Titre : Sto:Rage
Cycle/Série : Sto:Rage, tome 1
Auteur : Jirô Andô
Éditeur : Komikku
Date de publication : 31 aout 2017

Synopsis : « L’œil est le miroir de l’âme, une brigade spéciale peut le déchiffrer. » 2019, un an avant l’ouverture des Jeux olympiques de Tokyo, des meurtres étranges se succèdent. À chaque fois, une partie du corps est retrouvée calcinée et le globe oculaire de l’œil gauche vient à manquer. Souta Aoba, un jeune inspecteur de police, et Hitomi Tachibana de l »équipe d’investigation par mémoire oculaire’ vont enquêter ensemble sur cette curieuse affaire.

Bibliocosme Note 3.5

Tu sais la mémoire est fabriquée dans la partie du cerveau qu’on appelle l’hippocampe. Quand les neurones du cerveau reçoivent de nombreuses stimulations de l’extérieur, ils évoluent et deviennent lisibles par le cerveau. C’est ce qu’on appelle la mémoire cérébrale. Et si d’autres organes ou parties du corps possédaient aussi une mémoire ?
-Où veux-tu en venir ?
-Les globes oculaires ont un accès direct avec l’extérieur ! Un flux important d’informations passe par les yeux !

Plutôt connue pour éditer des séries courtes, la maison Komikku ne déroge pas à sa règle avec Sto:Rage, un thriller d’anticipation écrit et illustré par Jirô Andô en deux volumes. Les polars ne sont pas légion dans le monde du manga et même dans le seinen. Un peu de changement est toujours bienvenu, d’autant plus quand on ne vous demande pas d’alléger votre bourse en multipliant les volumes.

    A moins d’un an de l’ouverture des jeux olympiques de Tokyo en 2020 une sombre affaire de meurtre se jette dans les jambes d’une police déjà bien occupée. Dans le futur village olympique, un corps est retrouvé debout calciné jusqu’au cou non sans avoir été énucléé au préalable. Le jeune inspecteur Souta Aoba est mis sur l’affaire, mais les techniques d’enquête traditionnelles ne mènent à rien. Seule solution, coopérer avec l’Eimo, brigade qui utilise la technique expérimentale de pointe de la mémoire oculaire, permettant de revisiter les derniers moments d’un individu. Aoba pourrait bien malgré lui se retrouver mêlé plus profondément à l’affaire.

Se déroulant dans un futur presque immédiat, Sto:Rage bénéficie d’une crédibilité certaine, non pas dans l’affaire qui y est contée, mais dans le contexte politique qui est celui qui précède les jeux. C’est dans un Japon en pleine effervescence que frappe le meurtrier de Sto:Rage, dans une cité au contexte social et politique tendu. L’imminence des jeux pousse à l’embauche d’immigrés venus en nombre via des réseaux pas toujours bien nets pour que tout soit prêt en temps et en heure, ce qui ne va sans une hausse de la criminalité. Raison pour laquelle les effectifs de la police connaissent eux aussi une belle embellie… mais avec des critères revus à la baisse. Ce n’est sans rappeler les débats qui avaient entourés les derniers JO en leur temps. Second élément intéressant de Sto:Rage et entraînant le récit vers la science-fiction, l’introduction de la technologie de la mémoire oculaire qui examine les images enregistrées par les yeux, sans filtre, à la différence de la mémoire traditionnelle altérée par les sentiments, comme l’explique la jeune et fringante Hitomi, membre éminente de l’Eimo. Sans être tout à fait crédible, évidemment, l’idée est vraiment sympa et apporte une vraie valeur ajoutée au récit. Elle permet d’ailleurs de résoudre rapidement la première affaire de façon assez brève. C’est bien là le principal défaut de Sto:Rage, la rapidité à laquelle avance le récit. De nombreuses autres pistes sont esquissées dans ce premier volume, ajoutant aux mystères de l’intrigue, et il est difficile de s’imaginer que chaque question trouvera sa réponse dans un dernier volume. En dehors des deux voire trois personnages principaux, toute une galerie de personnages secondaires souffrent de ce sentiment de précipitation, entre une entrée en scène trop sommaire ou un caractère restreint à un seul type d’action. Dans sa globalité Sto:Rage est prenant, on y retrouve un petit côté Urasawa (20th Century Boys, Monster), mais ne prend pas assez son temps. A titre d’exemple, sans que l’on sache trop comment, Aoba se retrouve en ouverture de chapitre face à celui qu’il traque. Ce n’est pourtant pas du tout la situation dans laquelle on l’avait laissé à la clôture du chapitre précédent. Une ellipse un peu embarrassante d’un point de vue scénaristique, qui plus est dans un policier.

    Jirô Andô propose un dessin soigné, au niveau de ses personnages et particulièrement sur les visages, masculins plus que féminins, soit dit en passant. Le trait du mangaka sert parfaitement l’atmosphère sombre attendue d’un bon polar même si le dessin se concentre davantage sur les personnages que sur leur environnement. De nombreux très gros plans et autres plans moyens immergent le lecteur dans la perception qu’a le personnage de l’affaire. On ne va pas jusqu’à voir par les yeux des protagonistes à la façon d’un flic de l’Eimo, mais Andô place son lecteur près de ses personnages.

Un récit policier d’anticipation intelligent par son contexte politique et social prenant, intrigant mais en même temps tellement efficace qu’il avance un peu trop vite!

Autres critiques : ?