Titre : American Alien
Cycle/Série : Superman
Auteur : Max Landis
Dessinateurs : Lee Jae, Nick Dragotta, Jock
Éditeur : Urban Comics
Date de publication : 8 septembre 2017

Synopsis : Il y a des années, Clark Kent, envoyé de la planète Kryton après la destruction de cette dernière, a été recueilli et élevé par les Kent, un couple de fermiers du Kansas. Dès lors, sa jeunesse et son adolescence ont été marquées par la découverte et l’apprentissage de ses pouvoirs et des responsabilités qui en découlent. Mais, à son arrivée à Metropolis, sa rencontre avec le justicier masqué Batman et avec la journaliste Lois Lane, va l’inspirer à utiliser ses dons à une plus grande échelle.

-J’ai peur, je voudrais juste être normal… Je ne suis pas normal.
-C’est peut-être une bonne chose. Tu sais quoi, oui, c’est une bonne chose ! Qui a besoin de normalité?

    Publié à partir de 2015 outre-Atlantique, Superman American Alien est doublement intéressant par le fait que, d’une part, c’est une mini-série de 7 numéros (qui sort présentement sous un format intégral chez nous), et qui donc ne se perd pas en longueur, et d’autre part parce que l’histoire se tient en dehors des reboots et autres chronologies dans lesquelles on perd si aisément pied. En somme, une histoire de superman plus indépendante que celles que l’on a l’habitude de côtoyer, un elseworld, comme on dit parfois. Plus qu’une histoire en elle-même, Max Landis, qui signe la son premier comics (il est d’abord un homme de cinéma, réalisateur du réussi Chronicle), propose de raconter sept tranches de vie de Clark Kent. Ah oui parce que si American Alien porte bien le titre de Superman, c’est aussi et avant tout la construction et la vie de Kal-El qui sont au coeur de ces chapitres. Au programme donc, sept chapitres, de l’enfance de Clark à ses débuts de Superman, en passant par l’adolescence et l’arrivée à Métropolis et au Daily Planet. Un récit de vie, en fin de compte, concentré sur la construction du double personnage de Clark Kent et de Superman. Une fois n’est pas coutume, les chapitres étant relativement séparés les uns des autres et ayant pour seul point commun Max Landis à l’écriture, je procéderai, brièvement pour ne gâcher le plaisir de personne, par chapitre.

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    Un point commun se retrouve aisément à travers tous ces chapitres, c’est l’affection que porte le scénariste au personnage de Superman. On ne peut pas sans doute parler de « son » personnage pour autant étant donné la pléthore de version de l’homme d’acier rencontrée à travers les âges, mais le jeune Clark est plus attachant que jamais. Heureusement, Max Landis a jugé bon de ne pas nous resservir la genèse de Superman : point d’éruption de Krypton ni d’arrivée en vaisseau spatial aux Etats-Unis. Non, notre première rencontre est avec un Kal-El enfant dont les pouvoirs commencent tout juste de se manifester sans qu’il puisse encore les contrôler. Ce premier chapitre met avant tout en avant quelques éclairs de la vie de la famille Kent de Smallville, la gestion de l’irruption des pouvoirs du jeune garçon dans la vie de tous les jours. Pas question d’ailleurs de cacher son identité. Sans savoir le pourquoi du comment ni tellement s’en inquiéter, certains dans la petite communauté se rendent bien compte que le gamin vole un peu plus haut que la normale. Un premier chapitre très séduisant, touchant à souhait et qui fait plaisir à lire. Le trait relativement léger et peu détaillé sur les visages ne plaira sans doute pas aux amateurs de comics plus classiques puisqu’assez japonisant, mais les personnages n’en apparaissent que plus sincères. Les environnements très lumineux et assez portés sur le bleu ne fourmillent pas de détails eux non plus, mais j’adhère tout à fait à ce style qui n’en met que mieux les personnages en valeur. Une bien belle entrée en matière.

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    Dans le second chapitre, le jeune Clark Kent est désormais lycéen d’American Alien et il semble admis que pour tout le monde à peu près, le jeune homme possède quelques pouvoirs étranges (un cercle restreint seulement semble savoir que Clark vole) au point que la police locale lui demande même un petit coup de main quand se présente une affaire qui dépasse les compétences de ses petits agents. Aussi, loin d’un Clark dont personne ne connaîtrait l’identité dans tant d’autres comics, beaucoup au contraire s’inquiètent de ce qui pourrait lui arriver. Ses parents s’inquiètent pour lui, il est lui même très confus à propos de ses pouvoirs et de l’utilité qu’il peut en avoir. Bref, Kal-El est un ado, il se pose des questions d’ado, c’est bien écrit et on est toujours plein d’empathie pour le personnage. C’est l’avantage, quand on met le récit et pas la distribution de mandales au premier plan. Côté crayons, le style est ici très à l’ancienne dirait-on, parfaitement en adéquation avec cette ambiance petite ville du Kansas et du plus bel effet. Les planches de Tommy Lee Edwards donnent presque une impression de crayons de couleurs. Superbe.

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    S’ensuit un troisième chapitre à la tonalité plus légère et anecdotique, mais toujours bien écrit et agrémenté ça et là de répliques bien senties. Clark se retrouve malgré lui pris pour quelqu’un d’autre au beau milieu d’une fête. Sans plus m’avancer, le chapitre n’en permets pas moins d’intégrer de nouveaux personnages. Dans un style plus proche des comics de super héros habituels, le travail de Joelle Jones fait dans le classique et plutôt coloré. Le quatrième chapitre se situe, dans sa trame, dans une lignée plus directe avec le précédent. Clark est en formation au Daily Planet et mène ses premières interviews. Il en découle un chapitre très intéressant du point de vue du background du personnage, voire des personnages DC puisque plusieurs sont effectivement croisés au cours de cette petite sauterie. La plus mémorable de ces rencontres étant sans nul doute celle avec Lex Luthor, excellent tant dans son aspect, son caractère que dans son discours et par le simple fait que c’est lui qui donne véritablement naissance à Superman.

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    Pour terminer sans trop m’étendre, les trois derniers chapitres retracent les premières apparitions de Superman, dans un accoutrement encore un peu primitif puis dans son costume classique. Il y fait tout simplement face à ses premiers ennemis. Mais là encore, l’action n’est nullement au coeur du récit, les scènes de baston sont brèves et réussies mais sans non plus en mettre plein les mirettes. C’est toujours et avant tout le personnage de Superman qui intéresse l’auteur, pas forcément ce qu’il accomplit. Les raisons pour lesquelles Clark avoue se battre sont d’ailleurs judicieusement abordées et il me semble que c’est la première fois qu’elles le sont sous cet angle. Qui dit trois chapitres dit encore ici trois dessinateurs différents. Le cinquième opus est superbe, notamment dans ses environnement et la manière dont s’y intègrent les personnages, tandis que les deux dernières parties sont à mon sens les moins réussies graphiquement de ce volume, avec, dans l’ultime chapitre, un dessin globalement peu lisible.

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Superman American Alien est pour le moins hétérogène sur sa partie graphique, plutôt dans le bon sens du terme de façon générale. C’est par la plume de Max Landis que cet album vaut son pesant d’or avec un récit intimiste qui aborde la construction d’un personnage, de l’enfant à l’âge d’homme.

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