Satyres

Faites l’amour, pas la guerre, dit-on ! Alors, après avoir abordé le « bon goût » et avant de s’attaquer à la possibilité de « dominer le monde » grâce aux littératures de l’imaginaire, intéressons le temps d’une chronique à nos rapports à la nudité et à la sexualité dans les œuvres de fiction.

Ah là là, en voilà un sujet sensible, surtout dans nos sociétés surmédiatisées et sursexualisées où ce que beaucoup appellent le « porno chic » (voire plus très chic maintenant) fait des ravages ! L’idée de cette chronique m’est venue en lisant, et en critiquant, le ô combien « fameux » Cinquante nuances de Grey. En effet, quand je vois tous ces fans de la trilogie nous dire que c’est tellement super parce que c’est enfin une femme qui écrit de la littérature érotique, que c’est du sadomasochisme assumé, que c’est romantique à souhait, je dis : au secours ! Non seulement aucune sensibilité féminine n’est présente, mais en plus le sadomasochisme n’est transcrit que sous la forme d’une mièvrerie sans nom. Il paraîtrait même, grand bien leur fasse certes, que cela a permis à certains couples de réveiller leur vie sexuelle en multipliant les accidents domestiques embarrassants. Loin de moi l’idée de diaboliser la littérature érotique, bien au contraire, non le problème est de la voir valoriser sous les pires aspects.

Allez donc faire un tour du côté du Kushiel de Jacqueline Carrey, mes pauvres amis ! L’érotisme y est largement présent puisque nous suivons une courtisane formée aux joies de la prostitution de luxe pour le dieu le plus SM de tous : l’héroïne ne peut ainsi prendre du plaisir que dans la douleur ! Et pourtant, ça marche : c’est non seulement bien écrit, mais en plus aucune scène n’est gratuite et nous prenons part à une vaste intrigue de cour dans une uchronie européenne. Là, au moins, on assume le sujet puisque ça va même très loin, on suit de vrais personnages avec des sentiments et des personnalités crédibles et surtout on aborde une fantasy trop peu mise en valeur ces derniers temps.

À l’inverse de tout cela, quelle n’est pas mon incompréhension de lire partout que le Trône de fer (Game of Thrones) regorge de trop de scènes de nus et que cette fantasy est un appel à la pornographie ! Or, chacune de ces scènes est parfaitement justifiée et cohérente au sein de l’intrigue : c’est la vie concrète de tous les jours qui est parfois mise en valeur dans tout ce que cela comporte (aussi) de crade et de glauque. Ce n’est pas non plus la série télévisée Spartacus ! Je trouve vraiment aberrant l’énorme paradoxe qui existe entre le puritanisme recherché (assumé donc) qui voudrait restreindre la médiatisation d’une des activités qui caractérisent le plus notre situation humaine (la sexualité) et la volonté non assumée de vouloir quand même profiter des bienfaits que Dame Nature nous a offerts.

Pour les fans de culture antique d’ailleurs, je pourrais ajouter qu’en un mot ou en deux, quand « satyre », ça tire, et Pan !… mais ce serait peut-être viser un peu bas et une redite sur la Tartine de la semaine dernière.

Bref, pas de problème pour aborder la nudité, voire la sexualité, dans les œuvres littéraires, mais tout dépend ce qu’on y met derrière : si c’est pour accentuer les discriminations et les stéréotypes bornés, non ! Certains en ont profité pour nous enseigner l’égalité des sexes en détournant quantité de publicités. Du très bon !

 

—————————————————————————
La Tartine, une volée de mots émiettée au dépourvu, un billet à croquer le dimanche matin entre le petit déj’ et l’apéro. Car dans le monde des livres, il y a toujours de quoi se rincer l’œil pour nourrir sa culture.