toutes ces années tu t’es tenu à mes côtés avec discrétion et constance – mais tu n’as rien pu empêcher, ni rien réparé. A quoi sers-tu, Matteo ? Je comptais sur ta force. Le jour de l’enterrement, tu me tenais serrée pour que je ne flanche pas. Tu as toujours pensé qu’il y avait une sorte de gloire à traverser les moments de douleur avec stoïcisme et retenue. Moi pas, Matteo. Cela m’était égal. Le plus juste aurait été que je me jette sur le cercueil et que j’en arrache les planches avec mes doigts. Le plus juste aurait été que mes jambes se dérobent et que je me vide de toute l’eau de mon corps en pleurant, en crachant, en reniflant comme une bête. Tu m’as empêchée de faire cela parce qu’il y a là quelque chose que tu ne peux pas comprendre et qui te semble inconvenant. Seule la mort de Pippo est inconvenante.
Je te maudis, Matteo, car tu n’es capable de rien.

Ouvrez La Porte des Enfers à la suite de Matteo ! Comme dans Le Soleil des Scorta, Laurent Gaudé nous fait visiter la région de Naples tout en mettant en scène la violence et le drame familial.

L’entrée est plutôt difficile dans cette aventure alternant entre 1980 et 2002. On ne saisit pas franchement l’intérêt de nous dévoiler ce que deviennent certains personnages avant même de savoir qu’il y a eu un décès capital bien des années avant. Pourtant, à force de se faire balader dans les rues de Naples, de suivre des personnages bien campés et attachants, nous finissons par les accompagner avec la volonté de les soutenir dans leurs déboires. La mise en scène de la mémoire au fond des Enfers est vraiment bien trouvée, l’ambiance mafieuse est toujours aussi présente dès que l’auteur aborde Naples et ses confins, et enfin même si les ellipses ne sont pas toujours bien choisies, elles ont le mérite de laisser en attente ce qu’il faut de suspens.

Bref, les adeptes du Laurent Gaudé que nous connaissons ne seront pas déçus. J’ai même fini par bader sur l’envoûtante réplique « Il me reste encore tant de choses à accomplir », que j’ai l’impression de retrouver à chacun de ses romans. Car, c’est bien vrai, cet auteur met en scène des personnages en marche, luttant envers et contre tout face à leur inexorable destin. Les réflexions sur la mort et le deuil sont monnaie courante chez cet auteur, déjà depuis La Mort du roi Tsongor, mais y a-t-il plus parlante comme situation que celle d’un père voulait faire revivre le fils qui est mort sous ses yeux ?

Poussez La Porte des Enfers, car ce qu’on y trouve derrière est aussi poignant que mortifère !

Autres critiques : Audrey (Les Lectures d’Audrey)

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