Titre : The Handmaid’s Tale
Réalisateur : Bruce Miller
Acteurs : Elizabeth Moss, Joseph Fiennes, Yvonne Strahovski, Alexis Bledel, Madeline Brewer…
Date de diffusion : 2017 (avril)

Synopsis : Dans un futur proche, un régime totalitaire prend le contrôle d’une partie des Etats-Unis et réduit en esclavage une partie des femme à des fins de reproduction.


 

We only wanted to made the world better. But better never means better for everyone.

Si vous aimez les dystopies, vous allez être servis ! En avril dernier a en effet été diffusée la première saison d’une série intitulée « The Handmaid’s Tale » inspirée d’un roman éponyme datant de 1985 (« La Servante écarlate » en français). Récompensé par plusieurs prix littéraires (dont le premier prix Arthur C. Clarke en 1987), l’ouvrage de Margaret Atwood bénéficie depuis quelques mois d’un regain d’attention de la part des médias. D’abord suite à l’initiative de l’actrice Emma Watson de cacher dans Paris des exemplaires du roman, ensuite grâce à la diffusion de la série par Hulu (dix épisodes et une saison 2 à venir). Mais de quoi s’agit-il exactement ?

Nous sommes aux États-Unis, dans ce qui apparaît comme un futur très proche, où l’on assiste à l’instauration d’un régime totalitaire donnant naissance à une nouvelle nation baptisée Gilead. La série adopte dès le départ le point de vue de l’héroïne, une jeune femme devenue « Servante », et alterne passages au présent lors desquels June nous relate son nouveau quotidien, et flashbacks qui font le lien avec le monde tel qu’on le connaît aujourd’hui et qui nous permettent de comprendre comment un tel régime à pu se mettre en place. Et pour le coup l’expression « c’était mieux avant ! » n’est pas usurpée… Adieu mari, enfant, ami(e)s et travail, bonjour esclavage ! Le spectateur découvre par les yeux de la jeune femme une société ultra surveillée où tout le monde est un peu l’espion de tout le monde, et surtout ultra hiérarchisée. Le top du top, se sont les Leaders et leurs épouses : ce sont eux qui ont le contrôle des forces armées et qui décident de l’orientation prise par leur jeune nation. Viennent ensuite différents groupes : les Yeux (invisibles mais présent partout et chargés d’espionner leurs semblables), les Marthas (gouvernantes, cuisinières…) et autres « grouillots », les Tantes (chargées de l’instruction des Servantes), et enfin les Servantes. Leur rôle ? Donner des enfants aux Commandants et à leurs femmes, frappées de stérilité causée par la dégradation des conditions de vie sur notre planète. Dans un pays où parvenir à mettre au monde un enfant en bonne santé est devenu un miracle, les femmes ayant déjà prouvé que leur utérus fonctionnait font figures de véritables trésors que les Leaders s’arrachent. Chacun la sienne ! Et pas question pour les demoiselles de décider de leur vie ou de leur avenir : on attend d’elles qu’elles procréaient, point barre. Quant à l’enfant, il aura la chance d’être élevé comme s’il était véritablement né de l’épouse du Commandant (la mise en scène du double « accouchement » est absolument flippante).

Instaurer un tel régime ne s’est évidemment pas fait sans dommages, et des poches de résistance persistent encore plusieurs années après les faits. Cette nouvelle société est donc également ulta violente, pratiquant volontiers pendaison, torture, lynchage, mutilation… Pour faire passer la pilule et justifier leurs actions, nous avons enfin affaire à une société ultra ritualisée. Tout y est contrôlé, des costumes (une couleur pour chaque ordre), aux postures en passant par les prénoms, sans oublier des moments forts organisés à date fixe comme la « Cérémonie » (moment au cours duquel le Commandant féconde la Servante reposant dans les bras de la femme de ce dernier). La série dépeint très efficacement l’instauration lente et donc presque imperceptible d’un régime totalitaire : ici pas question de coup d’état violent (en tout cas pas avant la phase finale). Il s’agit plutôt de faire passer progressivement des lois de plus en plus liberticides et misogynes visant à ôter aux femmes et aux dissidents tout pouvoir et toute possibilité de se révolter. On retrouve évidemment ici des points communs avec les grands totalitarismes du XXe siècle, à commencer par le nazisme. Parmi les autres thématiques traitées, on peut également citer celle de la maternité, véritable obsession pour toutes les femmes de Commandants qui n’aspirent plus à rien d’autre, et bien évidemment celle de l’oppression des femmes par les hommes, aussi bien ici pour des raisons religieuses que biologiques. Autre sujet intéressant que je ne m’attendais pas à trouver, celui de l’écologie. La stérilité est devenu un problème de société majeure au point d’engendrer tous les excès dans le seul but d’assurer la perpétuation de l’humanité. L’une des principales motivations des Leaders consistent ainsi à renouer avec un mode de vie plus simple et plus « sain », passant par un retour aux valeurs traditionnelles de la famille, aux savoir-faire anciens, mais aussi par une transition écologique en matière d’énergie, d’agriculture…

On ressent évidemment un profond malaise face à la vision d’un tel système qui fascine autant qu’il révulse, mais le véritable point fort de la série tient à ses personnages. June/Offred est une jeune femme attachante qui tente tant bien que mal de survivre à ce qu’on lui inflige dans l’espoir de retrouver un jour sa fille dont on l’a séparé. Elizabeth Moss offre une interprétation convaincante du personnage, même si certaines de ses mimiques paraissent parfois exagérées. Les autres Servantes sont également très attachantes, le parcours de chacune nous permettant de découvrir un aspect supplémentaire de cette nouvelle société : l’une a la chance de tomber enceinte et de donner un enfant à son Commandant mais au prix de sa santé mentale, une autre se voit arrêtée et réaffectée, une autre, enfin, se retrouve déchue de son statut de Servante et envoyée dans un autre type d’enfer. Les commandants et leurs femmes bénéficient eux aussi de portraits approfondis, à commencer par les Waterford chez qui notre héroïne réside. Difficile dans un premier temps de ne pas détester Serena (Yvonne Strahovski), femme acariâtre et amère mais aussi profondément malheureuse dont on découvre peu à peu le passé qui, à défaut de nous la faire apprécier, nous fait en tout cas compatir à sa situation. Interprété par Joseph Fiennes, le Commandant est pour sa part plus difficile à cerner : impossible de savoir s’il joue à se laisser berner ou s’il est au contraire plus vulnérable qu’il n’y paraît. Le personnage de Tante Lydia est également très ambigu : véritable tortionnaire pour les jeunes femmes, la voilà qui n’hésite pas au cours d’une scène ou deux à faire preuve de tendresse envers telle ou telle Servante, voire même à prendre leur défense lorsqu’elle estime qu’elles ont été lésées. La série introduit enfin un certain nombre de personnages venus de l’extérieur et qui nous permette de nous faire une idée plus précise de la situation du monde ailleurs que dans Gilead (les éléments concernant l’accueil des réfugiés ayant fui le régime et étant parvenus à atteindre le Canada sont notamment très intéressants).

Vous l’aurez sans doute compris, cette série dystopique dispose d’énormément d’atouts et aborde de manière intelligente un grand nombre de thématiques qui font échos avec l’actualité. Une seconde saison est prévue pour 2018, en attendant je vous conseille chaleureusement de vous atteler à la première, et peut-être même de découvrir le roman !

Autres critiques : Aurore (Aurore in Paris)