Si on retrouve toujours plus ou moins les mêmes auteurs aux Utopiales, il était cette année un invité bien particulier que je n’aurais manqué sous aucun prétexte : Guy Gavriel Kay. Figure incontournable de la fantasy historique, on doit à l’auteur quantité de romans faisant chaque fois la part belle a une époque et une civilisation différente : « Tigane » rappelle ainsi l’Italie de la Renaissance, « Les lions d’Al-Rassan » l’Espagne de la Reconquista, « La mosaïque de Sarrance », l’Empire romain d’Orient sous Justinien, tandis que, plus récemment, « Les chevaux célestes » et « Le fleuve céleste » rendent hommage à deux grandes dynasties chinoises, celle des Tang et celle des Song. Ne pouvant malheureusement pas assister à la conférence lui étant spécialement dédiée samedi dernier (horaires de train oblige…), j’ai tenté de me rattraper les jours précédents en assistant à toutes les conférences auxquelles l’auteur était invité. Voici, brièvement, de quoi il était question dans chacune d’elles.

Dans « L’auteur et son ombre », Guy Gavriel Kay était invité au côté de son traducteur français, Mikael Cabon. Celui-ci a commencé par nous expliquer que chaque traducteur avait sa propre technique : contacter l’auteur lorsqu’il rencontre une difficulté, ou se débrouiller tout seul et partir du principe que tous les éléments de compréhension nécessaires sont de toute façon forcément dans le texte. Il a lui-même opté pour la seconde, si bien qu’il s’agit là de leur première rencontre à tous les deux. Le sujet avait en tout cas l’air de passionner l’auteur qui s’est lui-même mis à poser des questions aussi bien à son traducteur qu’au modérateur (Jean-Daniel Brèque, traducteur lui aussi). Il être bien conscient qu’il existait des difficultés de traduction spécifiques à chaque langue, et il eut d’ailleurs l’occasion de s’en rendre compte lorsque des traducteurs d’autres pays l’ont contacté pour des choses qui posaient problème dans leur langue alors que la question ne s’était pas du tout posé dans d’autres (en français, la question du tutoiement est par exemple assez délicate).

Le fleuve celeste

Dans le cas des ouvrages de Guy Gavriel Kay, la traduction prend du temps car elle nécessite beaucoup de recherches, chaque tome prenant place à une époque différente et ayant été écris avec des inspirations et des styles très variés. Pour « Le fleuve céleste » et « Les chevaux célestes », la poésie chinoise a notamment eu énormément d’importance pour l’auteur, et ce n’est pas ce qui est le plus aisé à traduire. Kay explique alors avoir souvent entendu dans des conseils destinés aux appentis auteurs, qu’il fallait écrire sur ce qu’ils connaissaient. Pour sa part, il préfère écrire sur ce qu’il aimerait connaître et c’est justement ce qu’il aime le plus dans son métier : apprendre sans arrêt de nouvelles choses et tenter de les transmettre aux lecteurs.

L’un des spectateurs a ensuite posé une question à Kay concernant l’un de ses romans, « La chanson d’Arbonne », qui se déroule dans le sud de la France. L’auteur a expliqué à cette occasion être tombé amoureux d’Aix-en-Provence il y a 25 ans et y avoir puisé l’inspiration pour trois de ses livres. Il raconte d’ailleurs, qu’alors qu’il était sur place pour effectuer des recherches sur les Cathares, il a été invité à un concert dans lequel une chanteuse interprétait des chansons de troubadour. Il en était au tout début de sa phase d’écriture et c’est à ce moment là qu’a germé dans son esprit l’idée de placer les troubadours au cœur de son récit. Cela a eu beaucoup d’impact sur son écriture et cela lui a fait mesurer l’importance de la chance dans le processus narratif.

La chanson d'Arbonne

Dans une seconde conférence intitulée « Les enfants de Chronos », Guy Gavriel Kay était interrogé sur les mythes aux côtés, autre entre, d’Ellen Kushner, de Jeanne A. Debats et de Valérie Mangin. De son point de vue, il existe deux manières d’aborder un mythe : chercher ses origines et donc les faits réels qui ont pu lui donner naissance, ou alors mettre plutôt l’accent sur ses aspects fantastiques. Son propre intérêt a évolué de la légende vers l’histoire, ce qui fait que, si ses romans sont bien de la fantasy, ils sont néanmoins extrêmement documentés d’un point de vue historique. Il attache notamment beaucoup d’importance aux croyances de l’époque sur laquelle il écrit, si bien que, dans ses romans, ce que les gens croient comme étant vrai, le devient (les esprits, les fées, les femmes-renardes…) Il se désole du fait que de nombreux auteurs créent de la distance entre le lecteur et leurs personnages car leurs croyances sont montrées comme de simples superstitions idiotes : le lecteur se sent alors supérieur. Lui préfère renforcer la connexion entre les deux en utilisant des éléments surnaturels pour que les lecteurs puissent voir le monde par les yeux des personnages.

La dernière conférence à laquelle j’ai pu assister s’intitulait « Le temps des rêves » et faisant intervenir des scientifiques travaillant sur le sujet ainsi que plusieurs auteurs. Guy Gavriel Kay n’est pas énormément intervenu à cette occasion, mais il faut dire que les explications de Perrine Ruby (chercheuse) sur la question était vraiment passionnantes. L’auteur est seulement intervenu pour soulever un paradoxe : on considère aujourd’hui aussi bien la SFFF que les rêves comme des échappatoires, mais, alors que ces derniers sont vus comme quelque chose de positif, ce n’est pas le cas de la première qui est considérée comme une lecture enfantine, sans réflexion.

Et en bonus, la dédicace de l’auteur (je suis joie !).